Violence armée

Ottawa frappe les importations d’armes de poing

Le gouvernement devance l'entrée en vigueur de son projet de loi C-21 pour contrer l'explosion des ventes d’armes au pays

Ottawa — Il sera interdit d’importer au Canada des armes de poing dans deux semaines.

Cette interdiction figurait déjà dans le projet de loi C-21 déposé le 30 mai à la Chambre des communes, mais le gouvernement a décidé d’en devancer l’entrée en vigueur.

Il s’agit donc d’un gel temporaire, qui deviendra permanent lorsque la mesure législative aura été avalisée par le Parlement.

Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, et la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, ont pris cette décision alors que l’on assiste à une flambée de la violence armée à Montréal.

Si on a voulu bouger de façon urgente, c’est parce qu’il y a eu une explosion des ventes d’armes au même moment où l’on dépose le projet de loi C-21, a-t-on noté.

En conférence de presse à Toronto, autre ville aux prises avec de fréquents épisodes de violence par armes à feu, M. Mendicino a invité les partis à collaborer afin d’adopter rapidement le projet de loi C-21.

Il a aussi critiqué les députés conservateurs, les accusant d’entraver l’adoption du projet de loi.

L’interdiction temporaire signifie que les particuliers et les entreprises ne pourront plus importer d’armes de poing au Canada, à quelques exceptions près.

Le pouvoir de décréter cette interdiction est entre les mains de la ministre Joly.

C’est elle qui détient l’autorité de délivrer ou non des permis d’importation et d’exportation, et elle n’en accordera pas de nouveaux à compter du 19 août prochain.

« L’heure est venue d’empêcher les armes à feu de circuler dans nos rues », a plaidé la députée d’Ahuntsic-Cartierville, où un meurtre a été commis plus tôt cette semaine.

« Je suis extrêmement préoccupée par la situation, et je sais que les gens s’attendent à ce qu’on en fasse plus », a-t-elle lâché au micro.

À l’heure actuelle, on évalue à plus d’un million le nombre d’armes de poing en circulation au pays. Au cours de la dernière décennie, quelque 55 000 de ces armes étaient enregistrées chaque année en moyenne, sans compter les armes importées et vendues illégalement.

PolySeSouvient salue l’annonce

Le groupe PolySeSouvient, qui représente des survivants et les familles de victimes de violence armée, a salué cette annonce, bien qu’il soit d’avis qu’il aurait été préférable d’imposer ce gel temporaire dès le dépôt du projet de loi C-21, en mai.

« Nous applaudissons la détermination et l’ingéniosité des ministres Mendicino et Joly dans le cadre des efforts du gouvernement pour freiner la croissance exponentielle du nombre d’armes de poing en mains privées au Canada, soit jusqu’à l’adoption du projet de loi C-21 et des règlements connexes », a commenté Nathalie Provost, une survivante de la tuerie de 1989 à Polytechnique.

Selon elle, l’interdiction des importations ne mettra toutefois pas fin à l’achat d’armes de poing au Canada, puisqu’il reste encore des réserves commerciales, y compris des stocks qui ont pu être réapprovisionnés après avoir été épuisés, et parce que la production d’armes au Canada peut se poursuivre.

Le Bloc applaudit, le Parti conservateur dubitatif

Le député bloquiste Rhéal Fortin applaudit aussi cette décision. Mais il ajoute que d’autres mesures s’imposent pour s’attaquer au fléau de la violence armée.

« On salue la décision, qui vient pallier l’erreur du gouvernement. Il aurait dû, au dépôt du projet de loi C-21 en mai, bloquer la vente des armes de poing comme nous le demandions parce que nous avons assisté à une explosion des ventes d’armes de poing depuis. Cependant, il reste beaucoup de travail à faire pour combattre l’épidémie de crimes par armes à feu. Il faut continuer à s’attaquer au crime organisé et à l’importation illégale d’armes à feu, mais aussi [s’occuper des] armes de poing qui sont déjà en circulation avec un programme de rachat », a fait valoir M. Fortin.

Mais le Parti conservateur soutient que le gouvernement Trudeau ne s’attaque pas à la véritable source du problème. « La grande majorité des crimes commis avec des armes à feu au Canada sont attribués aux gangs et aux criminels qui utilisent des armes illégales importées des États-Unis. L’annonce d’aujourd’hui ne fera rien pour mettre un terme à l’afflux d’armes de poing illégales, qui constituent la majorité des armes utilisées dans les crimes et dans les cas de violences à main armée au Canada », a soutenu le député conservateur Pierre Paul-Hus.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.