Une décision prévisible

La KHL annule le reste de sa saison

En 10 ans chez les professionnels, Patrice Cormier n’a jamais conclu une saison en soulevant un gros trophée. Il était passé bien près en 2014, mais la Coupe Calder avait échappé aux IceCaps de St. John’s en finale de la Ligue américaine.

L’Acadien avait bon espoir de se reprendre ce printemps, mais la vie en a décidé autrement. La KHL a annoncé mercredi l’annulation de ce qui restait des séries éliminatoires en raison de la pandémie de COVID-19.

Cette saison, Cormier, ancien choix de 2e tour des Devils du New Jersey, jouait pour l’Ak Bars de Kazan. Son équipe avait conclu la saison au 2e rang du classement général de la KHL avec une fiche de 44-13-5, un point derrière le toujours puissant CSKA de Moscou. Kazan a ensuite amorcé les séries en balayant le Neftekhimik de Nijnekamsk (ça se prononce comme ça s’écrit) au premier tour.

« Le championnat, c’était le but. Depuis le début de la saison, on savait qu’on avait une bonne équipe », nous explique Cormier, en entrevue téléphonique depuis son domicile dans la région de Moncton.

« On a connu une bonne saison, on a gagné au premier tour. On savait ce qui s’en venait. Il restait huit équipes, mais ensuite, le Jokerit [en Finlande] et le Barys [au Kazakhstan] se sont retirés. La ligue voulait essayer, mais à six équipes, ce n’est plus la même chose ! »

Darren Dietz aussi a été déçu. Cet ancien choix de 5e tour du Canadien (138e en 2011) jouait pour le Barys à Noursoultan ; dans son cas, c’est donc l’équipe qui avait mis fin à sa saison, sans attendre la ligue. Mais lui aussi croyait faire un bout de chemin en séries, puisque son équipe avait conclu la saison au 1er rang de sa division, avant de l’emporter en cinq matchs au premier tour.

« Tu franchis le premier tour, tu bâtis ta confiance collective, et cette victoire a vraiment stimulé notre confiance, raconte Dietz, de retour chez lui à Medicine Hat. Une fois au deuxième tour, tout peut arriver, c’est une question de momentum. C’était décevant, mais compréhensible.

« Je ne voyais pas comment, avec deux équipes qui s’étaient exclues, ils auraient pu conclure les séries avec un résultat acceptable. »

Un casse-tête

Dans la « zone KHL », la pandémie de COVID-19 est loin d’avoir atteint les proportions qu’elle a en Amérique du Nord

« À Kazan, les gens étaient au courant de la situation, explique Cormier. On a été au restaurant, les gens ne pouvaient pas être assis face à face, ils devaient être en diagonale. Comme ici, il y a de moins en moins de monde sur les chemins. Mais si le nombre de cas continue à augmenter, ça va devenir comme ici. »

Au Kazakhstan, aucun mort non plus. « Le pays a été proactif, estime Darren Dietz. Tout était encore assez fonctionnel. »

« Le jour où je suis parti, ils fermaient les frontières. Mais sinon, la vie était relativement normale, les rues étaient tout de même animées. »

— Darren Dietz, du Barys de Noursoultan, au Kazakhstan

Dans les circonstances, on peut se demander pourquoi la KHL a largement devancé la LNH en annulant le reste de sa saison. « Je connais aussi beaucoup d’étrangers [surtout des Nord-Américains qui jouent en KHL] pour qui ç’aurait été compliqué », souligne Dietz.

Les lecteurs les plus attentifs auront d’ailleurs noté que Cormier était déjà de retour au Nouveau-Brunswick, même si la décision de la KHL est tombée mercredi matin.

« Je suis revenu il y a deux jours. On se doutait que ça allait être annulé, qu’ils allaient prendre la bonne décision, a indiqué la fierté de Cap-Pelé. Nous étions deux Suédois et trois Canadiens dans l’équipe, et on nous a permis de rentrer à la maison avant que ce soit trop compliqué. On est très bien traités, ils savent très bien ce qu’on vit chez nous. »

Nos deux intervenants sont donc en quarantaine. Dietz, avec sa conjointe, elle aussi en quarantaine puisqu’elle était avec lui à Noursoultan. « Ma mère est notre assistante personnelle pour faire nos courses ! », lance-t-il en riant.

Cormier, lui, a renoué avec sa femme, sa fille de 19 mois et ses chiens. « C’est le fun de revenir et d’être père de nouveau. C’est presque plus épuisant d’être ici que là-bas à jouer au hockey ! »

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