L’appétit de la gouverneure générale

Non mais quel gâchis !

La nomination de Mary Simon comme gouverneure générale avait été entourée d’une aura de controverse liée à sa piètre connaissance du français. On aurait dû lui suggérer de faire profil bas, tout en redoublant d’efforts pour apprendre la langue de Félix Leclerc.

Mais on apprenait récemment que son récent voyage à Dubaï a coûté aux contribuables plus de 80 000 $… en frais de traiteur !

La facture serait choquante dans n’importe quel contexte, mais alors qu’à peu près tout le monde doit se serrer la ceinture, c’est encore plus difficile à avaler.

Et comme le faisait remarquer la Fédération canadienne des contribuables, il s’agit uniquement du coût des repas consommés en vol (pour 29 passagers et 17 membres de l’équipage et des services de sécurité). La facture totale, en incluant l’hébergement, promet d’être encore plus considérable. Bref, tout indique que nous n’avons encore rien vu.

On comprend que c’est le ministère de la Défense nationale qui était responsable du choix du traiteur pour ce voyage. N’empêche qu’il importe de faire la lumière sur cette affaire, dans le but d’en tirer des leçons. Et d’éviter des dépenses aussi somptuaires à l’avenir.

Et le gouvernement aurait tout avantage à écouter les partis de l’opposition à ce sujet. Ils avancent des suggestions pertinentes.

Le Bloc québécois veut faire comparaître la gouverneure générale au comité des comptes publics et souhaite que la vérificatrice générale s’en mêle.

Chez les conservateurs, Gérard Deltell a souligné que la gouverneure générale pourrait s’inspirer de la frugalité du lieutenant-gouverneur du Québec, Michel Doyon. Ce dernier aurait réduit du tiers son budget de fonctionnement.

Quant au NPD, il souhaite la création de « mécanismes pour faire en sorte que ce genre de dépenses excessives ne se produisent plus », indique Alexandre Boulerice. Cela pourrait prendre la forme d’une autorisation préalable par de tierces parties, par exemple.

Reconnaissons-le, l’institution la plus ancienne au Canada vieillit de plus en plus mal. Le fait qu’elle soit liée à la monarchie britannique n’est pas étranger à son problème.

Il y aurait essentiellement deux façons de le régler.

La première : nommer au poste de gouverneur général uniquement des candidats fades. Comme David Johnston, qui était davantage excité par le fait qu’Edward McDonald de Shédiac ait inventé les mots croisés sur table en 1926 (il a écrit un livre sur ce genre d’inventions) que par l’idée d’adopter un mode de vie princier.

Mais au bout du compte, l’institution continuerait malgré tout de coûter très cher aux contribuables. Car sauf exception, ce n’est pas le titulaire du poste, le problème. C’est le poste !

Ce qui nous amène à la deuxième façon – la plus sûre – de régler le problème. L’heure d’une opération modernisation est venue.

Soyons réalistes, aucun parti sauf le Bloc québécois ne voudra mener, à Ottawa, une bataille pour abolir l’institution. Il faudrait rouvrir la Constitution.

Il est toutefois possible d’entamer une réflexion sérieuse sur le mandat actuel de cette institution, tout comme sur les coûts qui y sont associés. Le budget annuel de Rideau Hall est de 39 millions de dollars. Un tel investissement est-il toujours nécessaire ?

« La gouverneure générale effectue des visites officielles et d’État à l’étranger à la demande du premier ministre. Ces visites ont pour but d’appuyer les objectifs diplomatiques internationaux du gouvernement du Canada », nous a rappelé son bureau. Elle a visité Dubaï pour « renforcer les relations bilatérales » et rencontrer des membres des Forces armées canadiennes.

Ces initiatives en matière de diplomatie internationale sont-elles encore pertinentes ? Doivent-elles nécessairement être d’une telle envergure ? N’y a-t-il pas d’autres tâches qui sont superflues et pourraient être revues ?

Nous avions par ailleurs suggéré l’an dernier qu’il était temps de se pencher sur « les dépenses que continuent de facturer les gouverneurs généraux, année après année, après avoir quitté leurs fonctions ». Elle nous reste en travers de la gorge, la généreuse rente de retraite de 150 000 $ par année offerte à Julie Payette après trois ans en poste.

En somme : vivement une réforme !

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