Chronique

Une Plaza St-Hubert botoxée

À l’été 2019, j’ai fait une visite du chantier de la Plaza St-Hubert avec les responsables du projet. Le lieu ressemblait à un véritable champ de bataille.

Débarrassées des anciennes marquises des années 1980, de nombreuses façades laissaient alors voir leur immense laideur. En effet, au fil des décennies, les propriétaires ont souvent fait des rénovations en « patchwork ».

Je m’étais alors demandé si « le miracle allait avoir lieu ».

Au cours de cette visite, François Limoges, conseiller de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, et Mike Parente, directeur général de la Société de développement commercial de la Plaza St-Hubert, m’avaient parlé du travail titanesque qui était à faire.

J’ai eu l’occasion de retourner dans cette rue au caractère unique de nombreuses fois au cours des derniers mois. De Bellechasse à Jean-Talon, on a maintenant droit à une voie partagée entièrement réaménagée, à des trottoirs larges, à un nouveau système d’éclairage et à du mobilier urbain contemporain (malheureusement déjà victime de la publicité sauvage).

Quant aux nouvelles marquises, elles sont moins enveloppantes et laissent passer la lumière. Des commerçants avec lesquels je me suis entretenu ont toutefois exprimé quelques critiques.

« Lorsqu’il pleut, il faut s’assurer de marcher bien au centre », m’a dit l’un d’eux. Un autre trouve que ces marquises génèrent un nombre exagéré de poteaux qui gênent la circulation des piétons.

Ce réaménagement est plus que du maquillage. Ce n’est pas un lifting non plus. Disons qu’on est plus proche de l’injection de Botox. On découvre une forme de rajeunissement, mais on voit que le passé reste bien présent.

Car malgré la beauté de cette réalisation, on reçoit tout un choc. Beaucoup de façades demeurent hideuses. En fait, on a l’impression que les nouvelles marquises accentuent la disgrâce de nombreux immeubles.

Il y a des différences de styles énormes entre le rez-de-chaussée et le haut des immeubles. Quant aux fautes de goût, elles sont à hurler. C’est le festival du revêtement en aluminium.

Si quelques valeureux propriétaires ont réagi au quart de tour en rénovant leur immeuble, d’autres auraient grandement besoin d’être stimulés. Précisons qu’avant de se lancer dans ce vaste projet, la Ville de Montréal a mis à la disposition des propriétaires de la Plaza St-Hubert un programme d’aide financière (PRAM-Commerce) qui peut couvrir jusqu’à un tiers des coûts de leurs travaux.

On me dit qu’à ce jour, 165 dossiers d’aide financière ont été déposés. De ce nombre, 37 projets ont déjà été réalisés ; 126 autres devraient l’être au cours des prochains mois. Au total, la contribution de la Ville de Montréal devrait tourner autour de 10 millions de dollars.

François Limoges ne se laisse pas abattre par l’ampleur du travail qui reste à faire. « Nous demeurons très enthousiastes, dit-il. Ce qui se passe actuellement est très encourageant. On a même vu de nouveaux commerces arriver au cours des derniers mois. »

De son côté, Mike Parente m’assure que la présence des nouvelles marquises n’est pas une entrave à la réalisation des travaux qui doivent être faits. Des échafaudages peuvent être installés sans problème. « C’est même plus facile de travailler que durant les gros travaux de réfection de la rue et des trottoirs », dit-il.

Comme ce ne sont pas tous les propriétaires qui occupent les espaces commerciaux de la rue Saint-Hubert, la communication avec ceux-ci est parfois difficile. Environ 65 % des espaces sont occupés par des commerçants qui sont locataires. À part tenter de convaincre leur propriétaire de passer aux actes, ceux-ci n’ont aucun pouvoir.

« Nos propriétaires n’ont aucunement envie de faire des travaux pour améliorer leur immeuble », m’ont dit deux commerçantes voisines l’une de l’autre. Après m’avoir donné leur nom et avoir accepté d’être photographiées, elles se sont ravisées de peur de représailles de celui qui reçoit tous les mois le loyer.

D’autres, en revanche, sont très heureux de voir leur propriétaire se lancer dans des travaux d’embellissement de la façade.

« C’est bon pour tout le monde. Cela attire de nouveaux commerçants. Le problème est le stationnement. »

— Faiz Jaffari, propriétaire de la boutique de chaussures Da Vinci

De nombreux commerçants avec lesquels je me suis entretenu craignent que la réduction du nombre de places de stationnement soit un facteur dissuasif pour les clients venant de loin.

Un autre m’a fait remarquer que les passages piétonniers, marqués au sol par une couleur de pavés légèrement différente de celle du reste de la rue, sont peu respectés par les automobilistes. J’ai moi-même tenté l’expérience en essayant de traverser la rue. Trois voitures sont passées sous mon nez sans s’arrêter alors que j’étais engagé sur le passage.

La place qui a été aménagée devant le bain Saint-Denis est une grande réussite. Cela met en valeur cet immeuble construit au début du XXsiècle. Quant à l’ancien cinéma Plaza, à l’angle de Beaubien, on me jure que sa façade sera bientôt rénovée.

Je vous parle des façades, il faut aussi parler des enseignes qui contribuent au côté déglingué de la rue. Au moment de retirer les anciennes marquises, beaucoup de commerçants se sont retrouvés avec des enseignes qu’on pouvait difficilement remettre en place.

Comme les enseignes sont sous la responsabilité des commerçants, qu’ils soient propriétaires ou locataires, et que ceux-ci traversent une crise sans précédent, disons que le remplacement de leur enseigne n’est pas une priorité. C’est pourquoi on se retrouve avec de nombreux écriteaux temporaires faits de carton plastifié.

Malgré ce bouleversement et ces défis, il est toutefois agréable de remarquer que la Plaza St-Hubert conserve son ADN. Ce fascinant mélange de commerces est toujours là. Entre les boutiques de robes de mariage et celles offrant des vêtements et des accessoires pour les drag-queens et les stripteaseuses, on trouve l’épicerie Conserva, la SQDC et la boucherie La Queue de cochon.

Il y a même des astrologues qui nous promettent de résoudre tous nos problèmes, y compris les « erreurs » avec nos enfants. Le résultat est même « garanti à 100 % ».

Comme quoi, un miracle est parfois possible.

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