Banc d'essai Toyota Corolla Cross

Le triomphe du raisonnable

Avec un retard de six ans sur la concurrence japonaise et américaine, sans parler des marques sud-coréennes, Toyota fait son entrée dans l’univers des utilitaires urbains. UN DOSSIER DE NOTRE COLLABORATEUR ÉRIC LEFRANÇOIS

Banc d'essai Toyota Corolla Cross

Prise de conscience

Toyota Corolla Cross

Fourchette de prix

De 24 890 $ à 33 990 $

Visible dans les concessions

Maintenant

On aime

Bonne visibilité périphérique

Solutions techniques éprouvées

Confort appréciable

On aime moins

Moteur bruyant

Direction avare de sensations

Déclinaison hybride absente au lancement

Notre verdict

Les jours des actuelles C-HR et Corolla hatchback sont-ils comptés ?

Visiblement, Toyota n’a pas pressenti le succès des utilitaires de gabarit moyen. Le numéro 1 japonais a laissé Subaru, Hyundai, Chevrolet et Ford, pour ne nommer qu’eux, cultiver un genre automobile dont la croissance commence sérieusement à faire de l’ombre aux automobiles compactes de conception classique. Toyota a donc dû bousculer quelques tabous.

En dépit d’un très discret logo latéral dont la présence ne permet pas d’améliorer la présentation des statistiques commerciales1, cet utilitaire urbain n’appartient pas vraiment à la famille Corolla. Au Corolla Cross, donc, de s’imposer comme un modèle à part entière.

Et si le succès cogne à ses portes, il pourrait faire beaucoup de tort aux ventes de la Corolla à hayon et du CH-R. Par rapport à ces véhicules, le Cross offre une polyvalence accrue, la présence d’un rouage à quatre roues motrices (sur certaines déclinaisons) et la promesse d’une motorisation hybride dans les prochains mois. Ces trois éléments risquent, au sein de la gamme Toyota, d’isoler les CH-R et la Corolla à hayon à court ou à moyen terme.

Chez Toyota, on aime croire que ces deux modèles reçoivent, avec l’addition du Corolla Cross, plutôt du renfort. Et plutôt que de supputer sur de potentiels dommages collatéraux, Toyota préfère se concentrer sur les concurrents directs du Corolla Cross dans le segment en pleine ébullition des utilitaires « urbains » (voir écran 4 sur « La concurrence »).

Une recette connue

Modèle de synthèse en quelque sorte, ce Corolla Cross n’a aucune raison de rougir de ses origines historiques, mais aussi techniques. Il a pris naissance aux États-Unis dans une usine érigée en collaboration avec Mazda (voir onglet 4). Sans surprise en cette ère de partage, le nouveau venu reprend à son compte la plateforme TNGA-C, qui offre une base de départ propre à rassurer le consommateur par son efficacité et sa fiabilité.

D’ailleurs, le Cross se conduit comme une Corolla, ou presque. Il vire suffisamment à plat, freine correctement, braque bien, et son gabarit le rend très facile à vivre en milieu urbain.

Sur route aussi, pas grand-chose ne diffère de la conduite d’une automobile, hormis, bien sûr, l’installation en position haute des occupants.

La direction, correctement assistée, gagne uniquement en précision en optant pour les semelles à fortes pointures (18 po). Les pneus de 17 po offrent un ressenti plus flou. Le châssis équilibré en fait un véhicule prévisible et reposant à conduire. Un constat qui s’applique aux déclinaisons dotées du mode d’entraînement à quatre roues motrices, les seules offertes dans le cadre de cet essai. Il faut savoir que les versions tractées font appel à une suspension arrière distincte. Plutôt qu’indépendante, celle-ci fait appel à une poutre de torsion.

Une motorisation hybride s’amènera l’an prochain (voir la fiche technique), mais pour son lancement, ce Toyota confie la responsabilité de le mouvoir au seul quatre-cylindres de 2 L. Un moteur sobre, robuste et fiable, auquel on reprochera son indolence et son niveau sonore élevé. Comme les autres Corolla, le Cross s’arrime exclusivement à une boîte automatique à variation continue (CVT) comportant un premier rapport à engrenage mécanique pour combattre l’apathie dont fait preuve cette transmission. Celle-ci se distingue par la présence de 10 rapports simulés, et non 7 comme c’est le cas sur les autres Corolla et le C-HR. Ce plus grand nombre n’a aucun impact sur la consommation et la performance du véhicule, précise Toyota. Ce nombre accru de rapports programmés vise essentiellement à « augmenter le plaisir de conduite ». Alors, c’est raté, ça ne change absolument rien.

Sage comme une Corolla…

Un cahier des charges très rationnel a donné naissance à un véhicule très traditionnel, à la personnalité un peu terne en apparence. Ses proportions sont d’un classicisme éprouvé, et sa ligne plus passe-partout tranche avec le style décalé du C-HR, par exemple. Face avant carrée, sans fioritures, arrière légèrement tronqué, profil trapu, galbes modérément sculptés : tout cela est homogène et respire le sérieux, sans grand charme, mais pas déplaisant à regarder.

Le Corolla Cross courtise délibérément tous ceux qui affectionnent les voitures certes un peu banales, mais qui acceptent de rester à leur place.

Tout le monde n’aspire pas à voir son voisin blêmir de jalousie à la vue du nouveau carrosse garé devant la maison. Pourquoi faudrait-il faire semblant d’ignorer cette clientèle qui, de surcroît, se révèle beaucoup plus fidèle à une marque que les acheteurs plus sensibles aux phénomènes de mode ?

C’est avec ce parti pris de modestie que cet utilitaire de petite taille se coule dans le moule Toyota. Pas de surprise. Le coffre est généreux, la position de conduite agréable, mais l’espace aux places arrière, un peu décevant, et la présentation, stéréotypée. À ce sujet, le Corolla Cross évite soigneusement, dans sa présentation intérieure, de se distinguer du reste de la gamme Corolla. Un copier-coller. Dès lors, le strict mais fade ordonnancement Toyota est de rigueur. Son conservatisme aussi, comme en fait foi la présence d’une (trop) classique tirette postée au ras de la moquette pour ouvrir à distance le clapet du goulot de ravitaillement (toujours coiffé de son bouchon). Que dire aussi du système d’infodivertissement peu performant qui, contrairement à celui du nouveau Tundra ayant fait l’objet d’un banc d’essai récemment, ne bénéficie pas des dernières avancées de son constructeur dans ce domaine.

Dénué d’aspérités et parfaitement consensuel, le Corolla Cross a tout pour figurer parmi les coqueluches de son segment. Un véhicule un peu (beaucoup) conformiste, mais dont on serait bien en peine de dire du mal.

1. Les ventes de Corolla Cross ne seront pas comptabilisées avec celles de la Corolla au pays.

Faites part de votre expérience

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : Ford Maverick, Infiniti QX60, Porsche Macan, Toyota 86 et Volkswagen Tiguan. Si vous possédez l’un de ces véhicules ou en attendez la livraison, nous aimerions bien vous lire.

Banc d'essai Toyota Corolla Cross

Fiche technique

Moteur

L4 DACT 2 L atmosphérique

169 chevaux à 6600 tr/min

151 lb-pi de couple entre 4400 et 4800 tr/min

Performances

Poids : 1405 kg (traction), 1485 kg (rouage intégral)

Garde au sol : 209 mm

Capacité de remorquage maximale : 680 kg (1500 lb)

Boîte de vitesses

De série : automatique à variation continue (CVT)

Optionnelle : aucune

Modes d’entraînement : traction et rouage intégral

Pneus

215/65R17 (L, LE)

225/55R18 (XLE)

Capacité du réservoir, essence recommandée

47 L (traction), 50 L (rouage intégral)

Ordinaire

Consommation

7,6 L/100 km (modèle XLE AWD à l’essai)

Dimensions

Empattement : 2640 mm / Longueur : 4474 mm / Hauteur : 1648 mm / Largeur : 1825 mm (excluant les rétroviseurs extérieurs)

Sans fil

Ce n’est plus un secret pour qui que ce soit, une déclinaison hybride intégrera le catalogue du Corolla Cross au cours de la prochaine année. Pour l’heure, la direction de Toyota ne révèle – même sous l’effet de la torture – aucune information à son sujet. Tout laisse cependant croire que la motorisation actuellement utilisée par le Lexus UX pourrait se retrouver sous le capot de ce Corolla Cross partiellement électrifié.

Souvenir

On raconte que les stratèges de Toyota ont longuement débattu pour déterminer s’il ne valait pas mieux baptiser le Corolla Cross du nom de Matrix. Ce modèle, issu d’une collaboration avec General Motors (Pontiac Vibe), comptait de nombreux adeptes. Ces derniers, estime le constructeur japonais, retrouveront toute la polyvalence de leur modèle chouchou avec le Corolla Cross. Celui-ci occupe plus d’espace dans la rue, mais offre un volume utilitaire plus vaste encore. Pour mémoire, la Matrix proposait, selon que la banquette était rabattue ou pas, entre 560 et 1398 L comparativement à 750 et 1891 L (version tractée sans toit ouvrant) pour le Corolla Cross.

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