Rien de nouveau sur le front

Le front portuaire est demeuré calme, mercredi, au lendemain de deux journées de rencontres entre les parties et les médiateurs fédéraux. La veille, le Syndicat des débardeurs avait reproché à l’Association des employeurs maritimes (AEM) d’avoir quitté la table de négociation peu après 18 h, « alors que nous travaillions dans des paramètres précisés par les médiateurs ». Mercredi, une source proche de l’employeur a fait valoir que les représentants de l’AEM n’avaient pas quitté la table, mais avaient simplement quitté les lieux au terme d’une longue journée de travail. L’AEM se rendra à toute convocation des médiateurs, a expliqué cette source. De son côté, l’exécutif syndical s’est réuni toute la journée mercredi pour évaluer la situation et mesurer la largeur de ce no man’s land. Le bureau de la ministre du Travail, Filomena Tassi, qui ne semble pas désespérer d’un armistice, a pour sa part fait savoir que les médiateurs fédéraux demeuraient disponibles. — Marc Tison, La Presse

Port de Montréal

Ottawa force l’adoption de la loi spéciale

Ottawa — Le premier ministre Justin Trudeau affirme qu’il est temps de « débloquer » le port de Montréal et l’économie du Québec en adoptant le projet de loi du gouvernement forçant le retour au travail des 1150 débardeurs, qui sont en grève illimitée depuis lundi.

Son gouvernement a d’ailleurs pris les moyens nécessaires pour accélérer l’adoption du projet de loi en question mercredi après-midi. Il a adopté une motion, malgré l’opposition du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique, qui a mis la table à la tenue d’un débat sans interruption aux Communes afin de franchir toutes les étapes parlementaires requises pour l’adoption du projet de loi C-29.

Dans les rangs libéraux, on croyait possible de l’adopter dans la nuit de mercredi à jeudi. Le Sénat devrait être saisi du projet de loi vendredi.

« Le port de Montréal joue un rôle central dans toute l’économie canadienne et particulièrement l’économie du Québec. Les arrêts de travail actuels causent de sérieux dommages qui pourraient durer encore bien longtemps », a affirmé M. Trudeau aux Communes durant la période des questions.

« Ce n’est pas une décision que nous avons prise à la légère. Nous croyons au processus de négociation collective et c’est pour cela qu’on travaille avec eux depuis deux ans à la table de négociation. Nous avons pris cette décision seulement après avoir épuisé tous les autres efforts. »

— Justin Trudeau, premier ministre du Canada

En réponse aux critiques du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui maintient que le recours à une loi spéciale « n’est pas une solution, mais bien une preuve d’incompétence », M. Trudeau s’est montré intraitable.

« Encore une fois, on voit que le Bloc est toujours là pour défendre les intérêts du Québec avec de belles paroles. Cependant, le Bloc ne peut pas se contenter de belles paroles dans cette situation parce qu’on a l’option d’agir concrètement. […] Vont-ils permettre de débloquer le port et l’économie du Québec ? », a-t-il lancé.

Minoritaires à la Chambre des communes, les libéraux de Justin Trudeau ont besoin de l’appui de l’un des trois partis de l’opposition pour faire adopter rapidement ce projet de loi réclamé par le gouvernement Legault, le monde des affaires et la Ville de Montréal. Mardi, le Parti conservateur a confirmé son intention de l’appuyer.

Mardi soir, le Syndicat des débardeurs du port de Montréal (SCFP 375) a affirmé que l’Association des employeurs maritimes (AEM) avait « quitté la table de négociation ». Mais l’AEM a nié plus tard cette affirmation, soutenant qu’elle avait participé aux échanges devant les médiateurs durant la journée et qu’elle avait décidé d’évaluer ses options après avoir constaté que les pourparlers n’avaient pas permis de dénouer l’impasse.

Coût économique énorme

Les principaux points en litige entre les deux parties portent sur les horaires de travail, la conciliation travail-famille et les mesures disciplinaires. La convention collective est échue depuis le mois de décembre 2018.

Aux Communes, mercredi, la ministre du Travail, Filomena Tassi, a soutenu que la grève au port de Montréal entraînait un coût économique énorme : de 40 à 100 millions de dollars par semaine.

Elle a aussi affirmé que la reprise des activités au port était « une question de vie ou de mort » étant donné que le conflit de travail a eu pour effet de laisser dans des conteneurs d’expédition des fournitures médicales et des produits pharmaceutiques essentiels dans la lutte contre la COVID-19.

Selon elle, le gouvernement « doit agir » pour la santé et la sécurité des Canadiens ainsi que l’économie, a-t-elle soutenu. Mme Tassi affirme que le projet de loi spéciale représente un dernier recours après plus de deux ans d’efforts vains pour trouver une solution négociée.

Avant de déclencher la grève, lundi, les travailleurs du port avaient commencé à refuser les heures supplémentaires et le travail de fin de semaine, plus tôt ce mois-ci. Le syndicat avait auparavant organisé une grève de 10 jours en août dernier.

— Avec La Presse Canadienne

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