2020-2021 : Une saison unique mais pleine d’espoir

Les 10 derniers mois n’ont pas été des plus faciles, mais le retour du hockey insuffle un vent d’optimisme et beaucoup d’excitation chez les partisans des Canadiens. L’été dernier, le Tricolore a connu un succès inattendu à l’intérieur de la bulle de Toronto, lors du retour au jeu de la LNH. La suite des choses s’est avérée tout aussi prometteuse grâce à plusieurs signatures et acquisitions qui ont renforcé la formation de Marc Bergevin. Voici un aperçu de l’édition 2020-2021 de vos Canadiens de Montréal.

Les hommes de la bulle

Après avoir terminé la saison écourtée au 12e rang dans l’Est avec une fiche de 31-31-9, les Canadiens ont obtenu leur billet pour la bulle de Toronto après que la LNH eut décidé d’inclure plus d’équipes qu’à l’habitude en séries. Le Tricolore a tiré profit de cette occasion en défaisant Sidney Crosby et ses Penguins de Pittsburgh en quatre matchs de qualification. Il s’est ensuite fait éliminer au premier tour des séries, après avoir donné du fil à retordre aux Flyers de Philadelphie pendant six rencontres.

Les jeunes Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi se sont révélés au grand public. Le centre recrue a terminé à égalité au sein du club pour les buts (4) et les points (7), alors que Kotkaniemi est l’autre joueur ayant réussi à marquer à quatre occasions. Le pourcentage de réussite sur ses tirs de 36,4 % de ce dernier s’est avéré le meilleur de toute l’équipe.

À l’arrière, les défenseurs Shea Weber, Jeff Petry et Ben Chiarot avaient des airs modernes du célèbre « Big Three », étant utilisés à profusion et cumulant 10 points, un différentiel de +6 et 34 minutes de pénalité.

Devant le filet, Carey Price a brillé une fois de plus, maintenant une moyenne de buts alloués de 1,78, un pourcentage d’arrêts de, 936 et obtenant deux blanchissages.

Une formation remaniée

L’expérience vécue dans la bulle a été bien plus qu’une conclusion excitante de la saison 2019-2020. Non seulement a-t-elle permis à Suzuki et Kotkaniemi d’écarquiller les yeux de plusieurs, elle leur a également permis de consolider leur place en tant qu’éléments clés de l’avenir de l’organisation, encourageant aussi Bergevin à procéder à d’importants mouvements de personnel en vue de la prochaine saison.

Tout d’abord, le DG du Tricolore a renforcé la profondeur devant le filet en faisant l’acquisition du gardien Jake Allen, champion de la coupe Stanley en 2019, qui agira à titre d’auxiliaire à Carey Price. Par la suite, les Canadiens ont obtenu les services du défenseur de 6 pi 4 po et 215 lb Joel Edmundson, qui a remporté la coupe avec Allen lorsqu’ils évoluaient au sein des Blues de St-Louis. Bergevin a ensuite échangé Max Domi et un choix de troisième tour en 2020 aux Blue Jackets de Columbus contre l’attaquant de 6 pi 3 po et 222 lb Josh Anderson. Finalement, les Canadiens ont obtenu Tyler Toffoli, un franc-tireur qui compte quatre saisons d’au moins 20 buts, en plus d’avoir gagné la coupe avec les Kings de Los Angeles en 2014.

Bergevin ne s’est pas arrêté là, accordant de nouveaux contrats à quatre joueurs : une prolongation de deux ans pour Allen, des ententes de quatre saisons avec Edmundson et Toffoli, puis une prolongation de sept ans pour Anderson. Il a aussi renouvelé le contrat de Jeff Petry pour quatre saisons et s’est assuré des services de Brendan Gallagher pour les six campagnes suivant l’échéance de son contrat actuel, qui arrive à terme à la fin de la prochaine saison. L’équipe a aussi accordé de nouveaux contrats à Jake Evans, Victor Mete, Xavier Ouellet et Noah Juulsen.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que le choix de deuxième tour en 2018, Alexander Romanov, s’est aussi entendu sur un contrat d’entrée de trois ans, en juillet dernier. Après avoir disputé les deux dernières saisons dans la KHL, le défenseur tentera de percer la formation des Canadiens cette année.

Une fois que le début de la saison a été officiellement annoncé, Bergevin s’est entendu avec les vétérans Michael Frolik et Corey Perry afin d’ajouter de la profondeur à son équipe. Les deux attaquants possèdent d’ailleurs chacun une bague de la Coupe Stanley.   

Aller de l’avant

Il n’est pas faux d’affirmer que Bergevin a attiré l’attention de plusieurs avec ses nombreuses acquisitions lors de la saison morte, lesquelles ont été louangées par les partisans et les analystes. Ces mouvements de personnel ont créé beaucoup d’excitation chez les joueurs et les entraîneurs du Tricolore, dont Claude Julien, qui a apprécié le travail effectué par son patron.

« C’est vraiment excitant. J’ai l’impression qu’on a une très bonne et compétitive équipe, présentement. Plusieurs des choses qu’on voulait accomplir pour améliorer l’équipe ont été faites. C’est assez clair que lorsqu’on retournera au travail, il y aura beaucoup d’équipes rapprochées [au classement]. Donc, le fait d’avoir Allen comme gardien [auxiliaire], en plus de Carey Price, nous permet d’être doublement bons et nous donnera une chance de gagner certains matchs et d’être compétitifs », analyse l’entraîneur-chef des Canadiens qui en sera à sa 18e saison à la tête d’une équipe de la LNH. « J’aime le fait que notre défensive est maintenant plus grosse et plus forte, tout en ayant une bonne polyvalence. Notre groupe de défenseurs est capable de déplacer la rondelle. Ça devrait assurément aider notre jeu de transition.

« Puis, à l’avant, on peut dire qu’on est plus gros. On a aussi ajouté des marqueurs. On espère que Josh Anderson et Tyler Toffoli arriveront et continueront de marquer comme on les a vus marquer dans le passé. Tout ça contribuera à notre production offensive. J’aime vraiment tout ce qu’a fait Marc. Il nous a donné l’occasion d’être vraiment compétitifs. Je crois que, en tant que groupe d’entraîneurs, on est vraiment excités de revenir pour travailler avec ce groupe. »

Les gardiens

Avec un calendrier raccourci à l’horizon, la gestion de la charge de travail de Price sera déterminante et l’entraîneur des gardiens de but, Stéphane Waite, considère qu’Allen est le candidat idéal pour être le complément du gardien de but étoile de 33 ans.

« Jake Allen est stable, il est constant. C’est ce que j’aime de lui. Tu sais ce que tu obtiendras en le mettant devant le but. Il a une bonne technique, il n’est pas trop profond dans son filet, ni trop agressif, il fait tout de la bonne façon, partage Waite. J’ai parlé avec d’anciens coéquipiers, et ils m’ont dit que c’était un excellent coéquipier, c’est une bonne personne et, surtout, il travaille très fort lors des entraînements. Marc [Bergevin] a frappé un coup de circuit en allant le chercher. »

« Avec près de 300 matchs disputés dans la Ligue nationale, Jake n’est pas une recrue. On pourra partager beaucoup de connaissances, particulièrement sur des joueurs de l’Association de l’Ouest qu’il a affrontés plus souvent que Carey. Carey adore échanger et apprendre de son adjoint, surtout quand c’est un vétéran avec qui il peut parler de la LNH. Je sais que Carey est très content de l’arrivée de Jake. »

Lorsqu’il s’est adressé aux médias via Zoom durant la saison morte, Waite a affirmé vouloir utiliser Allen à 30 reprises au courant d’une saison de 82 matchs, ce qui lui laisserait environ une vingtaine de rencontres dans un calendrier qui en compterait 56 au total.

Cela devrait accorder suffisamment de repos à Price, qui a retrouvé, au début 2020, des chiffres comparables à ceux connus précédemment dans sa carrière, alors qu’il a maintenu une moyenne de 2,50, un pourcentage d’efficacité de, 918 et trois jeux blancs en 26 matchs, sans compter son impeccable performance lors des séries éliminatoires.

Les défenseurs

À la ligne bleue, l’entraîneur des défenseurs, Luke Richardson, a souligné qu’avec le personnel dont il dispose avec le grand club et dans la Ligue américaine, l’avenir s’annonce très prometteur.

« On a Romanov qui s’en vient et on a obtenu Edmundson, en plus de notre « Big Three », qui a si bien joué lors des séries dans la bulle. Ils sont en santé, sous contrat et prêts à recommencer. Puis, on a des gars comme [Brett] Kulak et Mete, qui peuvent vraiment patiner, et des gars comme [Noah] Juulsen, [Josh] Brook… [Cale] Fleury a disputé quelques très bons matchs avec nous, renchérit Richardson. Nous avons une très bonne profondeur, pour la LNH. »

Dans le cas de Romanov, le niveau d’excitation n’a fait qu’augmenter de façon exponentielle depuis que le défenseur russe s’est joint aux Canadiens dans la bulle à Toronto, à l’été 2020.

« Il adore traverser la patinoire et tirer la rondelle. C’est un joueur très actif. Défensivement, il frappe fort. Il adore travailler. Il n’a pas peur de bloquer un tir. Il adore recevoir une passe en deux-contre-un », décrit Richardson au sujet de Romanov, qui a obtenu 11 points (un but et 10 passes) et un différentiel de +37 en 86 rencontres avec le CSKA Moscou, dans la KHL. « Il est très bon pour travailler bas et récupérer la rondelle, puis se remettre sur ses pieds. Il est très athlétique et agile. Et il joue chaque séquence avec énergie ; on adore le voir aller. »

Romanov s’ajoute à une unité défensive talentueuse menée par le capitaine – et joueur le plus utilisé chez les Canadiens l’an dernier (exactement 24 minutes par match) –, qui a marqué 15 buts en une saison pour la 10e fois de sa carrière. De son côté, Petry a mené l’équipe au niveau des mises en échec avec 177, a marqué trois buts gagnants et s’est classé tout juste derrière Weber pour le temps d’utilisation avec 23 min 39 s en moyenne par rencontre. Troisième membre du « Big Three » moderne, Ben Chiarot a obtenu des sommets en carrière pour les buts (9) et les points (21) tout en menant l’équipe au chapitre des tirs bloqués (128). Il s’est classé deuxième derrière Petry pour les mises en échec (152).

Les attaquants

À l’attaque, Suzuki et Kotkaniemi ont beaucoup fait parler d’eux, et avec raison : Suzuki a été la deuxième recrue de 20 ans et moins la plus productive de l’histoire des Canadiens grâce aux 41 points qu’il a obtenus (13 buts et 28 passes) et il a terminé au deuxième rang chez les recrues de la LNH pour les mises en jeu effectuées (659) et les tirs (138).

Dans le cas de Kotkaniemi, les chiffres du centre finlandais ne dressent pas le vrai portrait de la situation, en raison du fait que sa deuxième saison a été marquée de blessures. Il a toutefois bénéficié de l’interruption des activités de la LNH pour revenir au jeu plus gros, plus fort et plus rapide, n’hésitant jamais à jouer du coude en séries.

Le centre Phillip Danault a certainement remarqué le développement du jeune joueur et ce qu’il peut apporter à l’équipe, et il est prêt à l’aider dans sa progression en lui faisant part de ses conseils.

« Je peux absolument être un mentor pour les kids. On va se montrer des trucs. Je veux qu’on s’entraide énormément. Je veux qu’on gagne ensemble », affirme Danault qui amorcera sa septième saison dans la LNH. « Je crois énormément en ces deux jeunes, et je suis convaincu qu’on peut s’aider à gagner ensemble. Sans mettre trop de pression, ils ont un très bon potentiel. J’aime vraiment comment ils jouent. »

Bien entendu, les succès offensifs des Canadiens ne reposeront pas que sur les épaules de deux joueurs de moins de 22 ans. Danault a terminé au deuxième rang des pointeurs de son équipe avec une récolte de 47 points l’an dernier, six de moins que son sommet en carrière, et il a prouvé qu’il figurait parmi les meilleurs joueurs oeuvrant dans les deux sens de la patinoire en menant l’équipe avec une fiche de +18 et en se situant au sixième rang dans la Ligue au niveau des mises en jeu effectuées (1336).

Montréal pourra aussi compter sur Tomas Tatar, qui a terminé en tête du palmarès des Canadiens avec 61 points (22 buts et 39 passes) en 2019-2020, et sur Gallagher, qui a égalé Tatar au sommet des marqueurs de l’équipe avec 22 buts – il s’agit d’une quatrième saison d’au moins 20 buts pour lui. Le Tricolore mise aussi sur les capacités de Jonathan Drouin à reproduire son début de saison étincelant qui avait par la suite été perturbée par des blessures.

Le Tricolore devra toutefois apporter des correctifs à l’avantage numérique s’il espère se tailler une place en séries, alors que son jeu avec l’avantage d’un homme s’est classé au troisième rang à l’étranger (24,7 %), mais bon dernier à domicile (12,4 %).

L’entraîneur-associé, Kirk Muller, qui s’occupe de l’attaque massive, est d’avis que les joueurs acquis par Bergevin sont les éléments dont les Canadiens avaient besoin pour connaître du succès sur les unités spéciales.

« Commençons avec Toffoli. Il est droitier. Il a eu beaucoup de succès dans l’enclave. Il a des mains rapides, il peut donc jouer dans ces zones. Il a la capacité de marquer, avec son tir. Il peut donc être très dangereux et efficace, ce qui pourrait donner de l’espace à d’autres gars, illustre Muller. Quant à Josh, il a un gros gabarit. Il peut jouer autour du filet ; il peut utiliser sa taille. Et je sais qu’il n’a pas beaucoup joué [sur le jeu de puissance], mais si vous regardez ce qu’il est capable de faire, et sa capacité à jouer autour du filet… Avec cette présence devant le filet – qui est très importante en avantage numérique – je pense qu’il peut être efficace à cette position. »

Le mot de la fin revient à Gally

Nous ne pouvions penser à une meilleure manière de résumer la position dans laquelle se trouvent actuellement les Canadiens que celle dressée par Gallagher, qui a identifié le travail fait par son directeur général comme étant l’une des raisons qui l’a convaincu de rester à Montréal pour plusieurs années. Voici ce qu’il a déclaré :

« Honnêtement, c’est incroyable de voir les ajouts qu’on a réussi à faire. Je pourrais passer à travers la liste. Ç’a commencé par Edmundson. Il sera le genre de joueur en défense qui accentue la mentalité de « on est difficile à affronter ». Quand on regarde notre défense, présentement, je crois qu’aucun groupe d’attaquants dans la Ligue ne sera excité de venir jouer contre notre équipe.

« Ensuite, [Bergevin] est allé chercher Anderson : un gars physique, avec un talent de marqueur. C’est quelque chose qui est difficile à trouver. C’est une espèce rare dans la Ligue ; un attaquant de puissance qui est gros et qui peut tout faire en plus de pouvoir mettre la rondelle au fond du filet. Tu ajoutes un joueur comme celui-là ; je crois que n’importe quelle équipe dans la Ligue serait heureuse de l’avoir.

« J’ai oublié Allen. On sait combien bon Pricey est ; il est le meilleur gardien au monde quand il est reposé, en santé et qu’il a de l’énergie. On a maintenant l’occasion de faire jouer un gardien qui peut disputer 20 matchs et plus pour nous. On a confiance en lui, il fera le travail et ça permettra à Pricey d’être encore meilleur – ce qui peut être effrayant.

« Puis, on a ajouté Toffoli, un gars qui a pas mal marqué partout où il est allé, toute sa vie. Toute sa vie, il a mis la rondelle au fond du filet et il a trouvé des façons de marquer. Il était dans une équipe qui a gagné la coupe Stanley. C’est un gars qui va amener ce genre d’expérience. »

« Chacun d’entre eux jouera un rôle clé au sein de notre équipe. De pouvoir aller chercher autant d’éléments, c’est assez excitant. Donc, quand j’étais là à me demander où je voulais être et qu’on a ajouté ces éléments au groupe qu’on avait déjà, et avec ce qu’on avait construit… En plus des jeunes centres qui s’en viennent… C’est assez excitant, en ce moment, pour n’importe qui de l’organisation des Canadiens de Montréal. »

Un texte de Dan Braverman, traduit par François Lafleur

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