Histoires de coming out : juste de l’amour

J’ai fait mon coming out il y a 20 ans. J’avais anticipé le pire, mais ça s’est beaucoup mieux passé que je le pensais. Les personnes que je croyais les plus réfractaires ont même très bien réagi, à ma grande surprise. Ça a fait toute la différence pour la suite des choses.

Le coming out, c’est une étape majeure dans une vie.

Hélas, même en 2021, ça ne se passe pas aussi bien pour tout le monde. C’est pour ça qu’une série comme Histoires de coming out est si nécessaire, pour que cette sortie du placard, cette affirmation de soi, devienne toute naturelle.

Portée par la comédienne Debbie Lynch-White, qui a vécu un rejet au moment de son coming out en 2015, la série de 12 demi-heures commence ce lundi à 21 h sur la chaîne Moi et cie. Chaque semaine, une personne du public et des membres de son entourage racontent leur expérience, de même qu’une personnalité connue. Extrêmement humaine, Debbie expose sa propre histoire et son cheminement tout au long du docuréalité.

La comédienne regrette d’avoir attendu si longtemps, à 29 ans, avant de faire son coming out. En même temps, elle le comprend : il n’y a pas si longtemps, les modèles de personnes homosexuelles, surtout féminins, étaient plutôt rares dans la sphère publique. « Mon modèle, c’était Ariane Moffatt, qui était pas mal la seule de sa génération, il y a à peu près 15 ans. Si j’avais eu d’autres modèles, je l’aurais fait plus tôt », croit-elle.

Lorsqu’elle repense à son enfance, elle remarque que tout la prédisposait à enfouir ce secret.

« J’ai été élevée au prince charmant de Disney, aux tantes qui me demandaient : ‟Quand est-ce que tu nous ramènes un p’tit chum ?” Tout ce qui était véhiculé dans les films d’ados des années 1990 et 2000, ça a fait en sorte que j’ai cherché à entrer dans un moule hétéronormatif. La série m’a ouvert beaucoup sur le choix des mots qu’on utilise. »

– Debbie Lynch-White

Heureusement, on a fait des pas de géant aujourd’hui, et c’est beaucoup grâce à des personnalités inspirantes auxquelles les jeunes peuvent s’identifier, que ce soit la Canadienne Elliot Page, qui a fait son coming out trans et non binaire, ou encore les Katherine Levac, Karelle Tremblay et Debbie Lynch-White – le simple fait d’en parler a pu libérer de nombreuses personnes qui se sentaient seules au monde.

C’est beaucoup pour servir de modèles que Debbie et sa blonde Marina Gallant ont décidé de se dévoiler sur les réseaux sociaux, deux ans avant leur mariage.

« Il était hors de question que je me cache, que je n’amène pas ma blonde dans une première ou un gala. Dès le début, j’avais cette conscience-là. La petite fille en région qui trouve cette revue-là chez le dentiste, qui nous voit au Gala Artis ensemble, ça va peut-être changer sa vie. »

Dans la première émission, on suit Karine, qui a dû rompre les liens avec sa mère après lui avoir appris qu’elle était lesbienne, et qui apprend que sa conjointe et elle deviendraient mères. Francine, la mère de Karine, a pris la nouvelle comme « un coup de poing dans le ventre », s’est demandé ce qu’elle n’avait pas fait de correct dans l’éducation de sa fille unique.

En même temps, perdre de vue sa fille unique était inconcevable, et elles se sont retrouvées. Aujourd’hui, pour Francine, ses petits-enfants, c’est la prunelle de ses yeux. Vous verrez la mère et la fille émues de s’être retrouvées et savourer leur bonheur.

Dans la deuxième émission, l’histoire du jeune Kaleb, 11 ans, est vraiment inspirante. Il y a quatre ans, l’enfant s’ouvrait à sa famille sur son attirance pour un garçon. Plutôt que de le juger, elle a voulu le comprendre, l’accompagner, lui dire qu’il n’y avait rien d’anormal dans ce qu’il vivait.

Trop jeune pour savoir qui on est vraiment à 7 ans ? À partir de quel âge devrait-on le savoir ? « On n’est jamais trop jeune pour le dire », croit sa mère.

Son père, qui n’a pas pris la chose trop au sérieux au départ, aide aujourd’hui Kaleb à se vernir les ongles. On sent tout l’amour dans ses yeux. L’image réjouissante d’un monde contemporain où les barrières tombent enfin, où on se permet d’être soi-même, de ne plus jouer un rôle, de ne plus entrer dans le moule qu’on nous impose.

Dans une des émissions suivantes, on suivra l’histoire de Christina, qui a été reniée par sa famille de Témoins de Jéhovah après avoir dévoilé son homosexualité. Dans son cas, c’est irréconciliable, et Christina a dû en faire son deuil.

La rencontre a beaucoup inspiré Debbie. « Je sentais que Christina avait deux ou trois ans d’avance sur moi dans son processus. Après cette rencontre, j’ai tenté de recréer un lien [à la suite du rejet qu’elle a vécu], mais ç’a été balayé du revers de la main. Je n’espère pas que la série rebâtisse des liens, je n’ai plus cet espoir-là, mais je grandis beaucoup là-dedans. Beaucoup de personnes vont s’identifier à plein d’histoires. »

À l’inverse, un des moments les plus émouvants concerne le coming out de Debbie à son grand-père. « On a un membre de plus dans la famille ! », s’est-il réjoui en parlant de sa belle-fille. La réaction parfaite, celle qu’attend celui ou celle qui fait son coming out. Le grand-père est mort au cours de la production, mais aura laissé le plus bel héritage à sa petite-fille adorée.

Touchée par son interprétation de Maman, papa à Tout le monde en parle, Debbie a invité Pierre Lapointe à la reprendre pour son émission. « L’amour est le plus beau trésor et ceux qui aiment n’auront jamais tort », dit la chanson, à propos d’un garçon rejeté par ses parents après s’être ouvert sur son homosexualité. À raison, ce titre figure parmi les cinq préférés de Pierre Lapointe dans tout son répertoire.

Au cours de la série, Simon Boulerice, Roxane Bruneau, Dany Turcotte, Jean-François Guevremont, alias Rita Baga, Geneviève Leclerc, Sarahmée, Eve Salvail et Félix-Antoine Tremblay apporteront tous leur témoignage.

Comme pour Je suis trans et Autiste, bientôt majeur, Moi et cie fait œuvre utile pour brasser la cage des téléspectateurs à propos de plusieurs tabous de la société. Des sans-abri ont même remarqué à quel point Face à la rue, la série de Jean-Marie Lapointe, avait changé la façon dont les gens les percevaient.

Magnifiquement réalisée par Maude Sabbagh, à qui l’on doit aussi Face à la rue et Faire œuvre utile, Histoires de coming out ne s’adresse pas qu’aux membres de la communauté LGBTQ2+, mais à tout le monde. Parce que chacun d’entre nous aura un jour à recevoir le coming out d’un enfant, d’un ami, d’un frère ou d’une sœur, d’un parent, même.

Ne serait-ce que pour que les choses se fassent dans le plus grand respect, la plus grande normalité qui soit, il faut regarder Histoires de coming out.

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