Nulle trace

Aller à la rencontre de l’autre

Film d’ouverture du festival Slamdance et de passage cette semaine aux Rendez-vous Québec Cinéma, Nulle trace, de Simon Lavoie, met en vedette Monique Gosselin dans le rôle d’une contrebandière qui, vivant dans un monde post-apocalyptique, aide une jeune femme et son enfant à traverser une dangereuse frontière. En entrevue, la comédienne affirme y voir l’importance d’aller à la rencontre de l’autre, quel qu’il soit.

Dans la catégorie du cinéma du type dystopie, uchronie ou société post-apocalyptique, Nulle trace, de Simon Lavoie, est un cas à part.

Au lieu d’être campée dans une ville en ruine, l’histoire défile, c’est le cas de le dire, le long d’une voie ferrée longeant le Saint-Laurent. Au lieu d’être surchargé et baroque, le décor est dépouillé. Au lieu d’y retrouver de grands rassemblements de dominants et de dominés, on y croise à peine quelques individus.

Le rapprochement avec les genres cinématographiques décrits plus haut ? Le côté impitoyable, sauvage et dangereux de la vie où la seule chose qui compte est le chacun pour soi. Vivre dans une société où l’on prend soin les uns des autres n’existe plus. Ceux qui y pratiquent leur religion le font à leurs risques et périls.

C’est le cas dans Nulle trace dans lequel Awa (Nathalie Doummar), en fuite dans la nature avec son enfant dans l’espoir de retrouver son mari, est secourue par N (Monique Gosselin), femme de très peu de mots dont l’univers est réduit à sa draisine sillonnant une voie ferrée où le danger guette à chaque détour.

Awa croit et est pratiquante. N est tout le contraire. Une dualité qui a fortement attiré l’attention de Monique Gosselin. « Ça me frappe beaucoup de voir comment on a fini, au Québec, par dénigrer tout ce qui a rapport à la religion, dit la comédienne en entrevue dans les locaux du distributeur K-Films Amérique. Dans nos rapports à l’Église, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. On ne remet plus rien en question face à la religion. On ne donne pas de sens à nos vies sauf celui de l’acquisition et de la consommation. Alors, dans ce film, je trouvais extrêmement intéressant que N aille à la rencontre de l’autre. »

La comédienne précise que le fait d’aller vers l’autre ne veut pas nécessairement dire qu’on adhère à ses idées. « N oppose aussi une résistance à l’autre, dit-elle. D’ailleurs, c’est la source de toute guerre de résister à l’autre au lieu d’aller à sa rencontre et d’essayer de le comprendre. Je pense qu’elle finit par envier Awa et sa croyance. Mais avant ça, elle trouve qu’elle est complètement déconnectée. Elle se dit : tu ne vas pas survivre grâce à ta foi. »

Dans une entrevue accordée à La Presse au moment de la sortie de son film à Slamdance, le réalisateur Simon Lavoie s’attardait aussi à ce thème. « Le personnage de N est fasciné par celui d’Awa, disait-il alors. Cette foi irrationnelle qu’ont les gens et qui les aide à mieux vivre, qui leur donne un sens, me fascine et m’attire. J’aimerais croire, mais malheureusement, je ne crois pas. »

Ce thème de la croyance et de la non-croyance est contextualisé dans un environnement extrêmement dur et traversé de quelques scènes insoutenables (soyez avertis).

On l’a dit, l’histoire se passe le long du fleuve où la nature domine. Les lieux sont sillonnés de vigies dont les membres sont prêts à massacrer un inconnu pour un oui ou pour un non. Quoique… le récit conserve une part de mystère. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui taraude l’esprit visiblement tourmenté de N ?

Chacun y verra ce qu’il veut. Mais personne n’en sortira indemne tellement l’intensité est forte dans ce décor de fin du monde filmé avec une caméra infrarouge.

Force de caractère

Diplômée de l’option théâtre du cégep Lionel-Groulx en 1989, Monique Gosselin mène une carrière très impressionnante, mais en toute discrétion, ce qui fait son affaire, avoue-t-elle. La comédienne trouve dans ce film son premier grand rôle au cinéma et le porte avec une force de caractère hors du commun. On croit en sa N de bout en bout.

« Dans le film, je la trouve à la fois forte et touchante, dit Simon Lavoie. Il y a une sorte de vérité chez elle. Elle a un visage expressif, fort intéressant à filmer. C’était important pour ce personnage, parce que N est une femme de peu de mots. Et Monique a bien su rendre le type de jeu naturaliste, minimaliste, que je lui demandais. »

Du réalisateur, Monique Gosselin dit : « Ce que je trouve magnifique chez Simon est l’audace. L’exploration est l’essence de son film, loin des standards du cinéma. Il est plus qu’un réalisateur, il est un artiste. »

Ce respect mutuel donne un film comme on en voit rarement.

Nulle trace sort en salle le vendredi 7 mai.

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