Hard rock

panne de courant

Power Up
AC/DC
Sony
Deux étoiles et demie

Les dernières années n’ont pas été faciles pour AC/DC. En l’espace de quatre ans, le légendaire groupe de hard rock a perdu son guitariste et cofondateur Malcolm Young (mort après un détour par la démence), son bassiste Cliff Williams (départ à la retraite), son chanteur Brian Johnson (problèmes d’audition) et son batteur Phil Rudd (problèmes judiciaires).

On aurait pu croire que le diablotin en costume d’écolier, Angus Young, désormais seul maître à bord, en profiterait pour fermer boutique. Mais c’était sans compter sur la ténacité de la formation australienne, qui existe depuis maintenant 47 ans et dont la moyenne d’âge tourne autour de 70 ans.

Pour son 17e album studio, tout le monde a donc réintégré le navire, sauf Malcolm, bien sûr, même si son fantôme plane sur les 12 morceaux de Power Up. On applaudit cette formidable résilience. Que voilà un bel exemple d’obstination ! Était-ce une bonne chose de remettre le couvert ? Ça, c’est une autre histoire.

AC/DC revient avec sa recette réchauffée, ses riffs éculés, son habituel chant éraillé, et livre une formidable copie carbone des 16 albums précédents… qui ne brillaient pas, eux non plus, par leur capacité de renouvellement. Bref, il faut vraiment avoir AC/DC tatoué sur le cœur pour suivre ces vieux gredins dans leur radotage. Les autres, passez votre chemin. Ces types sont admirables – merci pour les services rendus –, mais ils n’ont plus grand-chose à dire…

Indie folk

enveloppant réconfort

Encounter
Beyries
Bonsound
Quatre étoiles

Le deuxième album de la Montréalaise Beyries, Encounter, est la suite logique dans le parcours de la musicienne, une route vers le haut, le meilleur. Après un très réussi premier effort, Landing, empreint d’une aura fascinante, ce second disque est le fruit d’un travail qui, sans se dénaturer, évolue et se bonifie.

La voix de Beyries est enveloppante. Ses mélodies sont réconfortantes. Même s’il devait initialement sortir en début d’année, cet album est particulièrement bienvenu ces jours-ci. Après plusieurs écoutes, sans s’essouffler, il fait du bien. Plusieurs âmes meurtries par les temps difficiles qui s’abattent sur l’humanité tout entière et par ce mois de novembre maintenant bien entamé trouveront refuge auprès d’Encounter.

Les mots de Beyries, eux, sont parfois sombres, l’introspection et les observations sur le monde ne donnent pas particulièrement place à des effusions de gaieté dans les paroles. Pourtant, dans sa confrontation des choses plus difficiles, Beyries a un effet tranquillisant. Souvent, les mots ne sont pas ancrés dans un sentiment précis, on en retire ce qu’on veut, en quelque sorte.

Elle chante la possibilité de la fin du monde, dans le texte politique de Graceless, mais elle en fait un hymne qui donne espoir. Elle chante l’amour éperdu, celui qui fait mal, sur Into You, et on fait rejouer la piste pour en avoir plus de cette superbe mélodie. The Story of Ava fait ressortir le côté soft grunge de Beyries, que l’on ne connaissait pas.

Le jeu de cordes et d’harmonies sur plusieurs pièces vient apporter une dimension ensorcelante, on ne peut s’empêcher de penser à Florence and The Machine (ce qui est une très bonne chose). Le rock orchestral très rétro, le folk théâtral, les hymnes ténébreux, le « grunge choral » : Amélie Beyries maîtrise bien tout ce qu’elle entreprend sur cet album d’un peu plus d’une demi-heure, concis et réussi.

Rap

heureux mélange

OFF
Tizzo X Souldia
Disques 7e Ciel et Canicule Records
Trois étoiles et demie

Souldia et Tizzo se sont retrouvés l’été dernier dans un chalet pour allier leurs deux univers. En une semaine, l’album collaboratif de 13 chansons OFF a vu le jour.

Le disque démarre sur un banger, le premier extrait dévoilé il y a quelques semaines, Une ligne, qui vient nous happer. La seule autre chanson à avoir cet impact mélodique est Rockstar, en fin d’album. Dans la déclamation comme dans la production et son refrain, la pièce est retentissante. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas dans cet album d’autres excellentes pièces, au contraire.

La chanson-titre, OFF, amorce une tentative plus commerciale, hautement pop, dans laquelle la signature de Souldia est distincte. L’entraînante chanson, très réussie, est heureusement la seule à embrasser si rondement les codes du rap-radio (sans totalement s’y plier).

Tizzo et Souldia sont fidèles à leur genre respectif, ce qui veut aussi dire que chacun doit se mouler aux particularités du rap de l’autre. On assiste à la fusion d’un rap plus street et trap à un rap qui veut faire danser, plus pop. Montréal rencontre Québec, l’amalgame des deux styles, sur des productions solides, est réussi. Les deux « frères, juste pas de la même couleur » (FAM), ont su parfaitement se compléter. Treize chansons en duo, treize preuves que Souldia et Tizzo étaient destinés à collaborer.

Mentionnons ici le travail de Farfadet, Mo’Ca$hmo, Christophe Martin, Diceplay Beats et P. C sur les beats de l’album. Tout est bien fait à ce chapitre, même si ce sera parfois trop léché au goût de certains amateurs de rap.

Tizzo et Souldia fanfaronnent. Ils répondent aussi à leurs détracteurs, règlent des comptes, par exemple dans La même chose : « On me reproche de toujours parler d’la même chose, mais je connais rien d’autre, tout ce qu’on fait c’est pour notre bien », lâche Souldia, qui, après deux albums cette année, montre qu’il a encore des choses à dire. Dans cette même chanson : « Ils veulent s’approprier le rap mais pas les gars qui viennent avec. »

Le message est clair et tout au long de l’album, l’agilité des plumes de Tizzo et Souldia leur permet de faire ça chaque fois : passer des messages avec des lignes bien montées, aux jeux de mots riches, aux multiples phrases coup de poing.

Pop

Alexandre Désilets vitaminé

Down de nos high
Alexandre Désilets
Les disques de la cordonnerie
Trois étoiles

Il y a quelque chose de très réjouissant dans ce nouveau EP d’Alexandre Désilets, qui semble s’être donné comme mission d’ensoleiller l’automne en cinq chansons au groove irrépressible.

Du disco, des guitares funk, des lignes de basse de feu, une touche contemporaine d’électro, ce court album aux accents résolument rétro est une parfaite source de défoulement entre deux angoisses pandémiques. Non pas que l’auteur-compositeur-interprète voie tout en rose : certains de ses textes sont plus amers que doux, comme sur Dernier cri, qui parle du bruit assourdissant que font les réseaux sociaux parfois, ou Passer tout droit, sur la différence et la marginalité. Mais il y a aussi de l’amour et du désir sur Down de nos high, et des musiques enjouées, toutes composées en collaboration avec le multi-instrumentiste et réalisateur de l’album Jean-François Beaudet, sauf pour Toxico, qui est une collaboration avec Zagata.

Dans ce déferlement de rythmes se déploie comme d’habitude la voix riche et incroyablement haute du chanteur, peut-être moins mise en valeur que d’habitude par les arrangements, mais reconnaissable entre toutes même dans la pop pure. Bref, un petit plaisir, pas coupable du tout, léger et bien pétillant pour combattre la grisaille.

INDIE-FOLK ROCK

mélancolie progressive

Pendant que Laurence Nerbonne prenait un virage électropop remarqué, ses anciens collègues d’Hôtel Morphée raffinaient de leur côté leur formule rock pour lancer le projet Deep Rivers, qui n’avait jusqu’à ce jour accouché que d’un seul EP, Part One, paru il y a déjà près de quatre ans. Avec leur nouvel album Nothing Ever Happens to Me, André Pelletier, Blaise Borboën-Léonard et Stéphan Lemieux sont de retour en selle avec une proposition indie-folk rock franchement bien ficelée qui mérite amplement l’attention.

À l’écoute du recueil de chansons, on mesure bien l’effort qui a été déployé autant sur le plan des mélodies que des arrangements. L’ensemble de l’œuvre est la plupart du temps aérien et dépouillé au service d’une ambiance bien souvent mélancolique qui permet de mettre en valeur la belle voix d’André Pelletier – ce dernier se contentait pourtant de rares harmonies vocales au sein d’Hôtel Morphée. Les riches accords de ses guitares sont quant à eux appuyés par la batterie fluide et contenue de Lemieux, par les claviers ou les violons planants de Borboën-Léonard, ainsi que par la basse précise et discrète de Cédric Martel – quatrième membre du groupe.

Toutefois, on n’est jamais très loin de la tension rock, bien souvent grâce à des accents progressifs, notamment l’étonnante conclusion du solo de guitare de Busy Bee, qui n’est pas sans rappeler les premières moutures de Genesis, ou encore l’expression mélodique du violon et du refrain de No More Mister Nice Guy, un clin d’œil à Gentle Giant.

Cela dit, on parle d’un album indie-folk tout ce qu’il y a de plus contemporain. On peut d’ailleurs faire des parallèles avec quelques ténors de la scène indie – Death Cab for Cutie sur la chanson-titre, Gravenhurst sur Straight Shooter, Radiohead sur Keeping Up ou encore les Barr Brothers sur Bottle of Rye, certainement la plus folk de l’album. N’empêche, cet assemblage de chansons est tout sauf pastiché, c’est le résultat d’un travail abouti qui s’écoute d’une traite plusieurs fois de suite.

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