politique

Résumé de la journée au congrès de Québec solidaire

L’urgence climatique, « la priorité des priorités »

Québec solidaire révise sa cible verte à la hausse

Montréal — Sous la pression de groupes écologistes et de sa base militante, Québec solidaire révise à la hausse sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Pour la co-porte-parole du parti, Manon Massé, « à la prochaine élection, Québec solidaire va présenter la plateforme en matière de lutte aux changements climatiques la plus ambitieuse ». « Nos membres veulent encore qu’on soit à l’avant de la parade, et on va le demeurer », a-t-elle ajouté lors d’un point de presse samedi soir au Gesù, peu de temps avant de monter sur scène.

« Le 3 octobre 2022, faire élire le premier gouvernement écologiste du Québec, c’est possible ! », a-t-elle lancé aux 400 militants réunis à l’occasion du congrès du parti.

« Si on se retrousse les manches et si on y met tout notre espoir et toute notre énergie, on est capables de gagner ! », a renchéri plus tard Gabriel Nadeau-Dubois qui, ému, a quitté la scène un bref instant alors que la foule scandait « On est capables ! » C’était une soirée festive, alors que les membres ont eu droit à des performances – et à l’appui – de Klô Pelgag, Clay and friends et Valence.

Plus tôt dans la journée, au congrès du parti où l’on définit la plateforme électorale, les militants ont adopté à la majorité une proposition d’urgence visant à « réduire les émissions du Québec d’au moins 55 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030, en se rapprochant le plus possible de la cible de 65 % ».

Cette cible est plus ambitieuse que celle que les autorités du parti avaient énoncée dans le cahier de propositions, à savoir « au moins 45 % ».

À titre de comparaison, le gouvernement Legault s’est donné pour objectif de diminuer les émissions de GES de 37,5 %, toujours par rapport au niveau de 1990, d’ici 2030. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) recommande aux États de viser 50 %.

Les militants de Québec solidaire souhaitaient clairement une cible plus élevée que 45 %. Des associations de circonscription ont demandé de la revoir à la hausse et ont soumis un amendement au cours des derniers jours afin de la fixer à « au moins 65 % ». Juste avant le début de la COP26, des groupes écologistes ont réclamé que le Québec se donne cet objectif pour faire sa « juste part » afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

Au début des discussions sur cet enjeu, le co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, a soumis une proposition d’urgence pour réviser la cible soumise au départ. C’est ainsi qu’il a suggéré « au moins 55 % » en se rapprochant « le plus possible de la cible de 65 % ».

Il a tenté de dissuader les militants d’adopter le seuil d’au moins 65 %. « Ce serait extrêmement difficile à atteindre avec des mesures chiffrées concrètes », a-t-il plaidé, vantant les mérites de sa proposition d’urgence.

« On n’a pas à choisir entre l’ambition et la faisabilité. Il faut faire les deux. Il faut à la fois être les plus crédibles et les plus ambitieux. C’est ce que l’urgence climatique exige de nous. C’est notre responsabilité historique. »

— Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

Si des militants se sont prononcés en faveur de son plaidoyer, d’autres ont réclamé que le parti aille plus loin et ont demandé que soit fixée une cible d’au moins 65 %. Ces derniers ont plaidé pour nationaliser les industries polluantes, sans indemniser financièrement les sociétés privées, et ont déploré que le parti mise surtout sur l’écofiscalité, mesure qui « ne dérange pas les capitalistes ». « Avec 65 %, ça signifie qu’on sort du cadre capitaliste, et on a une économie dirigée […] contrôlée démocratiquement avec un parti de gauche », a fait valoir le militant Marc Bonhomme.

Pour Olivier Huard, qui a déjà été responsable de la commission environnementale du parti, la proposition d’urgence reste ambitieuse « sans être trop en avant de la population ». « Il y a une limite à ce qu’un parti peut faire en termes d’éducation » auprès des électeurs, a dit cet ancien candidat.

« Plus on monte la cible, plus c’est exigeant. Je vous dis d’attacher votre tuque avec de la broche, parce que notre prochain plan écologiste va quand même brasser beaucoup. »

— Olivier Huard, ancien responsable de la commission environnementale de Québec solidaire

Les militants ont rejeté la proposition de départ prévoyant une cible d’au moins 45 % puis, entre la proposition d’urgence (minimum de 55 %) et l’objectif d’au moins 65 %, ils ont préféré la première option.

La CAQ réplique

À la suite de la mise en ligne d’une première version de ce texte, le chef de cabinet du premier ministre Legault, Martin Koskinen, a interpellé Québec solidaire sur les réseaux sociaux, chose qu’il fait plutôt rarement. « Question pour QS. Cette cible minimale de 55 % d’ici 2030, c’est retirer combien d’automobiles des routes du Québec ? », a-t-il écrit.

Le conseiller spécial de M. Legault, Stéphane Gobeil, a mis son grain de sel en écrivant que « QS devrait dire aux Québécois qu’il prône la décroissance » économique.

« Même si on retirait toutes les voitures, VUS et camionnettes des routes demain matin, on n’atteindrait pas votre objectif. »

— Stéphane Gobeil, conseiller spécial de M. Legault

« Quand je vois l’entourage de François Legault réagir comme ça, je me dis : “Ah, c’est pour ça qu’ils ont appuyé Erin O’Toole et les conservateurs à la dernière élection fédérale !” », a répliqué Gabriel Nadeau-Dubois en soirée, accusant le gouvernement de mener une « campagne de peur ».

Nationalisation

Les membres de QS ont appuyé une proposition visant à « nationaliser sous contrôle régional l’ensemble des industries produisant des énergies renouvelables (éolien, solaire, etc.) afin de compléter la nature publique de la production de l’énergie au Québec et de planifier son développement ».

Manon Massé et la députée Ruba Ghazal ont mis tout leur poids pour inciter les militants à rejeter les propositions les plus controversées concernant la nationalisation des minières et des forestières – ce qui fut fait après un très long débat. « Oui, à Québec solidaire, on veut recourir à la nationalisation pour encourager certains secteurs – par exemple pour les CHSLD privés et le secteur des minéraux stratégiques dans certaines situations –, mais pas le faire comme ça, de façon systématique », a soutenu Mme Ghazal.

Québec solidaire fait ainsi de l’urgence climatique « la priorité des priorités ». « On peut être un parti ambitieux, par exemple sur le plan de la lutte contre les changements climatiques, et être crédibles et rigoureux dans nos propositions. C’est cet équilibre qu’on veut trouver en fin de semaine », a indiqué Gabriel Nadeau-Dubois. Il croit que Québec solidaire peut faire un « effort » pour être « encore plus proche des préoccupations des gens » et avoir « des propositions plus concrètes, plus détaillées, plus pragmatiques ».

Troisième lien consacré aux transports collectifs

Nadeau-Dubois se dit « parlable »

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois refuse de dire s’il serait favorable à un troisième lien Québec-Lévis réservé uniquement au transport collectif, créant une confusion autour de la position du parti sur le sujet.

Sa collègue de Taschereau, Catherine Dorion, a déjà déclaré qu’un tunnel voué à 100 % au transport collectif pourrait être acceptable à ses yeux.

Samedi, lors d’un point de presse en marge du congrès de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois s’est borné à dire que le parti avait « un préjugé favorable » envers tout projet de transport collectif, qu’il pourrait être « parlable », mais qu’il ne pouvait « [se] positionner sur un projet fictif ».

Le sujet est revenu dans l’actualité à la suite de propos équivoques du premier ministre François Legault en marge d’une rencontre avec le nouveau maire de Québec, Bruno Marchand, vendredi.

« Évidemment, veut-on un lien entre Québec et Lévis, ne serait-ce que pour les transports en commun ? », a déclaré M. Legault. « Veut-on un pont ou un tunnel ? Quels sont les coûts, les avantages, les désavantages ? Quelle est la situation de la congestion sur les deux ponts à l’ouest ? Toutes ces informations, on va les partager et on espère que Bruno [Marchand] va arriver à la même conclusion que nous. »

À quand la gratuité scolaire ?

Lors du congrès, les militants ont voté pour une proposition qui rend moins contraignante sa position traditionnelle sur la gratuité scolaire au cégep et à l’université. En 2018, le parti promettait d’atteindre cette gratuité en cinq ans. Il s’engage maintenant dans un premier mandat à « entamer une diminution des frais exigés au niveau postsecondaire, afin d’atteindre à terme la gratuité scolaire ». Aucune échéance n’est précisée.

Les membres ont appuyé l’idée d’éliminer « immédiatement », toujours dans l’éventualité d’une prise du pouvoir, « tous les frais facturés dans les établissements publics, du préscolaire au secondaire, incluant la formation générale des adultes et la formation professionnelle ».

Le parti compte « entamer la conversion des écoles privées qui le souhaitent en écoles publiques tout en mettant fin progressivement au financement public des écoles privées ».

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