Faut-il avoir peur des cocktails de vaccins ?

Savez-vous quelle est la question la plus souvent entendue par le personnel des centres de vaccination depuis le début de l’opération de la troisième dose ?

Est-ce dangereux de mélanger les vaccins ?

Chaque fois, les infirmières et les médecins prennent le temps d’expliquer, de rassurer. Car il faut le dire, certaines personnes, réalisant qu’elles n’auront pas le même vaccin que les deux doses précédentes, rebroussent chemin.

Oui, des gens se lèvent, prennent leur manteau et quittent les lieux.

Radio-Canada rapportait le 7 janvier dernier que des « milliers d’Ontariens » ont annulé leur rendez-vous ou se sont carrément levés de leur chaise quand ils ont appris qu’ils allaient recevoir le vaccin Moderna plutôt que celui de Pfizer.

L’Association des pharmaciens de l’Ontario a affirmé qu’environ la moitié des clients admissibles à une dose de rappel de Moderna en pharmacie refusent d’avoir ce vaccin.

Dans les deux principaux centres de vaccination de Montréal, le Stade olympique et le Palais des congrès, on m’a dit qu’il s’agit en effet « d’une situation qu’on observe sur une base régulière », sans toutefois vouloir m’offrir de chiffres précis.

Rappelons que dans chacun de ces deux centres, placés respectivement sous la responsabilité du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de Montréal, on injecte environ 3500 doses par jour.

À cela s’ajoute un certain nombre d’annulations, dont celles de gens qui rechignent sur le vaccin offert.

Cette situation crée évidemment un casse-tête. « C’est un problème, car quelqu’un qui décide de s’en aller ou qui annule à la dernière minute prive une autre personne d’un rendez-vous, m’a confié Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de Montréal. De plus, ça empêche le personnel qui se déplace tous les jours de bien travailler. »

Il faut savoir que, pour le moment, les centres de vaccination offrent surtout le vaccin Moderna. Les faibles quantités de vaccins Pfizer sont offertes aux gens qui ont des besoins médicaux ou aux groupes plus jeunes.

Le problème survient donc quand des personnes qui ont déjà reçu le vaccin Pfizer se voient offrir un vaccin Moderna. Ils craignent des effets moins protecteurs de ce « cocktail ».

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on m’a écrit que l’on comprenait « tout à fait que certaines personnes pourraient être réticentes à ‟mélanger” les vaccins. C’est donc important de transmettre la bonne information à la population ».

Et cette information, c’est que les recherches et les données se multiplient et démontrent qu’on ne doit pas craindre de combiner les vaccins. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, l’a dit récemment lors d’un point de presse.

Il a été imité par le microbiologiste-infectiologue Karl Weiss qui, au micro de Marie-Claude Lavallée, au 98,5, disait la semaine dernière « qu’on ait l’un ou l’autre, ça ne change pas grand-chose ». Le DWeiss rappelait du coup les études qui affirment que combiner les vaccins « aurait même un petit avantage ».

Au même moment, la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal, écrivait sur Twitter : « Vous avez reçu le vaccin Pfizer en 1re et 2e dose et vous vous questionnez au sujet du vaccin Moderna comme dose de rappel ? C’est normal ! La dose de rappel de Moderna est sécuritaire, efficace et augmentera votre protection face au variant Omicron. »

« Il y a eu plusieurs études qui ont été menées pour voir l’impact de ces combinaisons », m’a confirmé le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec.

« Les études arrivent à peu près toutes à la même conclusion : les deux vaccins ARNm peuvent être utilisés de façon interchangeable. »

– Le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec

Donc, une troisième dose avec un vaccin différent ne présente aucun risque, pourvu qu’il soit de type ARN messager, ce que sont les vaccins de Pfizer et de Moderna. Ces vaccins ne contiennent pas le virus. Ils utilisent plutôt la réponse de défense naturelle du corps en fournissant des instructions génétiques inoffensives données par l’ARNm.

En d’autres mots, Pfizer-Pfizer, Moderna-Moderna, Pfizer-Moderna, Moderna-Pfizer, la protection est la même.

Vous vous dites à ce moment-ci de votre lecture : mais si, dans le lot, j’ai reçu le vaccin AstraZeneca, qu’est-ce qui se passe ?

Excellente question !

Le DDe Serres m’a expliqué que ceux qui ont reçu l’AstraZeneca (un vaccin à vecteur viral différent de l’ARNm ; les vaccins à vecteur viral contre la COVID-19 bloquent la protéine S, empêchant ainsi le virus d’entrer dans les cellules humaines et de les infecter), l’ont surtout eu en première dose et ont, en principe, reçu un ARNm en deuxième dose.

Donc, ces gens sont également prêts à recevoir un ARNm en troisième dose.

J’ai reçu ma troisième dose mardi. Une chose m’a frappé. C’est avec quelle douceur et quel tact les infirmières et les médecins présents (c’est un dentiste qui m’a donné mon vaccin) répondent aux mêmes questions sur ces fameux « cocktails ». Chaque fois, le personnel explique la chose comme si c’était la première fois.

Pas sûr que j’aurais cette patience… Bravo, mesdames et messieurs ! Vous avez toute mon admiration !

En terminant, le meilleur argument pour convaincre ceux qui doutent encore des combinaisons de vaccins appartient sans doute au DDe Serres, qui m’a dit : « Le meilleur vaccin pour toi, c’est celui que tu peux obtenir. »

Tout est dit !

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