Prix de la danse de Montréal

Des gagnantes lancent un cri du cœur

Lauréate du Grand Prix de la danse en 2021, Mélanie Demers a de nouveau brillé lors de la 12e cérémonie des Prix de la danse de Montréal, pour sa pièce Confession publique, un solo interprété par Angélique Willkie, qui a de son côté reçu un prix pour son interprétation. Les deux ont mis leurs bourses totalisant 20 000 $ au ballottage, un cri du cœur abordant la question de la diffusion des œuvres d’ici sur notre territoire.

La chorégraphe Mélanie Demers n’en est pas à sa première distinction aux Prix de la danse de Montréal. Elle a donc hésité avant d’accepter celui de la meilleure œuvre chorégraphique au Québec, assorti d’une bourse de 10 000 $, pour son œuvre Confession publique, présentée en 2021 à La Chapelle, puis cette année au FTA.

« Puisque nous ne parlons plus qu’en termes de capital et de pensée néolibérale, j’aurais plutôt envie d’échanger la valeur marchande de ces 10 000 $ contre la possibilité de présenter cette œuvre au Québec, ici, sur notre territoire, n’importe où. »

– Mélanie Demers, chorégraphe

Comment permettre que les œuvres nichées « sortent de leur niche » et rencontrent le public québécois ? Comment résoudre le « fardeau de la diffusion des œuvres sur notre territoire » ? Ce sont les questions lancées par Mélanie Demers, qui déplore le fait que Confession publique tournera bientôt à l’étranger, mais qu’aucune représentation n’est prévue sur le sol québécois.

Quelques instants plus tard, c’était au tour de l’artiste multidisciplinaire et dramaturge Angélique Willkie de monter sur scène pour accepter le prix soulignant sa performance magistrale de mise à nu dans le solo autobiographique Confession publique. Cette dernière a ajouté sa bourse de 10 000 $ à l’offre de Demers. « Ce n’est même pas une blague ! », a-t-elle lancé, ajoutant : « Cette pièce représente tout ce que je suis en tant qu’artiste. »

La chorégraphe Catherine Gaudet a reçu les grands honneurs avec le Grand Prix de la danse de Montréal, assorti d’une bourse de 25 000 $, pour la grande qualité de son travail dans ses trois plus récentes créations, soit Les jolies choses, Se dissoudre et L’affadissement du merveilleux.

Un prix qu’elle a reçu avec « beaucoup d’humilité et de reconnaissance », soulignant l’apport primordial de ses collaborateurs, des « allumeurs de beauté », notamment pour leur « refus du compromis ». Parmi eux, Sophie Michaud, conseillère dramaturgique, et les danseurs ayant interprété ses pièces au fil des années, qu’elle a pris soin de tous nommer.

Des émotions et de la diversité

Cette 12e remise de prix a été émouvante, avec plusieurs discours sentis et des applaudissements nourris d’une communauté qui a beaucoup souffert des conséquences de la pandémie. Plusieurs femmes et personnes issues de la diversité comptent parmi les lauréats.

Récompensée du prix Envol pour la diversité culturelle et les pratiques inclusives en danse, Claudia Chan Tak était très émue. Instigatrice du Bottin artistique et asiatique au Québec, en réponse au racisme vécu par les membres de sa communauté, la chorégraphe, interprète, commissaire à la diversité du festival Phénoména et collaboratrice de la Coalition asiatique pour une relève émancipatrice (La Caré) a souligné que ce prix « apaisera les larmes, la rage, les périodes sombres et illumine aussi le chemin à venir ».

Pour le prix Révélation, qui peut récompenser autant un interprète, un chorégraphe qu’un artisan des arts de la scène, le jury a été unanime dans sa décision de souligner l’apport essentiel de l’artiste de la lumière Paul Chambers à de nombreuses œuvres chorégraphiques d’ici.

Deux figures bien connues du milieu ont vu leur travail de plusieurs décennies souligné. Lucie Boissinot a reçu le prix Contribution exceptionnelle, elle qui a été pendant plus de 20 ans une interprète charismatique et qui dirige aujourd’hui l’École de danse contemporaine de Montréal. Ginelle Chagnon, répétitrice, assistante, « œil extérieur » (trois des nombreux titres qu’elle a portés au fil de sa riche carrière), a accepté le prix Ethel-Bruneau pour mettre les projecteurs sur tous ceux qui travaillent dans l’ombre pour façonner les arts vivants.

Étincelle, un nouveau prix, a été créé en hommage au créateur Pierre-Paul Savoie, qui s’est éteint en 2021. Il vise à souligner le travail d’artistes qui provoquent des rencontres autour de la danse. En contribuant à la démocratisation de la danse hors des sentiers battus et en milieu rural à Marsoui, en Gaspésie, la chorégraphe, commissaire et chercheuse en arts Priscilla Guy a attiré l’attention du jury.

Mickaël Spinnhirny et Lydie Revez, qui codirigent la jeune Agence Mickaël Spinnhirny, ont reçu le prix Gestionnaire culturel(le) notamment pour la réactivité et l’approche innovante dont ils ont fait preuve durant la pandémie.

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