De la course à la maintenance

La vie de Raphaël Lessard a changé de façon draconienne, du jour au lendemain. Mais il affirme que si ses appuis financiers sont suffisants, son retour chez GMS Racing en 2022 est assuré.

Il y a moins de deux mois, Raphaël Lessard conduisait des camionnettes NASCAR à près de 300 km/h sur des circuits américains. Ces jours-ci, il veille à la maintenance des camions de l’entreprise de son père, en Beauce.

Le choc a été difficile à encaisser pour le pilote de 19 ans. Faute de fonds, il a regagné le foyer familial après seulement 7 des 22 épreuves au calendrier. Mais le temps aplanit tout, dit-on.

« Ça va mieux. Il faut que j’avale ma pilule, que je me concentre sur d’autres belles choses. Je reste positif, je reste moi-même, c’est juste que ç’a été vraiment dur. Il fallait que je prenne le temps de tout avaler ça. »

Le Beauceron – qui atteindra la vingtaine au début du mois de juillet – est rentré chez ses parents quelques jours après l’annonce du 3 mai qui officialisait le scénario redouté depuis des semaines.

« Moi et ma famille, on est très proches. Tout le monde était content de me voir, mais ils auraient aimé mieux que je continue de courir. Me voir aux États-Unis, puis plus tard pour les vacances de Noël », raconte Lessard, qui avait quitté Saint-Joseph-de-Beauce en début d’année.

« Ça fait du bien d’être avec la famille, mais disons que j’aimerais mieux être derrière le volant. C’est la vie. »

– Raphaël Lessard

En ce moment, il travaille donc pour l’entreprise de son père, FRL Express. Il donne un coup de pouce dans le bureau, au besoin.

« Mais, le plus souvent, je suis dehors et je m’assure que tout est beau pour que les camions partent le lundi, ou pour ceux qui partent le dimanche », explique le pilote.

Il ne s’occupe pas de la mécanique, qui est confiée à des garages du coin. Plutôt de la préparation et de la vérification des véhicules : huile, essence, courroies, pneus, lave-vitre. La base, comme il le dit lui-même.

Ce sont ses week-ends. En semaine, et ce, jusqu’à quelques jours de la fin du mois de juin, il travaille pour l’entreprise d’une connaissance de la famille.

Où, exactement ? On n’a pas demandé. Par contre, on sait qu’il n’y a pas de réseau à cet endroit. D’où la nécessité de faire cette entrevue en début de soirée, une fois le jeune homme rentré à la maison.

« Veut, veut pas, j’ai des dépenses et il faut que je travaille comme tout le monde », lance-t-il.

Bientôt en piste au Québec ?

Aucun doute, Raphaël Lessard s’ennuie de la course. Avant de rentrer au Québec, il avait évoqué la possibilité de courir sur des circuits de la province pendant l’été.

Ça ne s’est pas encore produit. Mais il croit que ça ne saurait tarder.

« D’après moi, je ne vais pas rester assis longtemps, ici, au Québec. Je suis allé voir les courses à Vallée-Jonction la fin de semaine passée [notre entretien a eu lieu le 3 juin], et je pense que le monde n’était pas trop content de me voir dans les gradins et non dans une voiture ! »

On peut présumer sans se tromper qu’absolument tous les yeux dans les gradins seront rivés sur son bolide, le moment venu.

« Il y a des gens autour de moi qui travaillent pour que je puisse courir et garder la main. C’est mon but, juste de m’asseoir dans toutes les voitures que je peux. Mais pas si je dois débourser quelque chose », précise Lessard.

Il court sans cesse après les fonds pour piloter aux États-Unis, pas question de devoir s’astreindre à la même gymnastique ici…

« Si je me fais offrir un volant, c’est sûr que je vais y aller. »

– Raphaël Lessard

S’il parle de « garder la main », c’est que Raphaël Lessard croit en ses chances de renouer pour une saison complète avec les camionnettes de la série Camping World – la troisième en importance du circuit NASCAR – l’an prochain.

À tout le moins, il se sent désiré. Le jeune pilote dit avoir maintenu le contact avec GMS Racing, écurie avec laquelle il courait cette année. L’équipe s’ennuie de lui et veut le revoir en 2022, affirme-t-il.

« Oui, c’est sûr à 100 %. Si j’ai des partenaires financiers derrière moi, c’est sûr qu’ils me reprennent. »

Nous avons tenté, en vain, de confirmer cette information avec GMS Racing.

Quoi qu’il en soit, l’obstacle implicite demeure le financement, justement.

Selon Radio-Canada Sports, dans un texte publié quelques jours après l’annonce de la fin de la saison de Lessard, les hommes d’affaires qui lui accordaient habituellement leur soutien n’ont pas participé au financement du pilote en 2021 en raison d’une mésentente sur le fonctionnement et la gestion de la carrière de l’espoir québécois. Ils étaient ouverts à revenir en 2022 à certaines conditions, ajoute l’article, après avoir rétabli des liens solides avec l’entourage de l’athlète.

Le principal intéressé ne s’est pas mouillé sur le sujet, se limitant à faire savoir que les personnes concernées étaient en contact et que les choses bougeaient. Mais il n’a pas nié les informations.

« On espère que tout le monde qui a toujours été derrière moi veut donner un coup pour l’année prochaine. C’est ça qu’ils ont l’air de regarder attentivement », indique le pilote.

Quoi qu’il en soit, même si ses bailleurs de fonds de la première heure ressortaient le chéquier, le manque de commanditaires demeurerait un problème.

« Il me faut ces gens-là, mais aussi plus de partenaires comme Canac et Quincaillerie Richelieu autour de moi », reconnaît-il.

Et un plus nanti encore ne serait pas de refus.

Alors, l’intérêt de GMS Racing est toujours présent, selon Lessard. Mais pour les 200 000 $ mensuels nécessaires – le coût souvent évoqué, bien que le pilote n’ait jamais voulu le confirmer –, ce n’est pas gagné.

« Je ne sais pas encore si ça va être possible. On va se croiser les doigts », laisse tomber le Beauceron.

Gérer la pression

En cours de saison, alors qu’il sentait la fin approcher, Lessard a dû maîtriser ses émotions.

« On croit aux miracles, comme on dit. Mais plus ça allait, plus je me mettais ça dans la tête parce que je savais que ça allait être tough d’arrêter la saison comme ça, que ça allait être dur sur le mental. J’essayais d’être le plus positif possible, mais tout en me le disant pour que ça n’arrive pas et que ça fasse “surprise” à la dernière minute », illustre-t-il.

Malgré cette atmosphère défavorable, il a terminé troisième à sa cinquième course (Bristol, sur terre battue) et huitième à sa dernière (Kansas).

« Ce n’était pas une situation idéale, mais j’ai essayé de soutirer le maximum et d’être solide mentalement. Je pense que je l’ai démontré », relève avec raison Raphaël Lessard.

Faire de bons résultats avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête n’est sans doute pas facile. De l’expérience en banque.

L’an dernier, Lessard avait pris le 12rang du classement général. Il avait entre autres signé une victoire spectaculaire sur le légendaire super speedway de Talladega, en Alabama.

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