minibudget Girard

Québec veut s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre en offrant bourses, primes et programmes de rétention, en plus de vouloir accélérer les projets d’investissement des sociétés.

Minibudget du gouvernement Legault

Primes et bourses pour lutter contre la pénurie de  main-d’œuvre

Québec — Généreux programme de bourses pour étudiants, prime aux retraités, programmes de rétention : Québec met la gomme pour résorber la pénurie de main-d’œuvre en santé, en éducation, dans les services à l’enfance et dans trois « secteurs stratégiques » : le génie, les technologies de l’information et la construction.

« On ne peut pas tout faire. Comme gouvernement, c’est important de faire des choix. Et on a choisi les services essentiels et les secteurs stratégiques », a expliqué le ministre des Finances, Eric Girard, jeudi lors de la présentation de son minibudget.

Le gouvernement Legault veut donc requalifier et attirer près de 170 000 travailleurs dans ces endroits névralgiques avec un plan de 2,9 milliards sur cinq ans.

Il compte sur 22 000 immigrants pour pourvoir une partie de ces postes. Pour le reste, il veut former des étudiants, requalifier des travailleurs et attirer des retraités ou des gens qui ne sont actuellement pas sur le marché du travail.

Vous êtes au cégep ou à l’université en génie, en technologie de l’information ou en sciences infirmières, par exemple ? L’État québécois vous donnera des milliers de dollars en bourse pour vous encourager à terminer vos études. Il prévoit investir 1,7 milliard en mesures « versées aux étudiants inscrits dans des programmes touchant des professions ciblées ».

Des élèves pourront obtenir jusqu’à 9000 $ pour une formation technique au collégial, et des étudiants, 15 000 $ à l’université pour un programme de trois ans, ou 20 000 $ pour un programme de quatre ans, tout ça alors que les droits de scolarité du Québec sont les plus bas aux pays, a souligné le ministre Girard.

Tous les cégépiens et étudiants, même ceux qui ont déjà commencé leur formation, auront droit à cette bourse à partir de la session d’automne 2022. Elle sera versée après chaque session à temps plein réussie, soit 1500 $ au collégial, et 2500 $ à l’université. La liste exhaustive des programmes visés par Québec sera annoncée plus tard, tout comme les détails du programme. Mais, déjà, on assure que les étudiants qui ne terminent pas leur formation n’auront pas à rembourser les sommes déjà versées.

Prime salariale pour les retraités

Ce n’est pas la seule mesure pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre. Québec va mettre en place une prime salariale temporaire pour les retraités de certaines professions du secteur public, au coût de 60 millions. En bref, Québec va leur remettre directement la somme d’argent qu’il verse normalement au fonds de pension d’un employé ordinaire. Il s’agit d’une prime annuelle de près de 3000 $ pour un retraité ayant un revenu de travail de 40 000 $, précise-t-on.

Québec vise notamment le personnel infirmier, les préposés aux bénéficiaires, les psychologues, les travailleurs sociaux, les enseignants du primaire et du secondaire et les techniciens en éducation spécialisée.

Il ajoute également 1 milliard sur cinq ans pour accroître la main-d’œuvre en santé. Cela inclut notamment l’embauche de milliers d’agents administratifs pour libérer les cliniciens des tâches administratives qui les empêchent de donner des soins directs aux patients. Il ajoute 550 millions en éducation, avec des mesures de rétention de main-d’œuvre qui n’ont pas encore été détaillées.

Québec prévoit également investir 1,1 milliard pour aider les secteurs du génie et de la technologie de l’information. Cela comprend l’embauche de 500 professeurs dans ces secteurs de pointe, ainsi que des programmes d’aide aux entreprises qui pourront par exemple embaucher du personnel qui est toujours aux études. Québec veut « soutenir les entreprises aux prises avec des difficultés de recrutement en adaptant des programmes d’études et en permettant aux travailleurs à l’emploi des entreprises participantes d’être libérés pour suivre une formation, lorsqu’une partie du programme d’études est réalisée en milieu de travail par le biais de stages », indique-t-on dans le document.

Minibudget du gouvernement Legault

350 millions pour de nouveaux projets d’investissement

Numérisation, automatisation et innovation : le gouvernement Legault injecte 350 millions de plus dans sa mise à jour automnale afin de stimuler la « croissance et la productivité des entreprises ». Dans le milieu des affaires, on voit mal de quelle manière ces sommes pourront atténuer les maux de tête provoqués par le manque de main-d’œuvre.

Il faudra par ailleurs patienter avant de savoir quelles seront les catégories de projets admissibles à une aide financière. La mise à jour automnale présentée jeudi par le ministre des Finances, Eric Girard, prévoit 160 millions sur cinq ans pour accélérer les projets d’investissement des sociétés, sans aller plus loin.

Les thèmes de l’augmentation de la productivité, de la compétitivité, l’automatisation et la réduction de l’empreinte environnementale sont mentionnés, mais c’est le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui présentera les détails « ultérieurement ».

« Cela fait une moyenne de 30 millions de plus par année, lance la présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx. Si le gouvernement veut contrer la pénurie de main-d’œuvre dans notre secteur, cela devra devenir une priorité et il devra investir davantage. »

Avec 279 000 postes vacants en août au Québec, les représentants patronaux auraient voulu voir le gouvernement Legault prendre des moyens concrets afin d’élargir le bassin de travailleurs pour le secteur privé.

Il y a bien entendu l’augmentation des seuils d’immigration, mais également l’intégration au travail des personnes en situation de handicap, de la clientèle judiciarisée et d’autres groupes, estime le président et chef de la direction du Conseil du patronat, Karl Blackburn.

« Les 160 millions, ce sont des mesures à long terme, mais il n’y a rien de concret à court terme. Malheureusement, ce n’est pas suffisant. »

— Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat

De plus, les efforts du gouvernement Legault pour contrer la rareté de la main-d’œuvre concernent essentiellement cinq catégories de travailleurs. Certaines, comme la santé et les services sociaux, l’éducation ainsi que les services de garde, concernent des travailleurs du secteur public.

Il y a des laissés-pour-compte, déplore la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Déploiement accéléré

L’autre volet de la mise à jour économique se penche sur la mise en place des premières zones d’innovation, dont le dévoilement approche à grands pas. L’initiative obtient 100 millions de plus – 40 millions avaient déjà été annoncés – pour la mise en place des premières zones d’innovation.

À cela s’ajouteront 90 millions pour d’autres types de projets qualifiés d’« innovants » ailleurs « sur le territoire québécois ».

Annoncées en 2020, les zones d’innovation, où l’on souhaite réunir en un seul endroit, sur une base thématique, des milieux comme l’enseignement, la recherche, les entreprises en démarrage ainsi que les grands acteurs, se font toujours attendre.

Au moins 30 demandes émanant de 13 régions du Québec ont été reçues.

Le gouvernement Legault a également décidé d’assouplir les modalités du programme offrant un rabais de 20 % pendant quatre ans aux entreprises ayant déployé des projets d’investissement. L’étalement pourra s’échelonner sur une période maximale de 72 mois.

« En raison de la crise sanitaire, des entreprises font face à des délais supplémentaires pour réaliser les projets pour lesquels elles ont commencé à un rabais d’électricité. »

— Le gouvernement Legault

Les requêtes devront être soumises au plus tard le 31 décembre. Il n’y aura « aucun impact financier » supplémentaire pour l’État puisque les « projets en cours de réalisation étaient déjà intégrés aux coûts du programme ».

Pour profiter de ce rabais, les entreprises devront investir au moins 40 millions dans l’amélioration de leur productivité ou la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Le rabais pourrait représenter jusqu’à 50 % du coût de l’investissement. Par exemple, une entreprise qui investit 80 millions pourrait bénéficier d’une réduction de 40 millions sur sa facture d’électricité.

En date du 9 novembre, 159 demandes de grands industriels avaient été attestées. Cela représente plus de 5,6 milliards, selon les données gouvernementales.

Si l’on tient compte des 94 millions déjà annoncés pour le déploiement de l’internet haute vitesse sur le territoire québécois, les sommes consacrées à « la croissance et la productivité » des entreprises s’élèvent à 444 millions.

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