La folie à l’épicerie

Bête noire, Sortez-moi de moi, Portrait-robot et maintenant Après. La séquence d’excellence dans les productions québécoises se poursuit avec la mise en ligne jeudi, sur l’Extra de Tou.TV, de cette minisérie chorale mettant en vedette une Karine Vanasse au sommet de sa forme.

Dans le sillon de la troublante Bête noire de la chaîne Séries plus, Après traite d’une fusillade sanglante et de ses conséquences sur une communauté fictive de 3000 habitants des Laurentides. C’est dur à regarder, oui. Surtout au premier épisode, alors que la caméra de l’habile réalisateur Louis Choquette balaie l’épicerie où au moins sept personnes ont péri sous les balles. Le sang coule sur le plancher. Des coups de feu résonnent dans le supermarché. Des blessés hurlent à l’aide.

La scène la plus marquante d’Après s’avère la moins violente. Alors que le village de Lac Sabin découvre l’horreur, les téléphones des victimes, toujours à l’intérieur du commerce, s’activent. T’es où ? Es-tu correct ? Réponds-moi ! Seul le bruit des textos qui entrent brise ce silence de mort.

Dans Après, qui se déploie en six épisodes d’une heure, Karine Vanasse campe Maryse Malo, gérante de l’épicerie du village, théâtre de ce drame épouvantable. Maryse est la mère seule de Danahée (Camille Vincent), 18 ans, atteinte de trisomie et elle aussi commis à l’épicerie « maudite ».

Karine Vanasse crève l’écran dans ce rôle plus loin d’elle, celui d’une femme pauvre, mais résiliente, qui fume des cigarettes et qui parle carré.

Son jeu ne sombre pas dans la caricature, ce qui arrive souvent quand des comédiens campent du « vrai monde », comme le veut cette expression fatiguée.

La minisérie Après, chapeautée par Duo Productions (Mon fils, L’heure bleue), enchaîne les brillantes performances d’acteur. Je pense à celle de Steve Laplante, un ex-employé de Maryse qui vit de la détresse, ou à celle de Madeleine Péloquin, la sœur médecin de Maryse, qui soigne les blessés du carnage à sa clinique quasi de brousse. Ils sont justes, touchants et crédibles.

Autour de Karine Vanasse gravite une galaxie de personnages qui subiront les contrecoups de la tuerie. Il y a le maire de Lac Sabin (Martin-David Peters), dépassé par les terribles évènements. Il y a Roger Thomas (Marc Béland), le propriétaire insensible de l’épicerie, qui entretient une relation bizarre, limite malsaine, avec sa gérante Maryse.

Il y a Danielle (Kathleen Fortin), une collègue de Maryse qui vit des choses difficiles à la maison, notamment avec son mari gravement malade (Henri Chassé). Il y a les deux policiers, campés par Alexa-Jeanne Dubé et Anglesh Major, qui arrivent en premier sur les lieux du carnage.

Trois jeunes adultes du village (Robin L’Houmeau, Juliette Gariépy et Aurélia Arandi-Longpré) devront, eux aussi, composer avec l’après-fusillade, d’où le titre de la minisérie.

Et qui a ouvert le feu sur la clientèle de l’épicerie de Lac Sabin ? Le révéler divulgâcherait votre écoute de cette série à la distribution cinq étoiles, tournée en plein hiver. Comme tout le monde se connaît à Lac Sabin, tout le monde a un lien proche avec les victimes ou avec la personne qui les a fauchées. Les journalistes rôdent, à l’affût de détails croustillants, et l’ambiance devient anxiogène à la Mare of Easttown. Qui faut-il blâmer pour cette explosion de violence ?

Vous ne verrez pas de photos ou ne lirez pas d’entrevue avec l’auteur d’Après, François Pagé, qui signe ici sa première œuvre à la télé. Ancien spécialiste des communications et des relations publiques, il préfère se tenir loin des médias et préserver son anonymat.

Selon son producteur Michel d’Astous, François Pagé est le Réjean Ducharme de la télé québécoise. Radio-Canada offrira Après à la télé régulière à l’automne, pour ceux qui ne souscrivent pas à l’Extra de Tou.TV.

Gala peu épatant

Mes collègues ont été gentils à l’égard du 22e Gala Québec Cinéma, relayé dimanche soir par Radio-Canada. Textes très moyens pour l’animatrice Geneviève Schmidt, qui n’a jamais trouvé son ton, et présentations de prix ennuyeuses, la fête du cinéma a décollé quand Caroline Néron a triomphé et livré les remerciements les plus sincères de la cérémonie. Pour le reste, bof. Gros bof.

Aussi, personne n’a relevé que l’équipe de La déesse des mouches à feu, dont la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette, les actrices Kelly Depeault et Caroline Néron, de même que le producteur Luc Vandal, a complètement ignoré les règles sanitaires lors de l’attribution de l’Iris du meilleur film de l’année.

On n’en fera pas un plat, parce que le vaccin, parce que l’émotion du moment, parce que le passage en zone orange.

Reste que de voir des artistes s’enlacer et se sauter dans les bras à la télévision quand on ne peut même pas le faire soi-même, c’est dérangeant.

Selon mes sources, Radio-Canada n’a pas non plus apprécié cet écart de conduite survenu en direct dimanche soir, et répété plusieurs fois (au parterre, sur la scène).

Radio-Canada affirme que « tout le monde était au courant des mesures à prendre et cela plus d’une fois. Toutes les consignes ont été données avant le gala », explique le porte-parole de la société d’État, Marc Pichette.

En excluant « l’exubérance » des gens de La déesse des mouches à feu, Radio-Canada assure que les spectateurs du studio 42 se trouvaient tous dans des bulles à deux mètres de distance. Les trois tapis rouges permettaient aux lauréats de monter sur scène sans avoir à se rapprocher des autres nommés.

Aux audimètres de Numeris, le Gala Québec Cinéma a subi une importante baisse de ses cotes d’écoute. De 600 000 téléspectateurs en 2019 (il n’y a pas eu de gala en 2020), la fête du septième art a dégringolé à 451 000 fidèles dimanche soir. En 2018, l’audience de cette cérémonie avait été évaluée à 720 000 fans. Comme dirait un utilisateur pressé de Twitter : sa va po bien.

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