Portrait d’agriculteur

De la verdure hyperlocale de Montréal

Alors qu’on valorise plus que jamais l’achat local et la consommation de la ferme à la table, La Presse reprend la route cet été pour aller à la rencontre d’artisans et de travailleurs agricoles. Voici le deuxième portrait d’une série de six avec Guillaume Salvas et Sarah Farley Gélinas, des fermes urbaines ÔPlant.

Une ferme au pied du Stade olympique ? Qui l’eût cru ?

Fermes urbaines ÔPlant partagent ses locaux avec le centre de distribution de la chaîne de sous-vêtements La Vie en Rose (!) rue de Marseille, à deux pas de la station de métro L’Assomption.

Il faut savoir que l’entreprise cultive des micropousses à l’intérieur grâce à un procédé vertical unique et novateur.

« On peut cultiver 12 mois sur 12 et 365 jours sur 365 », vante le président et fondateur Guillaume Salvas, dont lui seul – ou presque – a le secret de son substrat inorganique.

Sans pesticides ou semences génétiquement modifiées, Guillaume Salvas et son équipe font pousser de la roquette et du basilic, mais aussi de la vrille de pois, du shiso rouge, du pak-choï, du radis pourpre, de la sarriette d’été, de la mizuna, du shunguku…

Il y a deux récoltes par semaine. Un système informatique permet de contrôler la température, la luminosité et l’apport des plantes en eau et en nutriments. Or, Guillaume Salvas a commencé à cultiver des micropousses de façon beaucoup plus artisanale…

Une révélation

Pour la petite histoire, le « gars de Montréal-Nord » a étudié en agroéconomie à l’Université McGill. « Je m’intéressais à l’environnement et aux nouvelles formes d’agriculture », souligne-t-il.

Avec le désir d’avoir un emploi « avec une valeur sociale ajoutée », il a travaillé pour l’entreprise Ramo, spécialisée dans la culture de saules à croissance rapide et le développement de technologies environnementales végétalisées.

C’est lors du salon d’horticulture d’Expo Québec Vert qu’il a découvert la « culture intérieure verticale ». Ce fut une révélation. « J’aimais l’idée d’une solution technologique qui peut aider à l’autonomie alimentaire du Québec. »

Des culottes et des micropousses

C’est en 2015 qu’il s’est mis à la culture de micropousses dans un petit local situé dans Pointe-aux-Trembles. Il avait ciblé « un marché de niche haut de gamme avec les restaurateurs », dont l’Express, Joe Beef, Vin mon lapin…

Rapidement, Guillaume Salvas a réalisé qu’il avait besoin de plus grand. Sa rencontre avec François Roberge, président de La Vie en Rose, est bien tombée : « Il venait d’acheter la bâtisse ici […] et il voulait la partager avec un projet d’agriculture urbaine. »

« Je ne suis pas passé à l’émission des Dragons, mais j’en ai trouvé un ! »

— Guillaume Salvas, président d’ÔPlant

Guillaume Salvas a pris possession de son spacieux nouvel espace en mars 2020, soit au tout début de la pandémie, alors que ses clients – les restaurateurs – ont tous dû fermer leur cuisine. « Mon marché était à terre. » Heureusement, Lufa – qui croulait soudainement sous la demande – est devenu le client principal d’ÔPlant.

Depuis juin, la ferme urbaine fournit de nouveau de la verdure à des restaurants (Nora Gray, Foxy, Hélicoptère, La Chronique), alors que des pourparlers sont en cours pour que des barquettes soient vendues à une grande enseigne.

Guillaume Salvas a des projets d’automatisation et il peut maintenant compter sur sept employés, dont Sarah Farley Gélinas. Cette dernière est devenue la directrice de la marque et des partenariats après avoir consacré son mémoire de maîtrise en développement durable à l’entreprise.

Sarah et Guillaume ont des idées et des projets plein la tête, dont le plus ambitieux est de bâtir un réseau de fermes verticales un peu partout au Québec. Précisons que la superposition de plateaux de culture en hauteur permet de reproduire le rendement d’une serre de 1000 pi 2 sur une surface de 75 pi 2.

À plus court terme, ÔPlant voudrait développer d’autres produits et pouvoir accueillir des clients – et même des groupes scolaires – dans ses installations de la rue de Marseille. Un peu comme un marché ou encore une microbrasserie. « Une expérience agrotouristique urbaine », résume Guillaume Salvas.

« On mise sur l’hyperlocalité, fait valoir Sarah Farley Gélinas. Nous sommes situés fièrement au cœur du pôle est de Montréal, mais il y a un désert alimentaire. On aime dire que nous ne sommes pas une ferme, mais un lieu de cultures. »

En fait, poursuit-elle, ÔPlant travaille dans un domaine où « tout est à inventer ». « On construit l’avion en même temps que nous volons. »

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