Construction et rénovation

Les nombreux avantages de l’achat local

Motivés par le désir d’encourager les entreprises d’ici et de diminuer leur empreinte environnementale, plusieurs se tournent vers l’achat local dans les projets de construction et de rénovation. Cette sensibilité, loin d’être nouvelle, prend de l’ampleur. Voici des exemples inspirants.

Nathalie Clément se décrit comme « une pure et dure », faisant depuis longtemps ses courses dans le quartier où elle habite et où elle travaille. Il y a huit ans, quand est venu le temps de rénover l’agence Via Capitale du Mont-Royal, dont elle est directrice, elle a voulu en faire une vitrine de la rénovation écologique. L’achat local figurait au sommet de ses priorités, et elle s’en félicite encore aujourd’hui. La cuisine, la salle à manger et le salon, aménagés pour rendre l’espace convivial, sont toujours impeccables.

« En tant que courtier immobilier, on peut faire une différence, en encourageant nos clients à rénover avec une conscience écolo, en choisissant des produits faits au Québec, explique-t-elle. Quand on se met à chercher, on se rend compte que, partout, des gens compétents peuvent faire tout ce dont on a besoin pour notre maison, dans un rayon assez rapproché. Beaucoup pensent que cela coûte beaucoup plus cher. Il faut par contre faire de vraies comparaisons. Si on a dépensé un peu plus, à l’époque, c’est parce qu’on a choisi des matériaux nobles, de bonne qualité. L’ardoise, qui recouvre le plancher, provient de la carrière Glendyne, située à Saint-Marc-du-Lac-Long. C’est magnifique et durable. Et ce n’est pas plus cher qu’acheter de la céramique. »

La liste des produits sélectionnés, provenant de fabricants et d’artisans locaux, est longue. « Pour chacun, on s’est demandé d’où il vient, de quoi est-il fait et quelle est sa durabilité, précise Mme Clément, qui détient l’accréditation ÉcoCourtier, mise au point par Écohabitation et Via Capitale. Chaque petit geste compte. »

Les travaux effectués dans l’agence ont par ailleurs obtenu la certification écologique Rénovation Écohabitation Platine, le plus haut niveau pouvant être atteint.

Prendre le temps de s’informer

La designer d’intérieur Claudia Bérubé privilégie, elle aussi, le plus possible les entreprises locales depuis qu’elle s’est lancée en affaires, en 2014, à Québec. En plus d’injecter de l’argent dans l’économie, elle sait qu’elle contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre occasionnées par le transport.

« Il y a tellement de belles entreprises locales, dans tous les domaines reliés à la réno ou à la construction résidentielle, précise-t-elle. Cela vaut la peine de se renseigner pour acheter des produits durables, de bonne qualité. Il ne faut pas oublier que quand on achète des produits fabriqués en Chine, on ne connaît pas les conditions de travail des ouvriers. Il y a un côté social très important à considérer. »

Elle propose toujours en premier des produits locaux avant d’offrir d’autres options à ses clients.

« Quand on prend le temps d’expliquer qu’il y a de très bons produits, qui ne sont pas nécessairement les plus chers, qui sont faits au Québec, les gens sont habituellement ouverts d’esprit. »

— Claudia Bérubé, designer d’intérieur

« Depuis un an, il y a une augmentation de l’intérêt pour l’achat local. Mais il y a toujours une question de budget. La différence de prix est énorme entre du préfabriqué par une entreprise multinationale, que je ne nommerai pas, et la fabrication sur mesure de mobilier par un ébéniste. Il faut aussi comparer les prix à qualité égale. Un mobilier à un prix réduit à l’achat ne sera pas nécessairement durable. Il y a tout cela à mettre dans la balance avant de faire des choix. »

Il y a quelques années, elle a créé un groupe Facebook ouvert à tous, intitulé Produits québécois et écolo pour votre intérieur, qui s’enrichit des entrées de tous ceux qui y participent. La page se veut un lieu d’échange pour découvrir des matériaux, des sanitaires, des luminaires, du mobilier et des décorations provenant d’artisans et d’entreprises québécoises, idéalement écologiques. « Il y a un large bassin de belles entreprises au Québec, c’est idéal de connaître tout ce qu’il y a sur le marché », estime-t-elle.

Étroite collaboration

Dans l’industrie de la construction, de nombreuses entreprises privilégient des fournisseurs locaux. Chez Maisons usinées Côté, par exemple, on estime qu’environ 90 % des produits sont achetés localement, qu’il s’agisse de fermes de toit, de portes et de fenêtres, de poutrelles ou de panneaux isolants structuraux, fabriqués par une entreprise sœur à Victoriaville. Les armoires de cuisine sont confectionnées dans une usine annexée à la chaîne de montage des maisons.

Marc Constantineau, qui a suivi diverses formations en bâtiment durable, a décidé de mettre en pratique ses connaissances lorsqu’est venu le temps de construire sa maison à Richelieu, qu’il voulait écologique. Il a opté pour un des 11 Kits Écohabitation, soit L’Abri 1850-BV, conçu par Studio MMA Architecture+Design et fabriqué en usine par Bâtiment Préfab.

Il a choisi de n’acheter que la coquille, écoénergétique et fabriquée à l’aide de matériaux locaux de qualité. « Cela m’a donné une paix d’esprit, explique le charpentier-menuisier. Comme tout était déjà pensé de façon écoresponsable, je n’ai pas eu besoin de me casser la tête. »

Avec l’aide d’un ami et de son père, il a assemblé les différentes composantes, livrées en pièces détachées. Il s’est attelé ensuite à faire lui-même la finition intérieure. C’est d’ailleurs sa spécialité, qu’il met à profit dans son entreprise, Construction Marc Nouvelle Ère.

« À chaque étape, j’ai fait des recherches pour choisir le plus possible des produits locaux et écologiques. »

— Marc Constantineau, charpentier-menuisier

« J’ai découvert, presque par hasard, un des plus grands fournisseurs de pin de la Montérégie, JLOuellette, qui a une succursale à Chambly. J’ai utilisé le pin huilé pour faire les boiseries, les plinthes et les cadres de portes. Le bois se travaille tellement bien ! »

Savoir ce qu’on veut

Lorsque les gens désirent acheter du bois local, le premier élément à considérer est son essence, indique Justine Éthier-Quenneville, directrice générale de l’organisme Signature Bois Laurentides, qui regroupe les entreprises de la sylviculture de la première, deuxième et troisième transformation.

En connaissant les essences qui poussent au Québec, les consommateurs y gagnent, croit-elle. Ils peuvent mieux choisir et aller directement chez des fabricants, comme des scieries.

Pour faciliter les recherches, l’organisme à but non lucratif a réalisé un répertoire des produits du bois qui fait découvrir diverses entreprises dans des créneaux variés (produits de cèdre, escaliers, moulures, cabanons, terrasses, portes et fenêtres, etc.).

« L’achat local aide à encourager l’économie, mais aussi à réduire les gaz à effet de serre, en diminuant le transport, rappelle Mme Éthier-Quenneville. Cela demande un peu plus de travail de recherche, mais tous y gagnent. »

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