Quand Saint-Lin donne une leçon à Québec

Saint-Lin-Laurentides compte à peine 25 000 habitants. Ça n’a pas empêché la petite municipalité de donner une leçon d’urbanisme 101 au gouvernement Legault.

On espère que ce dernier a pris des notes.

Ce qui se passe dans Lanaudière concerne l’ensemble de la province. Le nouveau maire de Saint-Lin, Mathieu Maisonneuve, a lancé un pavé dans la mare en tenant des propos… vraiment sensés.

Il veut renverser le dézonage agricole de 7 hectares orchestré il y a quelques années par la MRC locale avec l’accord injustifiable de Québec.

Il affirme vouloir développer sa ville à l’intérieur du périmètre urbain actuel plutôt que de sacrifier des terres agricoles pour y bâtir des commerces.

Il dit qu’à long terme, la protection du territoire rapportera plus à ses citoyens que des revenus de taxe à court terme.

Et il prévient ceux qui ont acheté des terrains en spéculant sur le fait qu’ils seront un jour dézonés et vendus à des promoteurs que son rôle n’est pas de leur faire gagner leur pari.

(Re)lisez l’article de notre collègue Ariane Krol

Ces propos sont rafraîchissants et courageux.

Mathieu Maisonneuve articule une vision intelligente et moderne de l’aménagement du territoire dans un coin connu pour avoir fait précisément l’inverse au cours des dernières années.

En 2019, la MRC de Montcalm, où est situé Saint-Lin-Laurentides, a demandé de changer la vocation de 160 hectares de terres agricoles, soit l’équivalent de 220 terrains de football, essentiellement pour y développer des maisons et des commerces.

On reconnaît ici le scénario trop bien connu du développement débridé. Les promoteurs font pression sur les élus pour dézoner des terres agricoles et y ériger leurs champs de bungalows. Alléchés par les nouvelles taxes, les élus embarquent.

On sait malheureusement où cela mène : à la perte de terres agricoles et de milieux naturels. À l’étalement urbain, au développement immobilier loin des réseaux de transports en commun, aux voitures qui vont grossir les bouchons de circulation.

Québec aurait clairement dû refuser cette révision du schéma d’aménagement de la MRC de Montcalm. Ses propres experts, provenant de trois ministères, le recommandaient.

Lisez l’enquête de La Presse à ce sujet

Mais le gouvernement a manqué de courage et l’a autorisé. À l’époque, nous avions dénoncé cette approbation.

Lisez notre éditorial

Aujourd’hui, le maire de Saint-Lin-Laurentides veut revenir au schéma initial et maintenir le zonage agricole dans sa ville. On aurait pu croire que ça provoquerait des flammèches dans la région. Même pas !

Mercredi, la MRC a adopté à l’unanimité une résolution qui reçoit non seulement la proposition de Saint-Lin concernant les 7 hectares, mais s’engage en plus à revoir l’ensemble du schéma d’aménagement de son territoire afin de refléter « une vision forte en matière de protection des milieux naturels et des terres agricoles ».

Ce qu’on voit là est un désaveu complet de l’ancien plan de match qui misait sur le dézonage et qui avait reçu l’aval de Québec. Un tel revirement est gênant pour le gouvernement provincial. Il montre à quel point ce dernier a abdiqué ses responsabilités et laissé à d’autres le soin de protéger le territoire.

Il n’est pas normal que ce soit le maire d’une petite ville qui s’érige en rempart contre des décisions irréfléchies provenant de plus haut.

Québec a adopté l’été dernier sa politique nationale de l’architecture et de l’aménagement. On y affirme l’importance de « contrer la perte de milieux naturels et de territoires agricoles » et « d’orienter la croissance urbaine vers des milieux déjà dotés d’infrastructures et de services publics, au cœur de nos villages et de nos villes ».

C’est exactement ce que prône aujourd’hui Saint-Lin et la MRC de Montcalm… et précisément le contraire de ce que Québec a autorisé dans la région en 2019.

On attend maintenant le plan d’action du gouvernement Legault qui articulera cette politique nationale. Espérons que, cette fois, les gestes suivront les paroles.

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