L’igloo préféré des Québécois

Ce récit est écrit par Romain Bouré, un étudiant français en échange au Québec. Lors de son passage à Montréal, je l’ai initié au hockey en l’invitant au Centre Bell. Le choc culturel a été frappant, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

Alors ça y est les potes ! J’ai enfin assisté à une joute de la Sainte-Flanelle québécoise. Pas besoin de vous balancer que dès mon entrée dans le dôme, il y en avait de la glace ! La surface, où les joueurs et les arbitres ont patiné le temps de quelques enjambées, est bel et bien un espace de joute qu’ils appellent « aréna ». C’est d’ailleurs ce colisée de glace qui a rendu cette merveilleuse soirée possible. Ce que j’ai le plus aimé du match ? Du coup, c’est la partie en soi. Et contrairement aux rumeurs, c’est un sport accessible, je vous jure, surtout en métro ! Étant obligatoirement assis sur un siège de cinéma qui permet notamment de ne pas être debout, je ne vous cacherai pas que nos jambes ont été reconnaissantes de cette pause bien méritée. Un truc m’a titillé lors de l’arrivée des équipes, alors j’ai demandé à Antoine pourquoi les joueurs seniors restaient derrière le banc en veston-cravate. Est-ce de l’âgisme ? « Non, m’a-t-il hurlé à l’oreille, ce sont des entraîneurs, maudit cave. » Je n’avais pas remarqué s’ils portaient des patins à lames, mais ils m’ont semblé plus stables et nettement plus petits.

Lorsque l’échauffement s’est mis en branle, les jouteurs ont commencé à taper des bouts caoutchouteux sur un plexiglas au rythme de chansons entraînantes dignes de fêtes d’enfants débiles. À ma grande surprise, tous les joueurs avaient un numéro inscrit sur le dos. C’est étrange, j’ai pensé, parce qu’ils ne voient pas leur propre numéro, mais Antoine m’a rassuré qu’une fois en échappée, ils ne pensaient plus à ces choses-là. Deux gardiens faisaient office de cerbères versus une rondelle qui a trop souvent fini sa course dans les gradins. D’ailleurs, une jeune partisane a hurlé de joie après en avoir reçu une en pleine gueule. Les ambulanciers ont brandi l’objet dans les airs, la foule a à son tour hurlé et ils ont quitté avec la fillette, qui, malheureusement ne semblait plus en mesure d’exprimer son excitation.

Au niveau de l’ambiance, je dirais qu’on était bien situés. Assez loin de la glace pour ne pas devoir participer, mais assez bas dans l’estrade pour ne pas tomber. Un café à la main, j’observais les entraîneurs mâcher de la gomme en blasphémant. Je n’ai pas compris pourquoi les instructeurs n’avaient pas de casque protecteur. Sûrement une question de sécurité… (Qui sait ? )

Il y avait une très grosse télé cathodique suspendue au-dessus de la surface. C’est probablement très pratique pour ces spectateurs qui préfèrent visionner le sport dans le confort de leur foyer. Quelques buts ont fini par s’inscrire au pointage pour les deux équipes, chacune leur tour. Le règlement du hockey, c’est un but à la fois, par équipe, par match. La compétition était si féroce que les joueurs se bousculaient pour pouvoir jouer. On a eu droit à 33 tirs au filet pour les visiteurs, contre seulement 37 pour les Canadiens. Au grand plaisir des jeunes et du Français que je suis, les Zambonis ont fait vibrer la foule peu avant la troisième période, rehaussant un spectacle déjà bien offensif.

Les meilleurs moments pour bien des spectateurs furent les intermissions. Au nombre de deux, on a pu les utiliser à bon escient pour regarder le vide, parler du salaire des arbitres ou simplement se dégourdir les bras aux toilettes.

Le Centre Bell est sans doute le meilleur endroit pour asseoir 20 000 personnes à l’intérieur : avec ses multiples rangées et ses places assises pour quelques fauteuils roulants de plus, l’amphithéâtre balaise est réellement plus grand que ma chambre étudiante.

En somme, j’ai kiffé mon expérience hockey. Je me sentais comme un caribou rempli de bière. Si jamais j’avais à comparer ce sport primitif à une activité de chez nous, je dirais les boules. Enfin, si on remplaçait les boules par une rondelle et qu’on jouait sur patins en tenant un bâton, disons que ces deux activités seraient (très) similaires.

J’ai toujours suivi les matchs de foot chez moi, en Provence. Mon père Jeannot, un allumeur de réverbères aveugle, a épousé ma mère Camille devant le grand stade du Poitou. J’allais voir les footballeurs manier le ballon sous les saules pleureurs du midi. Mon père, bien que lourdement atteint de cécité, entraînait les meilleurs joueurs de Concarneau-sur-Cluzignol. Leur habileté me captivait. Ce match de hockey au Centre Bell m’a fait penser à l’affrontement Gludonneau vs Merlonge à la fête des Rois en 1999. Une réelle épopée Occitane.

Liberté, égalité, fraternité,

Romain

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