Passeport vaccinal

Ottawa songe à aller de l'avant, même sans Washington

Ottawa — Le Canada pourrait aller de l’avant avec la création d’un passeport vaccinal de voyage même si les États-Unis n’en veulent pas, signale le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau.

Le gouvernement canadien « examine très, très sérieusement » le dossier, et il souhaite une potentielle implantation « de façon unifiée avec les autres pays, pour qu’on utilise les mêmes standards », a expliqué le diplomate en chef du pays en entrevue.

L’approche concertée qu’il évoque ferait en sorte qu’« un passeport vaccinal canadien serait vu et compris par d’autres pays aussi facilement que leur passeport ». Et elle rallie « beaucoup de pays, incluant les pays du G7 ».

Mais pas tous.

À la Maison-Blanche, on a vite tué l’idée dans l’œuf. « Le gouvernement n’appuie pas, et n’appuiera pas, un système qui exige des Américains qu’ils se déplacent avec une certification », a tranché la porte-parole Jen Psaki au début d’avril.

Le ministre Garneau, qui se trouve à Londres pour participer au premier sommet en personne avec ses homologues du groupe des sept, n’a pas voulu préciser s’il tenterait de convaincre le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, d’infléchir cette position.

La réciprocité d’une telle mesure entre les deux voisins, dont la frontière commune est scellée depuis le 21 mars 2020, pourrait ainsi ne pas être au rendez-vous, suggère-t-il dans un entretien téléphonique avec La Presse.

« Je ne veux pas prédire comment ça va aboutir, mais ce n’est pas nécessairement quelque chose qui va s’appliquer entre tous les pays du G7. Ça peut être parmi un certain groupe de pays », a indiqué l’ancien ministre des Transports.

Le gouvernement Trudeau, pour sa part, considère que le passeport vaccinal de voyage, « c’est quelque chose qui pourrait permettre les voyages de passagers de façon plus sécuritaire », insiste-t-il à l’autre bout du fil.

« Il n’y aura pas de passeport »

L’administration Biden ne changera pas de cap, prédit Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Il n’y aura pas de passeport vaccinal aux États-Unis. Je suis catégorique là-dessus. Politiquement, on ne fera jamais ça », lance-t-il.

Selon lui, l’une des « considérations premières » d’Ottawa sera de nature politique.

« S’il y a une partie importante de la population qui a peur de permettre aux Américains d’entrer, c’est très envisageable qu’on garde la frontière fermée ou qu’on l’ouvre avec quelque chose comme un passeport ou un résultat de test. »

— Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM

La situation épidémiologique s’est cependant améliorée au sud de la frontière – les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont déconseillé aux citoyens des États-Unis, même entièrement vaccinés, d’aller au Canada en raison du « risque élevé » de transmission de la COVID-19.

Dans l’espoir de relancer l’industrie touristique dévastée par la pandémie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment déclaré au New York Times que les portes des 27 pays du bloc devraient bientôt s’ouvrir aux visiteurs américains vaccinés.

Seul le Bloc en faveur

À Ottawa, un seul parti de l’opposition a clairement affiché son appui à l’instauration d’un passeport vaccinal.

Il s’agit du Bloc québécois. Au Parti conservateur, on fait valoir qu’il est trop tôt pour en parler vu le taux insuffisant de vaccination. Dans le camp du Nouveau Parti démocratique, on est contre, car il « n’y a toujours pas suffisamment de preuves scientifiques permettant d’affirmer qu’une personne vaccinée n’est pas porteuse du virus ».

Parlant de personne vaccinée (une dose d’AstraZeneca) : Marc Garneau fera comme tout le monde à son retour au pays, mercredi : il se placera en quarantaine dans un hôtel désigné par le fédéral pendant trois jours.

Le G7 et les vaccins

En attendant, c’est un ancien État membre de l’Union européenne, le Royaume-Uni, qui accueille des visiteurs : les ministres des Affaires étrangères du G7, qui ont convergé à Londres en chair et en os, suivant la volonté du premier ministre britannique, Boris Johnson.

L’enjeu qui devrait occulter tous les autres est, sans surprise, celui de la lutte contre la pandémie.

« Nous allons en parler non pas dans le contexte des situations dans chaque pays, mais sur la façon de s’assurer que les vaccins vont pouvoir se rendre dans tous les pays de façon équitable », soutient le ministre Garneau.

Sans vouloir dire si les pays du G7 pourraient injecter des sommes additionnelles dans le mécanisme COVAX, une initiative visant à donner un accès mondial aux vaccins, il plaide en faveur de « plus de financement pour ce programme ».

Le Canada a essuyé les critiques de l’opposition et d’organismes humanitaires, car il a été le seul pays du G7 à puiser dans cette initiative. Le gouvernement a versé 440 millions dans l’initiative ; la moitié de la somme servait à l’achat de ses doses pour les Canadiens.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.