Vention

95 millions US et des morceaux de robot

Où peut-on, dans la même phrase, parler d’IKEA, d’Apple, de Lego et d’automatisation industrielle ? Chez Vention, une jeune entreprise montréalaise qui permet à ses quelque 3000 clients de concevoir eux-mêmes leurs robots à partir de pièces de base, configurables et programmables à volonté.

Le concept plaît manifestement, puisque Vention annoncera ce mardi la conclusion de sa plus importante ronde de financement, d’un montant de 95 millions US, dirigée par Georgian Partners avec la participation de Fidelity Investment, Bain Capital Ventures et WhiteStar Capital.

Les pièces de Lego, explique le cofondateur et PDG de Vention, Étienne Lacroix, « ce sont les quelque 1000 pièces servant à l’automatisation, dont 750 ont été conçues par nous ».

« On est encore au début de l’aventure, il y a beaucoup de technologie à développer, précise-t-il. La moitié de notre personnel est en recherche et développement. » Fondée en 2016, Vention compte 300 employés dans ses bureaux de Montréal, Boston et Berlin.

40 % d’économies

Pour agencer et tester les robots, une plateforme sans code, avec une interface simplifiée à la Apple, est offerte en ligne. Sur les quelque 500 commandes livrées chaque mois, la quasi-totalité est envoyée en pièces détachées que les clients vont monter eux-mêmes, comme un meuble IKEA.

Dans les bureaux de Vention, qui occupent les deux premiers étages d’une ancienne imprimerie dans le quartier Saint-Henri, des bras robotisés d’un bleu rutilant s’affairent à des tâches répétitives, comme emballer d’autres robots, charger une palette, retourner des boîtes ou entasser des centaines de napperons en papier dans un sac. Les ateliers tiennent plus du laboratoire que de l’usine classique. Au deuxième étage, là où on retrouve notamment les services de marketing, de programmation et à la clientèle, on a en outre installé un petit amphithéâtre où on présente régulièrement les nouveautés de l’entreprise aux employés.

L’intérêt de la méthode Vention, c’est qu’en montant elles-mêmes leurs robots, les entreprises économisent jusqu’à 40 % des coûts d’automatisation associés à l’implantation des robots. On assure réduire de plusieurs mois à quelques jours la durée des projets, pour lesquels on livre, en plus des bras, des cellules et équipements robotisés, ainsi que des chaînes de montage. En plus des petites et moyennes entreprises, on compte parmi la clientèle des géants comme Tesla, Google, Amazon, Boeing et Lockheed, généralement pour des projets d’automatisation ponctuels pour des tâches particulières.

Marché de 180 milliards

La conception de ces robots polyvalents rend Vention particulièrement populaire auprès des experts en robotique, explique Étienne Lacroix. « Il n’y a rien de plus excitant dans notre domaine. Pour un seul poste récemment, nous avons eu 400 applications. »

Outre les embauches, Vention compte utiliser son nouveau financement pour améliorer ses capacités de distribution mondiale, accélérer le développement de composantes et investir dans sa plateforme logicielle. « L’automatisation industrielle est un marché de 180 milliards, et 80 % des manufacturiers aux États-Unis ont peu d’automatisation », note M. Lacroix. La croissance de Vention témoigne du potentiel de son marché : les ventes ont été multipliées par trois dans les 12 derniers mois, tandis que le nombre d’employés suivait la même courbe, de 100 à 300.

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