Le bilan s’alourdit encore au Québec

La province a rapporté mercredi 52 nouveaux décès et une nouvelle augmentation des hospitalisations. Bien qu’elle persiste, la hausse semble toutefois montrer des signes d’essoufflement. La vague Omicron s’abat aussi sur les CHSLD privés conventionnés, où la situation « demeure fragile », notamment en raison du manque de personnel.

Hospitalisations

La hausse persiste, mais ralentit

Le bilan de la COVID-19 a continué de s’alourdir mercredi au Québec, alors que la province a rapporté 52 nouveaux décès et une nouvelle augmentation des hospitalisations. Mais si l’augmentation des hospitalisations persiste, elle semble toutefois montrer certains signes d’essoufflement.

Ces 52 nouveaux décès portent la moyenne quotidienne à 37. La tendance est ainsi en hausse de 120 % sur une période d’une semaine.

Dans le réseau de la santé, on a recensé mercredi une augmentation de 135 hospitalisations. Comme la veille, un record a été établi sur ce plan mardi. Pas moins de 457 personnes ont en effet été admises à l’hôpital avec la COVID-19. Toutefois, le nombre de sorties a aussi augmenté significativement, à 322, limitant l’impact de toutes ces admissions.

Ainsi, à l’heure actuelle, on compte 2877 patients hospitalisés à l’échelle du Québec, dont 263 se trouvent toujours aux soins intensifs, une hausse de 8 cas en 24 heures (41 entrées et 33 sorties). Les 2877 personnes hospitalisées représentent une hausse de 64 % en une semaine. Autrement dit, l’augmentation des hospitalisations est toujours forte, mais elle semble ralentir.

Pour ce qui est des nouvelles infections, les 8351 nouveaux cas rapportés mercredi portent la moyenne quotidienne à 12 374. La tendance est en baisse de 20 %, mais il convient de rappeler que les limites imposées au dépistage rendent les données moins représentatives. Lundi, la Santé publique a réalisé 42 557 tests de dépistage, un chiffre qui est relativement en hausse par rapport à la moyenne sur sept jours.

Zoom sur les admissions hospitalières

De nouvelles données envoyées à La Presse mercredi par le ministère de la Santé et des Services sociaux montrent par ailleurs que la majorité des patients COVID admis aux soins intensifs s’y retrouvent bel et bien en raison du coronavirus, contrairement aux patients aux soins ordinaires.

Concrètement, sur les 263 patients COVID qui sont actuellement aux soins intensifs, 218 (84 %) y ont été admis en raison du virus, alors que 41 autres (16 %) sont des cas secondaires, c’est-à-dire qu’ils ont reçu d’autres diagnostics d’admission avant d’être déclarés patient COVID.

À l’extérieur des soins intensifs, la réalité est tout autre dans le réseau hospitalier. Comme l’a révélé mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé, plus de la moitié des patients hospitalisés dans un lit ordinaire, soit 1293, sont actuellement des cas secondaires et sont entrés à l’hôpital pour une autre raison que le virus. C’est presque une égalité statistique avec les cas primaires, qui s’y retrouvent en raison du virus directement ; ceux-ci sont environ 1285 actuellement.

Des écarts à ces tendances sont toutefois constatés selon les régions, notamment en Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue pour les soins intensifs ou encore dans le Nord-du-Québec pour ce qui est du réseau hospitalier en général.

Des devancements

Les dates de prise de rendez-vous pour la troisième dose ont par ailleurs été à nouveau devancées mercredi. Il sera possible pour les 25 ans et plus de prendre rendez-vous dès jeudi, soit 24 heures plus tôt que prévu. Ce l’est déjà pour les 35 ans et plus depuis mercredi.

Les personnes âgées de 18 ans et plus, elles, pourront prendre un rendez-vous en ligne pour obtenir une dose de rappel dès vendredi. Autrement dit, tous les adultes québécois pourront prendre rendez-vous « d’ici la fin de la semaine », indiquent les autorités.

Dans l’île de Montréal, la vaccination sans rendez-vous est déjà ouverte aux 18 ans et plus dans certains secteurs, notamment au Palais des congrès. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal dit l’offrir en raison de sa grande capacité, mais affirme qu’il donnera tout de même la priorité aux groupes d’âge qui sont officiellement autorisés.

Dans le centre-ouest de l’île, il est également déjà possible pour une personne de 18 ans et plus de se faire vacciner sans rendez-vous dans deux centres de vaccination, soit le Carré Décarie et le 7101, avenue du Parc, entre 18 h et 21 h 30 tous les jours.

Mardi, le premier ministre François Legault a affirmé que son gouvernement entendait imposer aux non-vaccinés le versement d’une contribution en argent afin qu’ils paient pour le fardeau qu’ils font peser sur le réseau de la santé.

CHSLD privés conventionnés

Ruptures de services anticipées, manque de soutien dénoncé

Québec — Un CHSLD privé conventionné sur deux déplore ne pas avoir « tout le soutien nécessaire » des CIUSSS et CISSS pour affronter le tsunami Omicron. De plus, le tiers des établissements craignent de se retrouver en rupture de services d’ici les prochaines semaines, ce qui impliquerait que seuls les soins de base seraient prodigués aux résidants.

Ce sont là les constats révélés par l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), qui a sondé ses 59 établissements du 5 au 6 janvier. « Pour l’instant, la situation est sous contrôle, mais c’est certain qu’elle demeure fragile, même très fragile », indique la directrice générale de l’AEPC, Annick Lavoie.

Des CHSLD privés conventionnés ressentent des relents de la première vague alors que la moitié d’entre eux estiment ne pas pouvoir compter sur le soutien de leur établissement de santé régional. On note entre autres la « difficulté de commander des masques N95 » et l’incapacité de déployer des travailleurs de la santé en renfort.

« Ce qui n’a pas changé, c’est le manque de collaboration avec certains CISSS et CIUSSS. J’ai l’impression qu’ils sont en mode compétition avec les établissements privés conventionnés [EPC] alors qu’on devrait être en mode collaboration. »

— Annick Lavoie, directrice générale de l’AEPC

Annick Lavoie avait affirmé en novembre dernier que les CHSLD privés conventionnés avaient été laissés pour compte pendant la pandémie lors de son passage devant la coroner Géhane Kamel, qui enquête sur les décès d’aînés survenus dans des milieux d’hébergement au printemps 2020.

Manque de soutien

Selon le coup de sonde de l’AEPC consulté par La Presse, 38 % des EPC disent recevoir du soutien de la part des CISSS et des CIUSSS, tandis que 49 % estiment que non ; 13 % ont refusé de répondre.

« Si on a besoin d’équipement de protection individuelle [EPI], bien ils vont nous passer en deuxième ou ils vont nous en donner un peu moins que la commande. Si on a besoin de personnel parce qu’on est en rupture […], ils ne vont pas nécessairement nous en envoyer, ils vont dire qu’ils n’en ont pas », illustre la directrice générale.

À noter que 92 % des EPC ont néanmoins déclaré détenir « suffisamment d’équipements de protection individuelle ».

C’est de la responsabilité du réseau public d’approvisionner les établissements privés conventionnés en EPI.

Le manque de collaboration se reflète aussi sur le dépistage de la COVID-19, explique Mme Lavoie. Selon le sondage, le temps moyen d’attente pour un résultat d’un travailleur de la santé en EPC est de 24 à 72 heures, mais peut « aller jusqu’à cinq jours » depuis le 1er janvier.

« C’est long, c’est beaucoup trop long », argue-t-elle.

Encore des télécopieurs

Près de la moitié (47,4 %) des résultats des tests de dépistage sont envoyés par l’entremise du Dossier Santé Québec, alors que 32 % le sont encore par télécopieur, ce qui peut « générer une perte de temps pour le personnel et contribuer à allonger le délai pour la transmission et la communication des résultats », écrit-on. « On a encore des résultats qui nous arrivent par fax. C’est regrettable », lance Mme Lavoie.

« On fait partie du réseau [de la santé] et, normalement, on devrait avoir accès aussi rapidement que leurs propres employés », signale-t-elle. Certains EPC ont donc recours à des laboratoires privés pour accélérer le rythme. Des CHSLD considèrent ces délais comme « facteur aggravant » de la pénurie de main-d’œuvre.

Le tiers des EPC (33 %) craignent d’ailleurs de se retrouver en rupture de services dans les prochaines semaines, faute de personnel. « Ça veut dire qu’on va se concentrer uniquement sur les soins d’hygiène et de base […], donc faire la toilette des résidants, les nourrir et les hydrater », résume Mme Lavoie.

Il faut absolument améliorer la vitesse de dépistage, harmoniser les moyens de communication des résultats et offrir un meilleur accès aux volontaires de la plateforme « Je contribue », croit l’Association.

Collaboration « variable »

Selon l’AEPC, le niveau de collaboration offert par les établissements de santé est « variable » d’une région à l’autre.

Ce constat survient « malgré la volonté réitérée du gouvernement » d’établir une meilleure collaboration avec les EPC pour contrer la cinquième vague, écrit l’AEPC dans sa compilation des résultats du sondage.

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) assure que des rencontres hebdomadaires ont lieu avec l’AEPC pour « connaître les enjeux rencontrés dans l’application des directives et intervenir au besoin ».

« En tout temps, lorsque des enjeux sont rencontrés, les partenaires privés peuvent contacter le MSSS pour une intervention immédiate auprès d’un établissement », écrit le Ministère dans un courriel.

Le MSSS rappelle par ailleurs que dans le contexte actuel, « il est plus difficile d’avoir du personnel dans plusieurs secteurs d’activités et que les établissements de santé doivent également jongler avec l’enjeu des ressources humaines. »

Environ 1100 travailleurs des EPC sont actuellement hors circuit parce qu’ils ont la COVID-19 ou parce qu’ils attendent un résultat sur un total de quelque 12 500 employés.

« Comme Omicron est extrêmement contagieux, il y a beaucoup d’employés qui sont retirés et ça, ça fait mal. »

— Annick Lavoie, directrice générale de l’AEPC

Contrairement au début de la pandémie, les résidants qui contractent le virus sont beaucoup moins malades. Un effet attribuable à la vaccination, selon l’AEPC. Toujours selon ce même sondage, 94,7 % des résidants atteints de la COVID-19 n’ont pas présenté de « symptômes graves » de la maladie.

Les CHSLD privés conventionnés sont dirigés par des propriétaires-gestionnaires, mais ils détiennent un permis et sont subventionnés par le MSSS.

7000 

Nombre de lits d’hébergement des membres de l’Association des établissements privés conventionnés. C’est environ 20 % de l’offre d’hébergement au Québec.

Source : Association des établissements privés conventionnés

Infirmières auxiliaires

Plus de 8300 inscriptions pour la formation accélérée

Plus de 8300 demandes d’admission à la formation accélérée pour les infirmières auxiliaires ont été soumises. Le nombre d’inscriptions est bien au-dessus des cibles du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), qui a créé le programme pour s’attaquer à la pénurie de personnel soignant.

Le nombre de demandes rapporté par le MSSS mercredi surpasse largement les objectifs annoncés en décembre dernier. Afin de pallier la rareté de main-d’œuvre dans le réseau de la santé, le gouvernement avait mis sur pied deux formations accélérées, avec des bourses à la clé. Québec espérait ainsi recruter 2000 infirmières auxiliaires et 3000 agents administratifs.

Le gouvernement a plutôt reçu 8313 demandes d’admission au programme pour les infirmières auxiliaires et 5267 inscriptions à la formation pour les agents administratifs en soutien aux secteurs cliniques.

« C’est encourageant de voir encore une fois autant de personnes qui choisissent une carrière dans le domaine de la santé et je les remercie. Notre programme de formation accélérée nous permettra d’avoir ces ressources plus rapidement dans notre réseau et on ne peut que s’en réjouir », s’est réjoui le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

« Nous le savons, notre personnel en place a besoin de renforts et ces futurs employés viendront les aider. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Ces demandes sont en cours d’analyse par les centres de formation professionnelle et les établissements de santé et de services sociaux, a fait savoir le MSSS par courriel. Les élèves retenus pourront participer aux programmes et toucher aux bourses qui les accompagnent – 20 000 $ pour les infirmières auxiliaires et 4000 $ pour les agents administratifs, conditionnelles à deux années de travail à temps complet.

Pour l’heure, Québec n’envisage pas d’ajouter des cohortes de ces formations accélérées malgré leur forte popularité.

Sur le marché du travail dès 2022

Une cohorte de la formation pour les agents administratifs a officiellement débuté en Gaspésie. Les autres groupes commenceront d’ici le 31 mars.

Il en va de même pour les cohortes d’infirmières auxiliaires, qui débuteront au cours des prochaines semaines sur l’ensemble du territoire. La formation se déployant sur une durée de 14 mois plutôt que 22, l’ensemble de ses élèves qui la réussira pourra être à l’œuvre dans le réseau au plus tard à l’été 2023.

Les agents administratifs en devenir pourront quant à eux commencer à travailler d’ici l’été 2022, au terme de leurs huit semaines de formation.

Le début de ces formations accélérées survient alors qu’environ 20 000 employés sont absents du réseau de la santé pour des raisons liées à la COVID-19. Mardi encore, le premier ministre François Legault disait en point de presse chercher activement 1000 travailleurs dans les hôpitaux et 1500 dans les CHSLD pour passer à travers les prochaines semaines, qui s’annoncent « très difficiles ».

Déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

Mais en attendant les renforts, des propriétaires de résidences pour personnes âgées s’inquiètent de perdre du personnel au plus fort de la cinquième vague. Martin Lemay, propriétaire de la Résidence du Domaine Rousseau, à Acton Vale, est à découvert depuis le départ d’une de ses préposées aux bénéficiaires, qui s’est inscrite à la formation accélérée pour les infirmières auxiliaires. Ses efforts soutenus pour pourvoir son quart de travail – de nuit, de surcroît – sont restés vains.

« Mon personnel ne tient qu’à un fil. Je n’ai pas de liste de rappel si un employé est déclaré positif ou s’en va pour suivre la formation », déplore-t-il. La veille de notre appel, il avait comblé les trous dans ses horaires jusqu’à 23 h 30, pour être de retour tôt mercredi matin.

Bien qu’il trouve louable l’initiative de Québec, il y aurait peut-être lieu de reporter la formation lorsque le tsunami du variant Omicron sera passé et que les travailleurs infectés par le virus seront de retour, argue-t-il.

« Sur les milliers de personnes qui se sont inscrites à la formation, combien vont quitter le réseau ? On a besoin de tout notre monde présentement, que ce soit dans une RPA, un CHSLD ou un centre hospitalier. »

— Martin Lemay, propriétaire de la Résidence du Domaine Rousseau

Le président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Marc Fortin, entend des échos similaires de la part de ses membres. Sommes-nous en train de déshabiller Pierre pour habiller Paul ?

« C’est une question d’équilibre. Ces formations sont merveilleuses en elles-mêmes, mais elles font partie d’un écosystème. Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant pour accélérer la formation des préposées ? Cette question-là n’est pas discutée présentement », soutient M. Fortin.

La directrice de l’Association des établissements privés conventionnés, Annick Lavoie, propose elle aussi de reporter les formations accélérées. « Ça part d’une bonne intention, d’une bonne idée, mais […] lorsque les programmes ont été dévoilés, on était ailleurs. Il n’y avait pas Omicron. La cinquième vague décime beaucoup d’employés. Le gouvernement doit faire preuve d’agilité et de flexibilité », croit-elle.

Au moment que nous écrivions ces lignes, le ministère de la Santé n’avait pas répondu à nos questions à ce sujet.

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