Se préparer aux retrouvailles en communautés

Cette pandémie aura bientôt deux ans. Deux ans à être confinés, isolés, un peu, beaucoup puis de moins en moins, on l’espère. On est tannés d’en parler, tannés d’en entendre parler. On veut passer à autre chose et on a hâte de voir du monde.

Vraiment ? Mais voir du monde, c’est aussi côtoyer des gens, vivre en société, penser aux autres, être civilisés. Est-ce le paradoxe de la pandémie ? Vouloir retrouver le monde mais en rageant contre tout et tous ? Le fait d’avoir été plus isolés nous a-t-il affecté l’empathie plus profondément ? On a vu du bon, du méchant, mais dans le quotidien, sommes-nous atteints par les effets secondaires pandémiques ? Mèche ultra courte et déjà allumée, mêlée à la volonté de SE choisir. Symptôme prédominant : expertise dans l’art de rejeter la faute sur les autres.

Un après-midi en rentrant chez moi, je me suis fait attaquer par un chien. Non seulement le maître au bout de la laisse qu’il venait de lâcher ne s’est pas excusé, mais il a cru bon de rejeter la faute sur moi. Je n’aurais pas dû passer là. Là étant le trottoir de la rue dans laquelle j’habite. J’ai dérangé son chien « non sociable », comme il me l’a si bien fait savoir avant de rentrer chez lui avec sa bête et ses jurons.

Deux victimes de la pandémie ? Trop isolés, ils ne savent plus se comporter en société ? Présenter des excuses, demander si je suis blessée ? Non, j’avais fait un faux pas dans la mauvaise direction, j’étais en faute et c’est tout.

Sur le même trajet, à l’intersection, j’ai commencé à traverser la rue, au signal de mon droit de passage piéton. À ce moment une voiture a accéléré pour éviter d’attendre l’interminable minute avant le prochain feu vert. Lorsque j’ai pointé le bonhomme et les 18 secondes qu’il me restait, j’ai eu droit à une face pleine de frustration, sourcils en angles et baguettes en l’air. Il était facile d’y lire : « Ben quoi, je suis pressé, moi ! » Ce n’était pas de sa faute, c’est le temps qui file et sûrement moi qui n’aurais jamais dû appeler cette lumière maudite.

Dans le même secteur, j’invite un chauffard à faire son arrêt, un autre à respecter le 30 km/h. Poliment, en précisant que c’est un quartier résidentiel avec des enfants. On s’attendrait à un « Oh, merci du rappel, j’avais oublié ; ah, c’est vrai que j’ai eu le pied pesant, je ralentis ; c’est la première fois que je passe ici ; je n’ai pas vu les pancartes de vitesse » ou encore : « Je sors de pandémie, je dois me réadapter en société ! » Aucune de ces réponses (bien que la dernière soit ma préférée). Un pouce en l’air, un sourire franc auraient fait l’affaire. Non, c’est plutôt un : « Té qui, toé, la police ? Pis j’ai ralenti au stop faque va donc chier. » Quelqu’un se dit peut-être même en lisant ces lignes que j’aurais dû rester chez moi. Mais quelle idée de sortir par une si belle journée d’automne. Mon erreur. Je n’aurais dérangé personne.

Analyser son comportement

À ce stade du récit, je tiens à souligner que ce parcours en est un d’écoliers et de petits en garderies. On pourrait dire : mais quel secteur weird de Québec ! Je vous désolerai là-dessus, mon quartier ne fait pas exception aux autres. Des comportements sans civisme, j’en vois partout, souvent. Sur la route, à l’épicerie, dans les aires communes et dans les files d’attente. Ai-je l’œil plus affûté ? Moins de tolérance ? Je prône la cohérence et, oui, l’incohérence m’exaspère. Faites l’exercice d’analyser votre propre comportement. Par exemple, rouler à 30 km/h dans une zone scolaire. Faites-le pour vrai afin de voir que vous ne le faites peut-être pas tout le temps. Respectez la signalisation, mais surtout les autres.

Il faut se préparer aux retrouvailles en communautés, car là j’ai peur que nous ne soyons pas tout à fait prêts. Personne ne veut se faire prendre en défaut et la plupart des gens réagissent plutôt mal. Ma phrase préférée est celle de Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. » Eh oui ! Ça passe par la cohérence des gestes que l’on pose pour le monde que l’on souhaite.

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