Prix nobel

Le travail de 10 chercheurs, dont un Canadien, a été récompensé au cours des  derniers jours. Aperçu de leur contribution en économie et en sciences.

Un Canadien reçoit le Nobel d’économie

Le Canadien David Card, notoire pour ses recherches sur le salaire minimum, l’immigration et l’éducation, était loin de s’imaginer qu’il allait être nommé colauréat du prix Nobel d’économie, lundi.

« J’avais pris l’avion pour assister à une cérémonie commémorative pour ma grand-mère qui s’est éteinte et je suis arrivé de l’aéroport il y a 20 minutes. J’espérais en quelque sorte pouvoir dormir », s’est exclamé David Card en riant, lors d’une entrevue téléphonique avec la fondation des prix Nobel, lundi matin.

Au cours de sa carrière, l’économiste né en 1956 a notamment analysé les effets du salaire minimum, de l’immigration et de l’éducation sur le marché du travail.

Récompensé pour ses « contributions empiriques à l’économie du travail », ce professeur à l’Université de Californie à Berkeley reçoit la moitié du prix, doté de 10 millions de couronnes, soit environ 1,4 million de dollars canadiens.

« Je dois l’admettre : je ne pensais pas que j’avais de fortes probabilités [de remporter le prix] », a-t-il affirmé en entrevue.

Mythe du salaire minimum

Très longtemps, la croyance voulait que le fait d’augmenter le salaire minimum entraîne une diminution du nombre des emplois. Les recherches de David Card, publiées au début des années 1990, ont démontré le contraire.

Le 1er avril 1992, le salaire minimum du New Jersey est passé de 4,25 $ à 5,05 $ l’heure. En comparant l’évolution des salaires, de l’emploi et des prix dans les restaurants de cet État à celle des restaurants en Pennsylvanie, où le salaire minimum est resté fixé à 4,25 $ l’heure, David Card et son collègue Alan Krueger ont estimé l’incidence de la hausse du salaire minimum.

Comparativement aux chaînes de restauration rapide de Pennsylvanie, celles du New Jersey ont noté une croissance de l’emploi de 13 %.

Les résultats des recherches de MM. Card et Krueger ont ainsi révélé que l’augmentation du salaire minimum n’entraînait pas nécessairement une diminution du nombre des emplois.

« Ses études du début des années 1990 ont remis en question les idées reçues, ce qui a conduit à de nouvelles analyses et à de nouvelles perspectives », a souligné le jury du Nobel à propos de David Card.

Alan Krueger, mort en 2019, n’a pu recevoir le Nobel avec le professeur David Card, puisque le prix n’est pas décerné à titre posthume.

L’impact de l’immigration

Au cours de sa carrière, David Card s’est également attaqué à un autre mythe en économie, soit que l’arrivée massive d’immigrés ferait automatiquement croître le chômage.

Le professeur s’est concentré sur l’exode de Mariel, faisant référence aux 125 000 Cubains expulsés du pays sous le régime de Fidel Castro, qui se sont retrouvés à Miami, en Floride. Cette arrivée massive d’immigrants a fait augmenter la main-d’œuvre de Miami de 7 %.

Les recherches de M. Card publiées en 1990 ont montré que l’afflux d’immigrants semblait n’avoir eu pratiquement aucun effet sur les salaires ou les taux de chômage.

« Je dis souvent à mes étudiants que les régimes politiques insensés ont beaucoup d’inconvénients, mais que l’un de leurs avantages est qu’ils créent de très bonnes conditions pour faire une analyse causale. »

— David Card, lauréat du Nobel d'économie

Trois lauréats

David Card partage le Nobel d’économie 2021 avec l’Américano-Israélien Joshua Angrist, 61 ans, professeur au Massachusetts Institute of Technology et l’Américano-Néerlandais Guido Imbens, 58 ans, professeur à Stanford.

Avec des « expériences naturelles », le trio « nous a apporté de nouvelles idées sur le marché du travail et montré quelles conclusions peuvent en être tirées » en matière de causes et de conséquences, a indiqué le jury.

Le prix Nobel d’économie, remis depuis 1969, est le seul qui n’était pas prévu dans le testament du fondateur, Alfred Nobel. Parfois qualifié de « faux Nobel », le prix d’économie est le plus masculin, avec 2 lauréates seulement sur ses désormais 89 lauréats.

Il est aussi largement monopolisé par des économistes américains : la dernière fois que les États-Unis n’ont pas eu de lauréat en économie remonte à 1999.

— Avec l’Agence France-Presse

Qui sont les lauréats des prix Nobel de sciences ?

Des physiciens, reconnus pour leurs travaux sur le climat et les systèmes complexes. Deux chimistes, récompensés pour leurs avancées en industrie pharmaceutique. Deux chercheurs, salués pour avoir dévoilé les mécanismes grâce auxquels l’on perçoit notre environnement. Voici les lauréats des prix Nobel de sciences attribués depuis une semaine.

Physique

Syukuro Manabe, Klaus Hasselmann et Giorgio Parisi

Dès les années 1960, le physicien japonais Syukuro Manabe a mis en lumière le lien entre les émissions de CO2 et l’augmentation de la température sur Terre. Dix ans plus tard, le chercheur allemand Klaus Hasselmann a montré que l’on pouvait faire des modèles climatiques fiables, malgré les aléas de la météo. Leurs travaux représentent des avancées majeures dans la compréhension de l’influence de l’humain sur le réchauffement climatique. Giorgio Parisi, quant à lui, a réalisé des travaux sur les systèmes complexes : ce théoricien italien a notamment démontré que de petites fluctuations au sein d’un système permettaient la coordination d’un grand nombre de particules dont le mouvement semblait de prime abord imprévisible. Il a entre autres étudié la dynamique des nuées d’étourneaux, capables de se coordonner malgré la trajectoire a priori imprévisible de chaque oiseau. Le professeur Patrick Charbonneau, né à Montréal, a collaboré aux travaux de recherche de Giorgio Parisi appliqués à la solidité du verre, a rapporté La Presse Canadienne.

Chimie

Benjamin List et David MacMillan

Ces deux chimistes, allemand et américain, ont travaillé au début des années 2000 sur une méthode qui allait révolutionner l’industrie pharmaceutique : l’organocatalyse asymétrique. En chimie, un catalyseur agit sur une réaction en l’accélérant. L’organocatalyse utilise spécifiquement un catalyseur organique – donc respectueux de l’environnement –, par exemple dans la synthèse d’un médicament. Cette méthode est dite « asymétrique », car elle permet d’obtenir exactement la molécule souhaitée, plutôt que son miroir. Ce miroir serait constitué des mêmes atomes que la molécule recherchée, mais il n’aurait pas les mêmes propriétés chimiques, et n’agirait donc pas de la même manière sur le corps humain.

Physiologie et médecine

David Julius et Ardem Patapoutian

Ces chercheurs américains ont étudié comment le corps perçoit son environnement (sensations de chaleur, de fraîcheur, de caresse, de toucher…), et comment ces stimuli sont convertis en signaux électriques pour se propager jusqu’au cerveau. Ils ont travaillé en particulier sur les gènes responsables du fonctionnement des canaux ioniques, situés à la surface des cellules. Ces canaux jouent un rôle dans la propagation de l’influx nerveux, en s’ouvrant et en se refermant pour laisser circuler certains ions. David Julius a travaillé en particulier sur la capsaïcine, composant actif du piment, et découvert un canal ionique responsable de la sensation de brûlure, qui s’ouvre sous l’action d’une chaleur intense. Ardem Patapoutian a quant à lui montré que certains canaux s’ouvraient sous l’effet d’une action mécanique, au contact d’un matériau, par exemple.

Une seule lauréate en 2021

À noter : avec 58 femmes récipiendaires du prix Nobel depuis sa création en 1901, dont 29 récompensées depuis 2001, le palmarès des prix Nobel (qui comprend le prix en science de l’économie remis en l’honneur d’Alfred Nobel par la Banque de Suède) ne compte que 6 % de lauréates. Une seule femme, Maria Ressa, a reçu un prix Nobel en 2021, celui de la paix, conjointement avec Dmitry Muratov, pour leur combat pour la liberté d’expression dans des pays où les journalistes ont été persécutés. Il est « triste » qu’une seule femme ait remporté un prix Nobel cette année et aucune en sciences, a déclaré à l’AFP lundi Göran Hansson, secrétaire général de l’Académie suédoise des Sciences. Les comités chargés de décerner les prix refusent d'introduire des quotas selon les genres, a-t-il indiqué.

Les Prix Nobel en chiffres 

975

Nombre de prix décernés de 1901 à 2021

888

Nombre de prix décernés à des hommes

28 

Nombre de prix décernés à des organisations

59 

Nombre de prix décernés à des femmes

Nombre de femmes à avoir reçu deux fois un prix Nobel : Marie Curie

13 

Nombre de prix décernés en 2021

Source : Prix Nobel

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