Cas de cancer à Rouyn-Noranda

Horacio Arruda considère n’avoir « pas commis de faute »

Horacio Arruda estime que sa décision de retirer de l’information sur les cas de cancer à Rouyn-Noranda d’un rapport publié en 2019 était justifiée et assure qu’elle a été prise d’un « commun accord » avec la Direction régionale de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue.

« Je considère que je n’ai pas commis de faute », a déclaré l’ancien directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, lors d’une mêlée de presse virtuelle, mercredi.

« Mon intention n’a jamais été de cacher quoi que ce soit », a-t-il affirmé, soulignant avoir « passé[s] a carrière à vouloir protéger la santé de la population ».

Le DArruda maintient qu’il aurait été inapproprié de publier « sans information plus poussée » une annexe évoquant le « facteur aggravant » que constituent les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne, sise au cœur de la ville, en matière de cancer du poumon.

Cela aurait selon lui « généré encore plus d’inquiétude » et aurait détourné l’attention du sujet principal du rapport, qui présentait les conclusions de l’étude de biosurveillance menée à l’automne 2018 sur l’imprégnation au plomb, au cadmium et à l’arsenic des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, voisin de la fonderie.

Or, deux ans et demi plus tard, le rapport complet sur les cas de cancer du poumon promis en septembre 2019 n’a toujours pas été publié.

« Je comprends l’inquiétude de la population », a déclaré le DArruda, affirmant que le rapport « sera publié dans les prochaines semaines », sans toutefois pouvoir assurer que ce sera avant la campagne électorale qui débutera à la fin de l’été.

Fermer la fonderie ?

Horacio Arruda a aussi expliqué mercredi pourquoi il avait rejeté en septembre 2019 l’idée que la Fonderie Horne soit obligée de limiter ses émissions d’arsenic à 3 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠3), ce qui correspond à la norme québécoise – l’entreprise appartenant à la multinationale Glencore est autorisée à en émettre 100 ng/m⁠⁠3.

« C’est un objectif, mais pas à court terme », a-t-il dit, pointant le fait que l’entreprise affirme ne pas pouvoir l’atteindre en raison d’un « problème technologique ».

C’est d’ailleurs pour « trouver des solutions » qu’il avait rencontré des représentants de la fonderie, en septembre 2019, a-t-il expliqué, rejetant l’impression que c’est l’entreprise qui dicte la limite de ses émissions.

« On travaille avec l’entreprise pour voir ce qui est techniquement possible. […] Il faut réduire à un niveau réaliste. »

– Le DHoracio Arruda

Horacio Arruda dit avoir évoqué la possibilité de faire fermer la fonderie pour réduire le taux d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda.

« J’ai posé la question : est-ce que les émissions nécessitent qu’on ferme l’entreprise ? La réponse de tous les experts a été non », a-t-il déclaré.

Conflit d’intérêts

Horacio Arruda reconnaît que le double rôle de directeur national de santé publique et de sous-ministre adjoint peut donner « une perception de conflit d’intérêts ».

« C’est un fait, les gens le soulèvent », a-t-il dit, estimant toutefois sur le plan personnel que cette double fonction confère aussi « une certaine influence », qu’il voit d’un bon œil.

Le DArruda avait déclaré en septembre 2019 s’être déplacé à Rouyn-Noranda « à titre de conseiller » du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ce qui a visiblement indisposé le gouvernement.

« J’étais là comme directeur national de santé public et sous-ministre adjoint, […] j’allais voir la situation pour faire rapport à mes autorités », a-t-il réitéré, mercredi.

Le DArruda agissait alors de façon « complètement autonome », a plutôt estimé le premier ministre du Québec, François Legault, de passage au Saguenay–Lac-Saint-Jean, mercredi.

« Ce que je comprends, avec les questions qu’on a posées au DArruda, c’est qu’il attendait des résultats plus sûrs avant de les publier, mais c’est complètement sous la responsabilité de la Santé publique », a déclaré M. Legault.

– Avec la collaboration de Vincent Larin, La Presse

La fonderie quitte un comité de la Santé publique

La Fonderie Horne a annoncé mardi soir son retrait du comité de suivi de l’étude de biosurveillance menée à l’automne 2018 sur l’imprégnation au plomb, au cadmium et à l’arsenic des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda. Cette décision « met en doute la transparence et le discours de collaboration de la Fonderie », a regretté Nicole Desgagnés, responsable de l’organisation Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET). L’entreprise a justifié sa décision par l’élargissement du mandat du comité aux questions de santé et d’environnement touchant l’ensemble de la ville. « Notre comité de liaison est le canal de communication que nous souhaitons privilégier pour adresser [sic] les préoccupations et les discussions avec les citoyens et les organismes de Rouyn-Noranda », a déclaré par courriel la porte-parole de l’entreprise, Cindy Caouette.


EN SAVOIR PLUS

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Les concentrations d’arsenic dans les ongles des citoyens du quartier Notre-Dame sont en moyennes quatre fois plus élevées que celles observées chez la population témoin d’Amos, qui n’est pas exposée à des sources industrielles d’arsenic.

Source: SOURCE : CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue

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