Éditorial

Ça va (pas) bien aller…

Soyons honnêtes, il va être bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’éviter une deuxième vague au Québec.

Le gouvernement Legault souffle le chaud et le froid en laissant croire à une embellie. Mais la triste réalité, c’est que la carte du Québec risque fort d’imiter les arbres cet automne : elle va passer du jaune à l’orange, et peut-être au rouge…

D’un côté, on voit déjà les limites de la préparation gouvernementale au moment où le nombre de cas frôle les 300 par jour.

Les centres de dépistage ne fournissent pas dans les zones jaunes. Les résultats prennent un temps fou à sortir. Le traçage fait défaut. Le personnel est manquant. Et l’État est toujours incapable de donner l’heure juste quant aux éclosions dans les écoles (un internaute en dénombre une centaine de plus que les chiffres officiels…).

Et, de l’autre côté, il y a les Québécois, individuellement, qui ne semblent curieusement pas prendre la menace au sérieux. Malgré ce qu’ils ont vécu le printemps dernier !

Mardi, en réaction aux éclosions qui se multiplient un peu partout sur le territoire, le ministre Christian Dubé a parlé d’« individus pas responsables » comme s’ils étaient une poignée à nous entraîner irrémédiablement vers une deuxième vague. Il a cité une coiffeuse qui a circulé dans les CHSLD. Et une épluchette de blé d’Inde où l’on comptait 17 personnes.

C’est enrageant ! Mais attention : l’insouciance n’est pas limitée à quelques écervelés.

Suffit de consulter le détail du dernier sondage Léger mené avec l’Association d’études canadiennes pour s’en convaincre. En isolant les réponses des Québécois francophones, on réalise qu’ils font preuve d’une insouciance qui frise l’inconscience.

Quand on leur demande s’ils ont peur de contracter le virus, 67 % des Canadiens anglophones répondent oui… mais à peine 47 % des Québécois francophones se disent inquiets. Un écart de 20 % !

Et quand on les interroge sur la possibilité d’un reconfinement, même chose. Les Anglos estiment que c’est fort probable dans une proportion de 69 % … mais seulement 56 % des Québécois francophones partagent cette crainte.

François Legault peut bien penser que les Anglos sont plus inquiets à cause de la couverture journalistique de CNN et d’un méchant reporter de la Gazette, mais la vérité, c’est que les francophones sous-estiment la menace. Et non l’inverse.

Et ce constat, hélas, se traduit par un relâchement de leur discipline au pire moment.

En effet, quand on demande aux Québécois s’ils respectent toujours les mesures sanitaires, pas moins de 34 % reconnaissent qu’ils se lavent moins les mains depuis un mois.

Et 43 % avouent qu’ils ne respectent plus autant la distanciation physique. C’est tout près de la moitié de la population !

Face à une telle situation, le gouvernement Legault a enfin levé le ton mardi. Un tout petit peu. Mais curieusement, il s’est contenté de resserrer l’heure permise pour manger dans les bars. Et de demander, presque en s’excusant, de « limiter les rencontres ».

C’est tout.

Rien pour les jeunes. Pour les fêtes privées. Pour les mariages. Pour les anti-masques qui se rassemblent par centaines.

Et ce, même si on a annoncé dans le point de presse que 75 % du Québec était désormais peint en jaune !

« C’est mou », pour citer le collègue Yves Boisvert. Comme si la mollesse des uns menait à la mollesse du tout. Comme si le gouvernement avait peur de sortir sa grosse voix.

Or, pendant qu’on s’attardait aux karaokés, aux épluchettes de blé d’Inde et aux bars qui servent de la nourriture, l’Ontario et la Colombie-Britannique resserraient la vis avec pas mal plus de détermination.

Il y a quelque chose d’incompréhensible dans tout ça. Comme si le Québec avait choisi d’attendre que la deuxième vague frappe… pour tenter de l’éviter.

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