Un miracle, SVP

La température est toute déréglée et je pense de plus en plus que c’est à cause de la pollution, de nous. Poutine tue du monde innocent et depuis deux ans et demi, on est en pandémie in and out. Le coût de la vie augmente, chez Dollarama, dans les épiceries, partout. Mais il y a des choses qu’il faut accepter telles qu’elles sont.

Les six premiers mois de la crise, on n’a pas pu vendre L’Itinéraire. Ensuite, ç'a été une fois par mois et maintenant, c’est revenu à deux fois par mois. L’édifice du magasin de la SAQ où je vendais le magazine, au coin de la rue de Mentana et de l'avenue du Mont-Royal, a passé au feu. Ç'a été un coup dur et ça m’a fait perdre beaucoup de clients. Maintenant, la SAQ Sélection est rendue à l’angle de l'avenue du Mont-Royal et de l'avenue Papineau. J’apprivoise mon nouveau spot.

Séquelles de la COVID-19 ? Les gens font attention et gardent leurs distances. Ils sont plus solitaires, individualistes et même méfiants. C’est devenu chacun pour soi. Les soignantes sont malades elles aussi. Beaucoup ont été affectées, elles finissent moins fortes. Moi, je fais très attention et je passe des tests quand il le faut. Je ne fais entrer personne chez moi, mais la solitude m’affecte moralement et physiquement. J’aime pas être isolée. J’ai besoin de voir du monde, de socialiser.

Plus de six millions de personnes en sont mortes, en plus des guerres et des maladies incurables. C’est dur pour tout le monde. J’en vois qui marchent le dos courbé et qui continuent à faire leur train-train. Je les trouve courageux. Qu’allons-nous devenir avec tout ça ?

Je souhaiterais que le monde se défende contre les fous comme Poutine et Trump. Quand je peux rendre service, je le fais et je souhaite que le monde vive en harmonie, en paix et dans l’amour. Je crois en Dieu parce que j’ai besoin de croire en un sauveur. Je prie dans mon cœur et je crois aux miracles.

— France Lapointe, camelot SAQ de l'avenue du Mont-Royal/avenue Papineau

Ma seule famille

Je suis camelot de L’Itinéraire depuis une douzaine d’années. C’est Emploi Québec qui m’a trouvé cette place. J’ai commencé au Café et j’étais camelot en même temps. Je restais sur la rue Villeray près du métro Fabre. C’est là que je vendais le magazine. Mon gars vivait avec moi. Il était étudiant. À ses 18 ans, il est parti vivre en appartement.

Une fois par semaine, je vais chez mes parents. Mon père est malade. Il est diabétique. Il est actuellement à l’hôpital. Il a des problèmes aux orteils. Il n’est plus capable de marcher. Il est tombé et c’est les ambulanciers qui l’ont ramassé puisque ma mère et mon frère n’étaient pas capables. Il a 87 ans et ma mère, 88. Elle est en bonne santé. Elle fait ses commissions avec mon frère qui vit avec eux.

Le lundi, je vais toujours déjeuner avec ma mère. On jase, elle me raconte ses journées. Elle fait à manger, son ménage et le lavage. Elle est musicienne, elle joue du piano et de l’orgue. Avant, on dansait, on chantait. J’allais dans les karaokés, dans les bars. Moi, je lui parle de mon travail. Elle me parle de mon gars qui va la voir au moins une fois par semaine. Ils ont un bon contact. Ils habitent dans le quartier Rosemont. Ils ne sortent plus beaucoup. Mon père ne peut pas rester tout seul. C’est ma mère et mon frère qui s’en occupent.

On ne sait pas quand il va avoir son congé de l’hôpital. On met ça dans les mains du Bon Dieu. Ma mère va le voir tous les jours, elle a hâte qu’il sorte. Elle m’appelle tous les jours et me donne des nouvelles.

Mes parents représentent beaucoup pour moi. Je ne sais pas comment je vais réagir quand ils ne seront plus là. C’est ma seule famille.

— Cécile Crevier, camelot marché Metro Morgan/Sainte-Catherine

File d'attente

Il nous arrive à tous d’être pris dans une file d’attente. Personnellement, cette situation ne me dérange pas trop. Moi, ce qui m’énerve, c’est quand les gens sont hypnotisés par leur cellulaire quand vient leur tour, trop occupés à envoyer un like à je ne sais qui ou qui jouent à un jeu. Cela me fait royalement sortir de mes gonds. Et c’est sans compter les lunatiques qui ne sont jamais prêts quand c’est à eux d’aller payer, et qui fouillent frénétiquement dans leur sacoche, à la dernière seconde. Là, je vise ceux qui portent une sacoche, sans égard au genre. Oui, la fameuse sacoche dans laquelle on ne trouve jamais rien.

Saviez-vous que ces personnes sont des chercheuses ? Cherchent le portefeuille, cherchent les cartes Interac ou de crédit, cherchent leur argent… Bref, elles cherchent quoi ? Cherchons à savoir ; on ne saura jamais. N’oublions surtout pas ceux qui se présentent avec une pile de billets de loterie, pour la plupart non gagnants, et qui les font vérifier à la caisse. Savent-ils qu’ils peuvent le faire eux-mêmes ? Car croyez-le ou non, Loto-Québec a installé des petites machines bleues pour la vérification. Comme ça, ils perdent seulement leur temps et non celui des autres.

Personnellement, quand c’est mon tour de payer, je suis toujours prêt, parce que des fois il y a du monde qui attend en file.

— Christian Tarte, camelot pharmacie Jean-Coutu 28e Avenue/Beaubien

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