Commerce de détail

Adieu au mou, bonjour au chic

L’ouverture des restaurants et le potentiel retour au bureau incitent les consommateurs à renouer avec des vêtements plus « habillés », constatent de nombreux détaillants d’ici qui s’attendent à enregistrer de meilleures ventes à l’automne qu’à pareille date en 2019.

Leur prédiction pourrait s’avérer juste, puisque 66 % des gens estiment que la situation économique ira en s’améliorant, et plus de la moitié (55 %) veulent faire des achats chez un détaillant québécois, révèle le baromètre du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) réalisé en mai par ORAMA Marketing, dont les données sont dévoilées ce lundi.

« On avait bon espoir qu’avec le déconfinement, les gens allaient recommencer à sortir, à s’habiller », dit Lili Fortin, présidente de Tristan. 

« Les gens vont avoir besoin de vêtements un peu plus “habillés” pour se mettre beaux plutôt que d’être en mou. La réouverture des restaurants, le retour à la vie sociale, on l’attendait avec beaucoup d’optimisme, car ça devrait changer les besoins des gens. »

— Lili Fortin, présidente de Tristan

Il se pourrait même que son automne 2021 soit encore meilleur que celui de 2019. « Je pense que les gens ont sauté une année, dit-elle. Le besoin va être vraiment grand. Je suis très optimiste pour l’automne. »

Le CQCD envisage un possible plateau de la proportion d’achats en ligne qui serait compensé par une plus grande fréquentation physique des magasins. Parmi les gens sondés dans le cadre de cette enquête mensuelle, 13 % des répondants ont affirmé avoir fait des achats en ligne en mai, contre 28 % en janvier alors que les commerces non essentiels étaient fermés. Au cours des trois prochains mois, 73 % des répondants prévoient que leur proportion d’achats en ligne demeurera la même, contre 13 % qui ont l’intention de l’augmenter et 14 % qui la diminueront.

« Il y a un désir de sortir de la maison, du virtuel, et d’aller dans l’espace public », souligne Jean-Guy Côté, directeur général du CQCD. « On a atteint un certain maximum dans le commerce en ligne. Il n’y a plus [beaucoup de consommateurs] qui vont acheter plus en ligne dans le futur par rapport à ce qu’ils achètent maintenant. Les gens l’ont testé, savent ce que c’est. On a l’impression qu’ils veulent recommencer à aller en magasin pour certains trucs parce que c’est plus facile, plutôt que commander 10 chandails de tailles différentes. »

L’achat en ligne est toutefois là pour de bon. « Des habitudes se sont créées et vont rester, estime-t-il. Des gens vont encore attendre leur livraison [à la maison]. »

« Les Années folles » aux États-Unis

Par ailleurs, ce besoin de renouer avec le beau et la mode se fait sentir aux États-Unis depuis quelques mois déjà, et cette tendance s’installe au Québec, observe Andrew Lutfy, propriétaire du Groupe Dynamite, qui compte 300 magasins – 85 aux États-Unis et 215 au Canada.

« Aux États-Unis, ils ont trois mois d’avance sur nous. [Là-bas], ce sont les Années folles. Le party est pogné. Il y a eu un gros bond des ventes. Elles sont plus fortes qu’en 2019, qui était quand même une très, très bonne année. »

— Andrew Lutfy, propriétaire du Groupe Dynamite

Jeans, pantalons, chemisiers, robes : « tout ce qui se porte avec des talons hauts » connaît déjà beaucoup de succès chez nos voisins du sud et également au Québec. Les ventes de hauts en coton ouaté ont quant à elles diminué de moitié par rapport à l’an dernier, note M. Lutfy.

« Les gens n’ont tellement pas dépensé en vêtements dans la dernière année. Ça va créer des besoins, pense Lili Fortin. Le retour au bureau va l’accentuer. Tout le monde a fait de la cuisine. Les gens se sont occupés de leur maison. Là, ils vont vouloir s’occuper d’eux. »

Actuellement, les robes colorées de Tristan s’écoulent comme des petits pains chauds. On a bon espoir de se remettre à vendre plus de vestons à l’automne avec un possible retour graduel au bureau pour certaines entreprises.

Chez Simons, on commence d’ailleurs à faire la promotion des vestons dans les infolettres envoyées aux clients. « On remarque plus [d’intérêt] du côté de l’homme habillé depuis quelques semaines : bals virtuels, évènements, occasions spéciales, petits mariages », rapporte Angelo Panagiotou, vice-président, achat hommes, de Simons, dans un courriel envoyé à La Presse. « [Avec la vaccination], on [a bon espoir] de voir un retour au bureau en septembre et on anticipe une demande plus forte pour des vêtements de travail “hybrides”, adaptés aux nouveaux besoins de la clientèle post-COVID-19 : vestons et pantalons en tissus de tricot souple. »

En ce qui a trait à l’achat local, qui a pris beaucoup d’importance dans le discours politique au cours de la dernière année, 20 % des répondants jugent très important que l’entreprise soit québécoise lorsqu’ils achètent un produit en magasin, et 35 % estiment que c’est assez important.

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