Santé mentale

Carey Price fera-t-il tomber des tabous ?

La sortie jeudi de Marc Bergevin, directeur général du Canadien de Montréal, au sujet de la demande d’aide du gardien de but vedette Carey Price pour s’occuper de sa santé mentale pourrait faire tomber des tabous dans le milieu des affaires.

« Tout est en train de craquer », estime l’animatrice Marie-Claude Savard, derrière le documentaire Les intouchables (sur Tou.tv), qui traite des tabous dans la LNH que sont l’homosexualité, la drogue et les salaires faramineux des joueurs. « On est en transition. Tout le monde s’influence. Je pense au récent livre de Louis Garneau qui raconte qu’il est tombé (Je suis tombé deux fois). De tels témoignages aident tout le monde. »

« Carey Price a une très bonne réputation, ajoute Martin Énault, président de l’organisme Revivre. Ça va rendre les fans du Canadien plus ouverts. Et à cause des ravages de la COVID, le milieu des affaires est plus à l’écoute. »

Dans un milieu aussi conservateur que la LNH, on n’aurait pas lu de telles nouvelles coup sur coup (Carey Price et l’attaquant Jonathan Drouin) il y a quelques décennies, estime Marie-Claude Savard. Ajoutons à celles-ci les sorties, il y a quelques semaines, de la gymnaste américaine Simone Biles et de la joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka.

« Le sport s’insère dans la société et c’est plus difficile maintenant de cacher des choses, dit l’animatrice. Dans les années 1980, c’était plus hermétique. Mais c’est encore souvent dit à demi-mot. Il y a du non-dit quand même dans la nouvelle de Carey Price. Le programme d’aide est confidentiel et volontaire. Les joueurs ont quand même évolué. Bravo ! Avant, ils se gelaient pour oublier. »

Ça ne sent pas la coupe pour autant. Le chemin est encore semé d’embûches pour les employés d’entreprises autant que pour les sportifs professionnels. « Des employeurs continuent d’avoir des politiques qui n’aident pas, déplore Martin Énault. Il n’y a pas d’accompagnement tel le faible nombre de jours de congé permis lors d’une mortalité. »

« Jonathan Drouin a probablement aidé Carey Price à parler, pense Jean-Rémy Provost, directeur général de l’organisme Relief. On a eu le chanteur Stefie Shock comme porte-parole en 2007. Les appels ont alors augmenté de 40 %, car les gens se reconnaissaient en lui. Mais si vous saviez le nombre de hauts dirigeants qui nous disent qu’ils sont presque prêts à s’ouvrir. C’est donc encore très tabou dans la communauté d’affaires. »

Augmentation des cas de dépression

Car il faut d’abord combattre la nature même du sport professionnel et d’élite, ainsi que celle des carrières de hauts dirigeants. « Au hockey, il y a une confrontation constante entre “je dois performer” et “j’ai des problèmes”, dit Marie-Claude Savard. La LNH est bâtie pour gagner la Coupe Stanley. Une équipe qui perd son gardien, ça va à l’encontre de la business. Tout le monde s’attend à ce que tu sois à ton max. Ça tombe mal quand tu as un souci. Cela dit, est-ce qu’il y a de la mauvaise volonté de la direction ? Je ne crois pas. »

« Tout le monde veut des programmes d’aide. Maintenant, comment on va régler ça ? Comment être dans un milieu hyper performant et rester équilibré ? C’est la question des prochaines années. »

— Marie-Claude Savard, animatrice radio

« Le Canadien étant une entreprise comme d’autres, il faut que ça fasse boule de neige, espère Jean-Rémy Provost. La clé est de parler de la façon de préserver sa santé mentale et de dire que personne n’est à l’abri d’un trouble anxieux. La stigmatisation et l’autostigmatisation sont encore très fortes. »

De telles nouvelles arrivent alors que les cas de dépression et d’anxiété augmentent en flèche depuis un an et demi et que l’accès aux professionnels est de plus en plus difficile. « Environ 600 000 personnes vivent avec de l’anxiété, la dépression et la bipolarité au Québec et le chiffre est probablement sous-estimé, dit Jean-Rémy Provost. De plus en plus de gens sont touchés. La COVID-19 a amené un stress social comme jamais en temps de paix. Les psychiatres n’ont jamais vu un état de détresse aussi avancé chez les employés. L’occasion n’est pas juste de parler de Carey Price, mais de dire qu’on est tous touchés. »

À ce titre, Relief propose depuis peu le programme Relief Affaires pour tous les employés et toutes les directions, afin de placer le soutien en santé mentale au cœur des priorités. « On amène une offre 360, décrit Jean-Rémy Provost, avec des ateliers, des webinaires et des interventions individuelles. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.