Jeffrey Viel

Enfin le pied dans la porte

À seulement la deuxième présence de sa vie sur une patinoire de la Ligue nationale de hockey, la semaine dernière, Jeffrey Viel s’est lancé dans un furieux combat.

Des fois, il faut ce qu’il faut, et Viel, qui se décrit lui-même comme un « fatigant », a choisi de se faire remarquer du mieux qu’il le pouvait.

Pourquoi ? Parce qu’il le fallait.

« Pour moi, la Ligue nationale de hockey, c’est un rêve depuis longtemps, explique-t-il au bout du fil. Là, je viens de jouer deux matchs… C’est juste deux matchs, mais je vois que la porte est ouverte. »

La porte est enfin ouverte, serait-on tenté d’ajouter. Car le jeune attaquant s’est présenté chez les Sharks de San Jose à titre de joueur autonome, en mai 2019. Il a passé du temps dans les rangs mineurs, il a passé du temps avec l’équipe de réserve en janvier, puis voilà qu’il a pu aboutir à ce rêve, à son rêve et à ce premier match, le 29 mars.

Avant qu’une porte ne s’ouvre, il y a forcément une porte fermée, et ça aussi, Viel ne l’a pas oublié. Car des portes fermées, il en a vu assez souvent dans sa vie.

Par exemple, la fois où il s’est présenté au repêchage de la LNH à Buffalo, avec ses parents, pour finalement devoir virer de bord sans jamais avoir pu entendre quelqu’un prononcer son nom au micro. Les fois où il est revenu bredouille de deux camps d’entraînement, celui de l’Avalanche du Colorado et celui des Coyotes de l’Arizona. Les fois où il a connu des soirées plus difficiles dans la Ligue américaine.

Ce qui ne l’a pas empêché de s’accrocher encore plus.

« Le repêchage, je suis allé là pour vivre l’expérience… Je pense que j’étais classé 181e parmi les espoirs, alors il n’y avait rien de certain, je le savais déjà en arrivant là-bas. J’avais parlé à sept ou huit équipes, pas plus. Je suis sorti de là en sachant que j’allais devoir travailler encore plus fort. Et puis, de toute façon, des gars qui jouent dans la LNH sans jamais avoir été repêchés, il y en a plein. »

Le 29 mars, donc, face au Wild du Minnesota, Viel a disputé son premier match dans la LNH, à l’âge de 24 ans. C’est arrivé à la suite de près de cinq saisons dans la LHJMQ, après une conquête de la Coupe Memorial en 2018 avec le Titan d’Acadie-Bathurst, après 139 matchs avec le club-école des Sharks dans la Ligue américaine.

« À mes yeux, arriver dans la LNH à 24 ans, ce n’était pas si tard que ça, ajoute-t-il. Ce n’est pas tout le monde qui perce à 18 ans ; ce sont seulement les exceptionnels qui font ça. Il y a plein de gars qui sortent des universités et qui arrivent dans la ligue à 24 ans. »

« C’est toujours ça que j’ai voulu. Je suis né à Rimouski, mais j’ai grandi dans la région de Granby. Plus jeune, je regardais des gars comme Maxime Talbot, Antoine Roussel… Ce sont deux exemples à suivre pour moi. Je veux être un fatigant, moi aussi ! »

– Jeffrey Viel

Un fatigant qui peut également mettre la rondelle au fond du filet. D’ailleurs, dans les rangs juniors, ce jeune homme a déjà réussi des saisons de 33, 35 et 39 buts. Il a récolté 30 points en 54 matchs à sa deuxième saison avec le Barracuda de San Jose, de la Ligue américaine, en 2019-2020.

Son nom s’ajoute à la liste de jeunes joueurs québécois qui ont tous fait leurs premiers pas dans la LNH cette saison, tels Alexis Lafrenière, Philippe Maillet, Nicolas Meloche, Alex Barré-Boulet, Jérémy Davies, Frédéric Allard et Pierre-Olivier Joseph.

« Il n’y a personne dans la Ligue nationale qui n’a pas déjà été un gars d’au moins un point par match dans les rangs juniors, ajoute-t-il. Dans les pros, tout le monde est capable de marquer. C’est comme ça maintenant.

« Alors, je ne vais pas changer mon style de jeu, parce que j’ai toujours été capable de marquer des buts, et je sais que je peux en marquer aussi dans cette ligue. En plus, j’ai toujours été un gars qui aimait le jeu physique et intense de toute façon… »

Ce qui fait bien l’affaire des Sharks et de leur entraîneur-chef, Bob Boughner, lui-même un adepte du jeu physique et intense dans son jeune temps de défenseur. À ses premiers matchs avec les Sharks, Viel a patiné en compagnie de Patrick Marleau et de Marcus Sörensen. Il en est à la dernière année d’un contrat à deux volets, qui lui rapporte 70 000 $ dans la Ligue américaine et 780 000 $ dans la LNH.

Et il espère pouvoir être fatigant encore longtemps comme ça.

« Je pense que les Sharks me font confiance, sinon, je ne serais pas ici, ajoute-t-il. J’ai enfin ma chance. C’est à moi de la saisir. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.