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Après avoir publié un message de détresse sur Twitter, Cindy Perron a reçu l’aide et les encouragements de nombreux inconnus. Une vague de soutien qui  lui a sauvé la vie.

Sauvée grâce à un tweet

« C’est fini je tire la plug… tanner de cette esti de vie de marde là ! » Ce message lancé par Cindy Perron comme une bouteille à la mer sur Twitter, vendredi soir dernier, voulait tout dire. L’étudiante en soins infirmiers allait en finir. Mais la vague de soutien qu’elle a reçue de purs inconnus, y compris de celui qui a composé le 911, lui a littéralement sauvé la vie.

« Une chance que cette personne a pris le téléphone et a fait le 911, parce qu’il aurait été trop tard », témoigne Cindy Perron.

De l’autre côté de l’écran, dans sa petite chambre de résidence universitaire à Québec, la jeune femme de 23 ans décrit le nuage noir qui la suit : son trouble d’anxiété chronique, ses dizaines de crises de panique par jour, cette pandémie, sa solitude, ses hauts, ses bas, ses idées suicidaires qui la hantent depuis deux ans… Elle raconte comment elle avait soigneusement tout mis en place, vendredi dernier, pour passer à l’acte.

« Ce n’était pas voulu que mon message soit public sur Twitter… Je voulais l’envoyer à mon amie Anne-Marie, faire mes adieux », affirme-t-elle.

Or, non seulement son message a été diffusé à ses quelques dizaines d’abonnés, mais de nombreux inconnus l’ont vu apparaître dans leur fil d’actualité, poussé par les mystérieux algorithmes du réseau social. Parmi ceux qui ont vu le sombre gazouillis et qui ont contacté son auteure pour lui offrir de l’aide, de l’espoir, du courage, Maxime Chartier est allé jusqu’à appeler les secours.

« Des messages à caractère plus difficile, on en voit plus avec la pandémie, mais quand j’ai vu celui-là, j’ai gelé. J’ai échangé avec elle, j’essayais de garder le contact. Un moment donné, je n’avais plus de nouvelles, et je lui ai demandé : “Es-tu encore là ?” Elle m’a dit : “Oui, pas pour longtemps.” Et là, j’ai appelé le 911 », raconte le Montréalais, qui ne connaissait pas du tout la jeune femme.

« Les policiers ont débarqué chez mes parents, à Lavaltrie, et ici, à Québec. Quand ils sont arrivés, j’allais passer à l’acte, c’était fini. S’ils n’étaient pas arrivés, je ne serais plus là. »

— Cindy Perron

Les réponses à son tweet suivant – « Update : les policiers sont là… je m’en vais à l’hôpital… » – ont suivi par centaines. Des étrangers, des personnalités publiques, d’anciens camarades de classe, des connaissances qui ont pris leur clavier pour l’encourager.

« Dans un sens, je suis contente de m’être trompée et de l’avoir mis public sur Twitter. Plein de gens m’ont écrit pour me dire qu’ils étaient là pour moi, qu’ils étaient passés par là et s’en étaient sortis. Ça met un baume », constate la jeune femme, même si elle ne se dit pas réellement rétablie.

Idées suicidaires difficiles à vivre, et à évaluer

Transportée au CHU de Québec–Université Laval vendredi soir, Cindy Perron dit en être ressortie samedi, après une rencontre avec le psychiatre des urgences. Ce dernier aurait évalué, selon elle, que sa médication devait être ajustée. Il lui aurait dit de prendre rendez-vous avec le psychiatre qu’elle consultait dans sa région natale de Lanaudière avant de déménager à Québec pour ses études.

« À l’hôpital, ils m’ont donné le dépliant du 1 866 APPELLE et un autre du Centre de crise de Québec. C’est tout, affirme-t-elle. J’ai demandé qu’un psychiatre me prenne en charge, j’aurais voulu être hospitalisée, et ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas. J’ai l’impression qu’ils ne m’ont pas prise au sérieux. C’est quoi, il aurait fallu que je meure pour qu’ils comprennent que j’ai vraiment besoin d’aide ? »

La version de Cindy Perron n’a pas pu être corroborée par La Presse, le centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale ne voulant pas « commenter une situation personnelle pour une question de confidentialité », a répondu la porte-parole Annie Ouellet, par courriel. Par contre, on assure que l’information a été transmise « à l’équipe concernée afin de vérifier les faits rapportés et, selon le cas, assurer un suivi auprès de cette personne ».

Selon la Dre Édith Labonté, chef des urgences psychiatriques à Québec et anciennement membre du conseil d’administration de l’Association des médecins psychiatres du Québec, un séjour de moins de 24 heures à l’hôpital dans un cas semblable n’est pas hors du commun.

« On ne peut pas parler de ce cas en particulier, mais on a de nombreuses personnes qui viennent aux urgences avec des idées suicidaires et qui sont déjà apaisées le lendemain. Puis, c’est tout à fait sécuritaire de les laisser partir », explique-t-elle, ajoutant que plusieurs facteurs interviennent dans la décision d’hospitaliser ou non un patient en psychiatrie pour des idées suicidaires.

« Le risque suicidaire, c’est quelque chose d’assez difficile à évaluer, qui tient compte de toutes sortes de choses : ce que la personne pense de son geste, du détail de son geste, de son intention, de son sentiment de contrôle personnel là-dessus, de ses antécédents d’impulsivité, des antécédents par rapport au diagnostic… »

— La Dre Édith Labonté, chef des urgences psychiatriques à Québec

« L’hospitalisation est une offre possible, mais ce n’est pas la seule non plus. Beaucoup de mesures peuvent être prises en externe et peuvent apaiser le risque suicidaire, explique la Dre Labonté. L’hospitalisation, en général, va être réservée aux situations pour lesquelles quelqu’un aura fait un geste important et demeure suicidaire après son geste. »

Elle précise également que les patients qui étaient suivis par un psychiatre et qui déménagent dans une nouvelle région – comme c’est le cas de Cindy Perron – doivent en moyenne patienter de un à trois mois, selon la gravité du cas, pour être pris en charge par un nouveau psychiatre. Advenant une visite aux urgences, il y a possibilité d’accélérer la prise en charge ou de diriger le patient vers d’autres ressources, comme les hôpitaux de jour, les traitements intensifs brefs à domicile ou des suivis le jour même. Si un patient a des idées suicidaires, mais sans maladie grave, l’approche psychothérapeutique avec des interventions cognitives est aussi, selon la Dre Labonté, une technique reconnue pour réduire le risque suicidaire.

Liste de ressources

1 866 APPELLE

Les Centres de prévention du suicide :

Tel-Jeunes : 1 800 263-2266

« Dans le doute, on ne s’abstient pas »

En contactant les secours pour empêcher une inconnue de commettre l’irréparable, Maxime Chartier a parfaitement agi, clament les représentants de différentes ressources en prévention du suicide, dont les téléphones ne cessent de sonner depuis septembre.

« Qu’un membre de la population qui voit un message de détresse et qui réagit comme ça, on ne peut pas demander mieux ! C’est ce qu’on souhaite, qu’on ait un filet de sécurité tous ensemble, qu’on prenne ça au sérieux, et qu’on agisse », a réagi la présidente du Regroupement des centres de prévention du suicide, Lynda Poirier.

Le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide, Jérôme Gaudreault, abonde dans le même sens : si on voit quelqu’un lancer un message inquiétant, on a le devoir d’intervenir, même si on n’est pas un proche de la personne, soutient-il.

« C’est comme si on fait une marche et que quelqu’un tombe par terre ; on irait à son secours, même si on ne le connaît pas. On ne le guérirait pas, mais on le guiderait vers les services d’aide. C’est la même chose », dit M. Gaudreault.

Offrir et demander de l’aide

Tous deux disent qu’il ne faut pas hésiter à poser des questions franches à une personne qui semble en détresse psychologique. Il faut lui faire part de son inquiétude, lui offrir de l’aide et tenter de l’orienter vers des ressources d’aide comme le 1 866 APPELLE, où des intervenants répondent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, ou encore www.suicide.ca. Dans le cas où la personne semble avoir un plan concret pour se donner la mort, il ne faut pas hésiter à composer le 911.

« C’est le contraire de l’adage : dans le doute, on ne s’abstient pas », résume M. Gaudreault, qui rappelle aussi, à l’inverse, l’importance de demander de l’aide.

« On dit souvent : “Je suis là si tu as besoin de moi”, mais quand c’est nous qui en avons besoin, on hésite beaucoup à demander de l’aide aux autres. Il ne faut pas se gêner. »

— Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide

Le nombre d’appels dans les Centres de prévention du suicide au Québec a fait un bond de 20 % en septembre et la tendance se maintient depuis. Cette hausse est perçue d’un bon œil par la présidente du Regroupement des centres de prévention du suicide.

« On le sait qu’il y a de la détresse. Alors que les gens demandent de l’aide, c’est ce qu’il faut faire. Ceux qui demandent de l’aide s’enlèvent moins la vie. Et, selon les sources du regroupement, il n’y a pas plus de décès par suicide actuellement », expose Mme Poirier.

Elle assure que malgré la hausse, les intervenants parviennent à répondre à la demande et qu’aucun centre de prévention du suicide n’est en rupture de service.

Liste de ressources

1 866 APPELLE

Les Centres de prévention du suicide :

Tel-Jeunes : 1 800 263-2266

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