Un procureur spécial nommé pour enquêter sur Trump

Washington — Le procureur général des États-Unis a nommé vendredi un procureur expert en crimes de guerre pour enquêter de façon indépendante sur Donald Trump, trois jours après sa déclaration de candidature à la présidentielle de 2024.

Lors d’une allocution télévisée, Merrick Garland a confié cette mission extrêmement « délicate » à Jack Smith, procureur principal du Tribunal spécial pour le Kosovo.  

L’ancien président républicain a immédiatement dénoncé une décision « politique » et « injuste ». « C’est honteux, ils font ça juste parce que je suis en tête des sondages », a-t-il dit à des journalistes de Fox, en précisant qu’il ne coopérerait pas avec les enquêteurs.  

Prenant acte de sa décision de briguer un nouveau mandat et de l’intention du président démocrate Joe Biden de faire de même, Merrick Garland a jugé « dans l’intérêt du public » de nommer un procureur spécial pour reprendre deux enquêtes menées depuis des mois par la justice américaine.

La première enquête qui lui a été confiée porte sur les efforts de Donald Trump pour contester sa défaite à la présidentielle de 2020, jusqu’à l’assaut mené par ses partisans contre le Capitole le 6 janvier 2021.

La seconde enquête porte sur les archives de la Maison-Blanche. En quittant la présidence, Donald Trump a emporté des boîtes entières de documents. Or, une loi de 1978 oblige tout président américain à transmettre l’ensemble de ses courriels, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales.

Dans un communiqué, le procureur Jack Smith a promis d’agir « vite », « en toute indépendance » et « de manière approfondie ».   

Après avoir réuni tous les éléments, le procureur spécial « exercera son jugement professionnel de manière indépendante pour décider s’il doit y avoir une inculpation », dans l’un ou l’autre de ces dossiers, a précisé M. Garland.

Le procureur spécial ne sera toutefois chargé que d’énoncer une recommandation et il reviendra au procureur général de trancher. S’il devait finalement inculper Donald Trump sur cette base, sa décision sera plus difficile à attaquer.

L’ouverture de poursuites n’empêcherait pas le magnat de l’immobilier de concourir, mais jetterait une ombre sur sa candidature.  

Démentant toute instrumentalisation de l’appareil judiciaire, la porte-parole de la Maison-Blanche Karine Jean-Pierre a pour sa part assuré que le président Biden n’avait pas été informé au préalable de la décision de son procureur général.

Enquête et procès en destitution

Dans le passé, Donald Trump a déjà fait l’objet d’une enquête supervisée par un procureur spécial : Robert Mueller avait été chargé en 2017 d’établir s’il y avait eu une collusion entre son équipe de campagne et la Russie lors de la présidentielle de 2016.

Après deux ans d’enquête, il avait jugé ne pas avoir assez de preuves d’un complot entre Moscou et l’équipe Trump, mais avait relevé une série de pressions troublantes exercées par le locataire de la Maison-Blanche sur son enquête.

Le secrétaire de la Justice de l’époque, le républicain Bill Barr, n’avait toutefois pas jugé nécessaire de le poursuivre.

Pendant son mandat, Donald Trump a également été visé par deux procès en destitution : l’un portait sur des pressions exercées sur l’Ukraine afin qu’elle lui donne des éléments embarrassants pour Joe Biden ; l’autre sur son rôle dans l’assaut du Capitole. Il a été acquitté dans les deux dossiers grâce à la majorité républicaine au Sénat.  

Trump n’a pas accès à tout l’argent amassé

L’ancien président Donald Trump et son organisation possèdent un capital astronomique de 111,7 millions US en vue de la campagne présidentielle de 2024. Mais à peine un peu plus de 10 % de cette somme, soit 13,5 millions, serait en fait accessible. C’est ce que rapporte OpenSecrets, organisme sans but lucratif et non partisan voué à l’analyse du rôle de l’argent et du lobbyisme dans la politique américaine. Dans une analyse, la journaliste et autrice Taylor Giorno explique qu’après sa campagne à sa réélection en 2020, M. Trump a créé un organigramme comprenant des comités d’action politique (PAC) ayant amassé plus de 500 millions de dollars. En date du 19 octobre, il restait 111,7 millions dans les coffres. Et depuis l’annonce de sa candidature pour 2024, le 15 novembre, trois nouveaux PAC ont été créés. Or, le problème est que les anciens PAC peuvent contribuer de façon très limitée aux nouvelles entités. Le comité Save America, par exemple, qui possède 69,7 millions, ne peut être utilisé directement pour sa prochaine campagne et, en raison des limites de contributions, le comité Make America Great Again ne peut verser que 5000 $ à chacun des comités créés pour les primaires et la campagne présidentielle de 2024. L’argent disponible viendra surtout des comités mixtes de collecte de fonds.

— André Duchesne, La Presse, d’après OpenSecrets

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