ANALYSE

Montembeault s’est fait un cadeau

La réalité est évidemment que cette saison-là n’est facile pour personne. Mais il y en a quand même pour qui elle est encore moins facile que pour les autres.

Il faudrait être bien ingrat pour ne pas se réjouir pour Samuel Montembeault, dont la victoire de 6-3 du Tricolore contre les Predators de Nashville était sa première dans l’uniforme montréalais.

La vie du Québécois n’a pas été un long fleuve tranquille depuis le 2 octobre dernier, date à laquelle le Canadien l’a réclamé au ballottage pour épauler Jake Allen en l’absence de Carey Price.

Son premier départ avec sa nouvelle équipe a eu lieu à Buffalo, lieu d’une déconfiture de 5-1 qui avait fait dire à l’entraîneur-chef Dominique Ducharme que ses hommes s’étaient « mis la main sur le poêle ».

Dix-sept autres jours ont passé avant qu’il ne revoie de l’action. C’était à Anaheim, 24 heures après que le CH eut encore fait un fou de lui à Los Angeles. Nouvelle performance mitigée de ses coéquipiers, nouvelle défaite.

Deux autres semaines ont été nécessaires avant qu’on lui confie un départ. Dans l’intervalle, il était toutefois venu relever Allen deux fois. La première, il est entré dans le match en déficit de 5-0 contre les Islanders de New York. La deuxième, c’était après qu’Allen eut été retiré du match à Detroit, victime d’une commotion cérébrale, samedi dernier. Ce soir-là, c’est Montembeault qui a peiné, donnant rapidement deux mauvais buts.

Il a logiquement hérité du filet le lendemain à Boston, et a assisté, impuissant, à l’effondrement de ses coéquipiers en troisième période. Cayden Primeau, de deux ans son cadet, a obtenu les deux matchs suivants, mais son dernier, contre les Penguins, a viré à la catastrophe. Une nouvelle fois, Montembeault a joué les releveurs.

Bref, il n’y avait rien d’anodin quand il a affirmé devant les journalistes, après le match de samedi, que cette victoire « fait vraiment du bien ».

« C’est le fun de venir vous parler avec le sourire dans le visage », a-t-il ajouté.

Confiance

Souvent, au cours des dernières semaines, les joueurs et l’entraîneur du Canadien ont réitéré que leur équipe méritait un bien meilleur sort. Que les défaites qui s’accumulaient encore et encore n’étaient pas le reflet fidèle des efforts déployés.

On pourrait dire la même chose de Montembeault. Personne ne voit en lui la réincarnation de Georges Vézina. Et tout indique qu’il ne remportera jamais le trophée du même nom.

Mais le boulot qu’il abat, au sein d’une équipe en déroute dont les deux premiers gardiens sont blessés, est trop honnête pour qu’il ne connaisse pas un minimum de succès.

Il a d’ailleurs été l’artisan de son propre bonheur, samedi. Car si ses coéquipiers ont pu se forger une avance de 5-0, avant de voir les Predators réduire l’écart en troisième période, c’est grâce au brio de leur homme masqué.

Montembeault s’est dressé devant les 15 tirs et 7 chances de marquer de qualité de ses adversaires au premier vingt, ce qui a permis au Tricolore de conclure cette période en avance pour à peine la 7e fois en 20 matchs.

Conscient que son équipe ne « marque pas beaucoup de buts », le jeune homme s’est fait une fierté de donner ce coussin à ses coéquipiers. Et ils lui ont (enfin) rendu la pareille en se défoulant sur un Juuse Saros qui a connu des jours meilleurs.

En somme, tout le monde s’est fait un cadeau, à commencer par Montembeault à lui-même.

Dans la traversée du désert qu’a représenté le premier quart de la saison du CH, il a souvent été question de confiance. Celle-ci tire sa source de plusieurs endroits, notamment d’efforts récompensés.

C’est vrai pour Artturi Lehkonen, qui a marqué son premier but depuis la fête nationale. C’est aussi vrai pour Ryan Poehling, qui s’est transformé en Brett Hull le temps d’une présence. Et ce l’est peut-être encore plus pour Montembeault.

« Quand tu commences à douter, ce n’est jamais bon, a rappelé Dominique Ducharme. Savoir pourquoi on a du succès est aussi important. Sam travaille fort tous les jours pour continuer à s’améliorer. Voir un jeune comme lui être récompensé avec une victoire comme ça, c’est un surplus d’énergie et de confiance pour continuer. »

Le principal concerné, lui, avait somme toute la célébration sobre dans les circonstances. Il a indiqué qu’il était « content de [sa] progression » et du travail accompli à l’entraînement avec Éric Raymond, entraîneur des gardiens.

« Quand j’ai la chance de jouer, je donne le meilleur que j’ai. »

Interrogé sur ses dernières semaines émotivement chargées, il a répondu être « juste content d’être ici, à Montréal ». De « jouer devant ses partisans ».

Plusieurs de ses amis et des membres de sa famille étaient justement au Centre Bell pour le voir à l’œuvre.

Ils ne se sont pas déplacés pour rien, d’autant plus que Montembeault est devenu le premier gardien québécois depuis 15 ans à signer une victoire pour le Canadien. José Théodore, en janvier 2006, avait été le dernier.

« C’était vraiment le fun », a-t-il conclu.

Ce n’est pas le genre de phrase qu’on a entendue souvent en novembre 2021. Ç’aurait été dommage de passer à côté.

Ils ont dit

« Vous le savez, ça n’a pas été facile par ici dernièrement. C’est bien de voir enfin des sourires, et j’espère que ça va continuer […] On doit être des professionnels. On se retrouve en position délicate, mais si on joue en déployant le même genre d’efforts et de constance, ça va nous donner une chance de gagner. »

— Brendan Gallagher

« On voulait revenir en force après le match de jeudi contre Pittsburgh, qui n’a pas été notre meilleur effort. On voulait se reprendre, réussir à marquer le premier but et jouer avec une avance. […] Gagner, c’est plus le fun que de perdre. »

— Artturi Lehkonen

« Ça fait vraiment du bien, c’est sûr que c’est le fun de venir enfin vous parler avec un sourire dans la face. […] Je regardais le cadran et je trouvais que les minutes et les secondes ne descendaient pas assez vite. »

— Samuel Montembeault

« On a misé sur le travail acharné, et c’est ce qu’on a vu ce soir […] Les occasions sont venues de ce travail acharné. Ça les a frustrés et ç’a été bon à voir…  »

— Ryan Poehling

« On voulait se concentrer sur notre façon de jouer à nous. […] Ils sont agressifs et rapides, on a bien joué avec la rondelle. J’ai aimé notre engagement. En général, je pense que c’est positif.  »

— Dominique Ducharme

« On est capables d’être bons. Maintenant, il faut être capables de le faire tous les soirs. On est satisfaits, mais on a encore beaucoup de travail à faire. Il faut retourner au travail lundi matin, avoir le couteau entre les dents et se préparer pour [le prochain match à Washington] mercredi. »

— Dominique Ducharme

« Ça fait du bien de voir des sourires dans le visage des gars. Ça n’a pas été facile, je n’ai pas besoin de vous le dire. Maintenant, il faut continuer de cette manière. »

— Brendan Gallagher

« Je pense que c’était une mise en échec légale. C’est une mauvaise décision, à mon avis. »

— Artturi Lehkonen sur la punition dont il a écopé en troisième période

« C’est plus plaisant de gagner que de perdre. »

— Artturi Lehkonen

« Je trouvais que le temps ne s’écoulait pas assez vite ! C’est dommage, car j’étais à 13 minutes [d’y arriver], et on a donné trois buts. »

— Samuel Montembeault sur le blanchissage qui lui a échappé

Propos recueillis par Richard Labbé et Simon-Olivier Lorange, La Presse

L’effet Coldplay

Le mélomane averti aura remarqué que le Canadien, pour une raison inexplicable, a choisi de changer sa chanson d’arrivée cette saison au Centre Bell. Ainsi, depuis octobre, les joueurs du Canadien effectuaient leur entrée sur la glace du Centre Bell au son de Bulls on Parade, de Rage Against the Machine, une pièce sympathique, certes, mais pas quelque chose qui a su porter chance au club local, de toute évidence. Eh bien, samedi soir, on a ramené le classique Fix You, de Coldplay, en début de soirée, et le résultat fut instantané : Artturi Lehkonen, qui n’avait pas marqué depuis 2001 environ, a réussi son premier but de la saison, Ryan Poehling a retrouvé sa magie, et le Canadien a enchaîné avec l’une de ses meilleures performances de la saison, tout en franchissant pour la deuxième fois seulement la barre des cinq buts dans un match. Avec tout ça, on présume que Fix You pourrait retrouver sa place en rotation régulière sur les platines du Centre Bell. « Tout le mérite revient à Joel Edmundson, a dit Brendan Gallagher. C’est lui qui a envoyé un texto de groupe pour dire qu’on devrait retourner à cette chanson. »

Poehling en feu

On peut sans doute dire que Ryan Poehling est un joueur de séquences : soit il ne marque pas, soit il en marque trois le même soir. Cette fois, Poehling n’a pas obtenu de tour du chapeau – il a dû se contenter de deux buts seulement –, mais il a réussi ces deux buts à l’intérieur de seulement 37 secondes. Il s’agit des deux buts les plus rapides par un même joueur du Canadien à domicile depuis Joé Juneau, qui avait marqué deux buts en seulement 35 secondes le 6 mars 2002, lors d’un match contre les Bruins de Boston. « J’essaie juste de mettre des rondelles au filet. Plus on en met, plus ces rondelles ont des chances de se retrouver dans le filet », a-t-il expliqué.

Enfin un but pour Lehkonen

Ça faisait un bout qu’Artturi Lehkonen n’avait pas réussi à mettre une rondelle dans un filet. En fait, l’attaquant finlandais a réussi son premier but en 25 matchs lors de la soirée de samedi. Son but précédent remontait à la série de troisième tour de juin face aux Golden Knights de Vegas, quand il avait réussi le but de la victoire lors du célèbre match de la « Saint-Han », dans un Centre Bell en liesse. Le Centre Bell n’était pas aussi chaud en ce samedi soir de novembre, mais Lehkonen a tout de même accueilli ce but dans la joie. Il aurait pu en ajouter un autre un peu plus tard, mais son bâton s’est brisé au moment où il allait tenter un tir. C’est bien pour dire. « Bien sûr que ça fait du bien de marquer enfin, ça faisait longtemps… C’est un gros poids qui vient d’être retiré de mes épaules. »

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