Bouchées royales

Quelques miettes de notre séjour à Londres, en marge du deuil national qui secoue le Royaume-Uni…

SON IMAGE EST PARTOUT

Samedi après-midi au Lavender Green Flower Shop de la rue King’s Road. Deux ouvriers achèvent de coller en vitrine une grande silhouette blanche d’Élisabeth II. Les employés et les clients semblent ravis. Le résultat est très chic.

« C’est beau, non ? C’est notre hommage à nous. La petite chose qu’on pouvait faire », explique India Burrow, gérante de la boutique, sourire fendu jusqu’aux lunettes.

Ce fleuriste du quartier Chelsea n’est pas seul à rendre hommage à la reine. Depuis l’annonce de sa mort, son visage est apparu un peu partout dans les rues de Londres, dans les gares, les stations de métro, les vitrines de commerces et même sur l’écran d’accueil des guichets automatiques. Ferveur spontanée ou opportunisme ? La question est lancée. On a pris quelques photos.

LA RETRAITE PAR RESPECT...

La mort de la reine affecte des millions de Britanniques. Mais certains sont touchés plus que d’autres.

Parlez-en à Mary Reynolds, 89 ans, sosie d’Élisabeth II.

Pendant plus de 30 ans, cette gentille vieille dame d’Epping, dans l’Essex (nord de Londres), a gagné sa vie en personnifiant la souveraine.

On l’embauchait pour des évènements d’affaires, pour des campagnes publicitaires, pour des lancements ou l’ouverture de commerces. Elle a joué dans des annonces de voiture, de produits antipuces pour les chiens et même dans un épisode de la série de télé anglaise Doctor Who.

Mais aujourd’hui, tout cela est terminé. Mary Reynolds prend sa retraite. Pour elle, pas question de continuer à jouer à la reine si la reine n’est plus de ce monde.

« Question de respect. On ne peut pas personnifier quelqu’un qui vient de mourir. »

— Mary Reynolds, sosie d’Élisabeth II

« Quand Diana est morte, les personnificateurs ont arrêté. Eh bien, je fais la même chose », dit-elle à La Presse, dans une entrevue réalisée par Zoom.

Ex-employée de banque, Mme Reynolds travaille comme sosie depuis la fin des années 1980. « Ça m’a aidée à joindre les deux bouts après la mort de mon mari. » Elle se dit très chanceuse d’avoir eu ce boulot, qui lui a permis de voyager partout dans le monde.

Ses contrats l’ont même amenée jusqu’à Québec, pour un congrès de la compagnie Pan Am. « Je n’avais pas dormi au Château Frontenac ! », précise-t-elle en riant.

Son seul regret : ne pas avoir rencontré la reine. « J’espérais qu’un jour ça arriverait, mais plus sa santé déclinait, plus je réalisais que cela n’arriverait jamais. »

Le palais de Buckingham ne lui a jamais fait signe non plus. Elle comprend. Ce soutien aurait été perçu comme une injustice par ses collègues. Il faut savoir qu’elle n’est pas la seule à personnifier la reine. « Nous sommes deux ou trois », dit-elle.

L’une de ses concurrentes aurait d’ailleurs manifesté son désir de continuer à travailler, ce qu’elle réprouve ouvertement. « Je ne crois pas que ce soit de bon goût. »

Que fera maintenant Mary Reynolds ? Profiter de la vie, tout simplement, ce qu’elle songeait à faire de toute façon. Elle vient tout juste de déménager. Pour elle, c’est le début d’une nouvelle époque.

« Je vais prendre des vacances, défaire mes boîtes et me contenter d’être moi ! »

POURQUOI UNE « REINE CONSORT » ?

Quelques lecteurs nous ont écrit à la suite de notre article sur Camilla, publié la semaine dernière avec la question suivante : pourquoi Philip, mari d’Élisabeth, portait-il le titre de « prince consort », alors qu’on a donné à la femme de Charles III celui de « reine consort » ?

On a posé la question à Elli Woodacre, experte de la monarchie britannique à l’Université Winchester, en Angleterre. Voici sa réponse.

Tout part de George du Danemark, mari de la reine Anne (1653-1708). Avant lui, les maris de reines britanniques étaient considérés comme des souverains de plein droit. Philippe II d’Espagne (mari de Marie Tudor) était « roi consort », tout comme William III des Pays-Bas (mari de Marie II).

Mais avec George, les choses ont changé. « Il était jeune et timide, explique Elli Woodacre. La reine Anne et lui se sont mis d’accord pour qu’il soit plutôt nommé “prince consort”. En outre, le titre de “roi consort” faisait l’objet de contentieux au Parlement britannique », ajoute Mme Woodacre.

« On y voyait une forme déguisée d’occupation étrangère. En nommant un “prince consort”, on diminuait la menace. »

— Elli Woodacre, experte de la monarchie britannique à l’Université Winchester

Un siècle et demi plus tard, la reine Victoria aurait apparemment réclamé que son mari Albert soit nommé « roi consort ». Mais un précédent avait été établi avec George, et elle n’a jamais réussi à casser cette décision. La règle s’est tout bonnement poursuivie avec Philip, mari de Liz.

PAUVRE ROYAL REVIEWER !

Ce jeune youtubeur britannique anime depuis quelques années une chaîne vidéo consacrée à la monarchie. Il commente tous les faits et gestes de la famille royale et répond aux questions de ses abonnés avec un enthousiasme touchant. De toute évidence, il en mange et il en rêve. Or, devinez quoi ? Le pauvre gars se trouve actuellement en croisière dans les Caraïbes au moment où meurt la reine ! Ses dernières vidéos nous le montrent coincé dans sa petite cabine, hyper émotif et désespéré de ne pas pouvoir être au pays pendant cette période historique et cruciale.

« Ça fait 17 ans que je n’avais pas pris de vacances et voilà ce qui m’arrive. »

Il y en a qui n’ont pas de chance…

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