analyse

Les montagnes russes

Des fois, ça ne doit pas être si facile d’être Dominique Ducharme.

Oh, bien sûr, il y a les bons côtés. Il y a les voyages exotiques au Canada, les avions nolisés, les discussions de haut niveau avec les membres des médias montréalais presque chaque jour. Rien de tout cela ne saurait être ignoré.

Mais il y a des fois où ce n’est pas si facile, comme samedi soir au Centre Bell, par exemple, lors de cette défaite de 6-3 face aux Sénateurs d’Ottawa.

Ces Sénateurs, il faut bien le préciser, n’ont pas l’habitude de marquer bien souvent. En fait, des matchs de 5 buts ou plus en temps réglementaire, ils en avaient seulement quatre cette saison avant de revenir jouer ici samedi soir. Lors des cinq matchs précédents, ils avaient marqué en tout et pour tout 11 buts seulement.

Ce qui nous mène à cette simple question : ce n’est pas un peu gênant d’accorder autant de buts aux Sénateurs ? Par un beau samedi soir à la maison, en plus ?

« Ils travaillent fort, a répondu l’attaquant Josh Anderson. Depuis le premier match contre eux cette saison, on le voit qu’ils travaillent fort, on le voit qu’ils jouent en équipe. On n’a jamais cru que ça allait être facile. »

Et pourtant, ces Sénateurs ne sont pas à confondre avec les Oilers de 1984. Mais les défenseurs du Canadien se sont arrangés pour les aider un peu, en enfilant gaffe sur gaffe, notamment Jeff Petry.

Le défenseur chevronné, d’ordinaire une valeur sûre à la ligne bleue, s’est retrouvé sur la glace pour cinq des buts de la visite, dont le dernier dans un filet désert. On appelle ça une mauvaise soirée au bureau, et d’ailleurs, quand on a demandé à Petry en fin de soirée ce qu’il allait retenir de ce match, la réponse a été assez brève : « Rien. »

Ça a eu le mérite d’être clair.

Et Carey Price, là-dedans ? On comprend, bien sûr, qu’un simple gardien ne peut pas faire de miracles quand ça joue tout croche devant lui. Le problème, évidemment, c’est que Carey Price n’est pas qu’un simple gardien. Il est le gardien le mieux payé de la Ligue nationale de hockey, et à ce prix-là, on peut s’attendre à ce qu’il soit capable de rattraper les gaffes de ses coéquipiers à l’occasion, pour ne pas dire de manière régulière. Mais ce n’est pas arrivé samedi soir, comme ce n’est pas arrivé bien souvent en 2021. C’est la plate vérité.

Cela dit, ce n’est pas tant le résultat que la manière qui inquiète. Oui, les Sénateurs ont l’habitude de surprendre à l’occasion cette saison, sauf qu’ils demeurent quand même la pire équipe de cette division, et l’occasion était belle d’aller chercher une petite victoire facile.

Ce n’est pas arrivé, et ça, c’est bien le Canadien de 2021, celui des récentes années aussi : chaque fois qu’on croit ce club bien parti, il est capable de ramener tout le monde sur terre bien assez vite, incluant ses plus fidèles partisans.

On appelle ça un club de montagnes russes, et on souhaite à Dominique Ducharme d’avoir l’estomac très solide. Il en aura bien besoin.

« On a déjà hâte à lundi »

« Ça n’a pas été notre meilleure performance, soyons honnêtes. Mais il faut voir de quelle manière on va répondre… On a déjà hâte à lundi et à se préparer à un gros match. »

— Josh Anderson

« Il y a eu des erreurs et [les Sénateurs] en ont profité… Des bonds de la rondelle qu’on n’a pas été en mesure de récupérer. On a passé la soirée à jouer du hockey de rattrapage, et ce n’est pas la recette du succès contre aucune équipe. »

— Tyler Toffoli

« Je ne crois pas que nous ayons fait les meilleures lectures de jeu… Je vais mettre ça derrière moi et penser au match de lundi… »

— Jeff Petry

« Une mauvaise soirée, on n’a pas été bons, dans notre exécution, on n’a pas été bons sans la rondelle… on n’a pas été bons. On a fait des cadeaux. Ça, même dans les mauvaises soirées, tu dois être capable de mieux le gérer. »

— Dominique Ducharme

« Depuis 15 ou 16 matchs, on a eu deux matchs comme ça… Ça en fait 13 ou 14 qui sont solides. Pas tout le temps des victoires, mais je pense qu’on est une équipe qui va être dure à affronter. Mais ça nous prend notre exécution, on n’a juste pas été bons ce soir. »

— Dominique Ducharme

« On ne veut plus que Brady accepte de bagarre planifiée. Ça ne veut rien dire. Mais ces bagarres [comme ce soir], ça arrive. C’était un leader contre un autre. »

— D.J. Smith, entraîneur-chef des Sénateurs, à propos de la bagarre entre Brady Tkachuk et Shea Weber

« Plus tôt cette saison, ce match-là se serait poursuivi en prolongation. Mais on n’a pas paniqué. On a continué à faire de bons jeux et à protéger la rondelle. C’était beau à voir. »

— D.J. Smith

Propos recueillis par Simon-Olivier Lorange, La Presse

Dans le détail

Dadonov en liberté

Quand il a signé un contrat de trois ans avec les Sénateurs d’Ottawa, Evgenii Dadonov ne se doutait sans doute pas qu’il disputerait le 38e match de la saison sur le quatrième trio. Après huit rencontres de suite sans buts, c’est pourtant là qu’on l’a placé, sur le flanc droit de son compatriote Artem Anisimov. On nous répondra qu’il ne s’agit pas de votre quatrième trio de tous les jours, mais ce n’était certainement pas un compliment qu’on adressait à Dadonov en le confinant à un rôle de soutien. Qu’à cela ne tienne, avec trois buts, cette unité a gâché la soirée de Jeff Petry et, par ricochet, celle du Tricolore. L’entraîneur-chef D. J. Smith a vanté la « chimie » qui a opéré entre les deux attaquants russes, bien servis à la vitesse du jeune Alex Formenton à leur gauche. « C’est un des joueurs les plus rapides avec lesquels j’ai joué à ce jour », a d’ailleurs souligné Dadonov, auteur de deux buts.

Le gardien voyageur

Anton Forsberg est loin d’être le favori des poolers, et pour cause. À 28 ans, il disputait samedi seulement son 50e match dans la LNH. Sa dernière victoire remontait au 7 mars 2020, alors qu’il portait l’uniforme des Hurricanes de la Caroline. Et la précédente, au 24 mars 2018, comme membre des Blackhawks de Chicago. Les Sénateurs constituent sa sixième équipe depuis ses débuts dans la LNH, et la quatrième en 2021 seulement. Embauché par les Oilers d’Edmonton pendant la saison morte, il a été réclamé au ballottage successivement par les Hurricanes, les Jets de Winnipeg puis les Sénateurs, qui lui ont enfin donné un premier départ la semaine dernière, soldé par une défaite en prolongation. Le mot « soulagement » n’est sans doute pas assez fort pour exprimer ce qu’a ressenti le Suédois, décrit par son entraîneur comme un « battant ». « Ça fait toujours du bien de gagner, mais cette victoire-là est plus spéciale que les autres, a avoué Forsberg. C’est bon pour la confiance. Ça me permettra d’être plus relax et de passer à autre chose. »

Anderson, enfin

Après avoir connu un début de saison tonitruant, avec 9 buts à ses 13 premiers matchs, Josh Anderson s’est passablement assagi, n’ajoutant que 2 filets au cours des 17 duels suivants. Le gros ailier avait toutefois fait perforer sa carte d’ouvrier en entrant au Centre Bell, samedi. Il a déjoué Forsberg d’un tir parfait en deuxième période pour ramener la marque à 2-2 et a remis ça, tard dans la période, en profitant notamment du travail acharné de Corey Perry devant le filet. Après la rencontre, Anderson a expliqué avoir profité des conseils du vétéran Perry, qui a joué à l’aile gauche du trio piloté par Nick Suzuki. « Il a apporté de bons points, j’ai essayé de l’écouter », a dit Anderson sur sa conversation avec son coéquipier. Dominique Ducharme a pour sa part souligné que son joueur avait connu un match « solide », et que son premier but lui avait « donné des ailes », lui fournissant le « déclic » dont il avait besoin pour sortir de sa disette. « Il y a une partie mentale là-dedans », a reconnu l’entraîneur, selon qui Anderson est « reparti ». On le lui souhaite.

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