La ceinture sauve (encore) la vie

On pensait qu’attacher sa ceinture de sécurité en auto était acquis comme se brosser les dents.

On était convaincus que le temps où les conducteurs s’asseyaient sur leur ceinture était révolu. Eh bien non. Il y a encore des automobilistes qui boudent la ceinture, au risque de leur vie.

Les plus récentes statistiques, dévoilées la semaine dernière par la Sûreté du Québec, sont troublantes : 30 % des victimes d’accidents mortels en 2022, c’est-à-dire 79 personnes, n’étaient pas attachées. On en comptait en moyenne 54 par année entre 2013 et 2017.

Ces données recueillies sur le territoire de la SQ, et qui n’incluent donc pas les grandes villes, font écho aux statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) qui arrivent au même constat : un peu moins du tiers des victimes ayant perdu la vie dans un accident de la route au cours des dernières années ne portaient pas leur ceinture.

Pourtant, la loi qui oblige les conducteurs et leur passager avant à s’attacher ne date pas d’hier. Elle est entrée en vigueur en 1976 ! Et cela fait 33 ans que les passagers arrière doivent obligatoirement la boucler eux aussi. Qu’est-ce qui n’est pas clair ?

Une étude sur le port de la ceinture de sécurité réalisée en Belgique en 2018 – alors que la proportion de personnes mortes dans un accident de la route qui ne portait pas sa ceinture atteignait 46 % ! – identifiait quelques-unes des attitudes des conducteurs délinquants : la distraction, le confort, le fait de parcourir une très courte distance ou de rouler à très basse vitesse. Les auteurs de l’étude notaient aussi que les femmes étaient légèrement plus nombreuses que les hommes à porter leur ceinture. Enfin on soulignait que le comportement du conducteur influence beaucoup celui des autres passagers dans la voiture. S’il porte sa ceinture, les autres l’imitent dans une proportion de 95 %.

D’autres statistiques, québécoises celles-là, montrent que plus l’alcoolémie des conducteurs et des passagers impliqués dans un accident était élevée, moins la ceinture de sécurité était portée.

Au CAA-Québec, on suggère une autre explication, plus surprenante : le mouvement proliberté individuelle qui a pris de l’ampleur au cours des dernières années. Pour certains conducteurs, le port de la ceinture obligatoire brimerait leur sacro-sainte « libârté ». C’est une possibilité qu’il ne faut pas écarter.

La dernière campagne de sensibilisation de la SAAQ portant sur la ceinture de sécurité date de 2019. Le slogan – « Attachez-vous tout le temps » – ne brillait pas par son originalité, mais il avait le mérite d’être clair.

Une évaluation de la campagne – composée de messages radio et d’animations diffusés sur le web et dans les réseaux sociaux – a été estimée efficace par la firme de recherche Som. Par contre, 77 % des passagers arrière qui n’avaient pas porté leur ceinture de sécurité au cours des 12 derniers mois précédant la campagne avaient répondu ne pas s’être sentis interpellés par le message de la SAAQ.

Ce sont eux qu’il faut cibler dans la prochaine campagne qui devra être lancée plus tôt que tard. On parle de morts évitables après tout.

Cela dit, un message de sensibilisation seul ne fera pas de miracles.

Il doit être accompagné d’une série de mesures, à commencer par l’obligation pour tous les véhicules d’être dotés d’un système sonore qui avertit les passagers arrière de s’attacher.

On peut également réévaluer le montant des amendes pour les contrevenants, qui vont pour l’instant de 200 $ à 300 $, et qui sont accompagnées de 3 points d’inaptitude. Une amende plus sévère serait probablement plus dissuasive.

Si c’est ce qu’il faut pour rappeler une règle de sécurité aussi évidente que le port de la ceinture, ne tardons pas.

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