L’argent et le bonheur

Bonne nouvelle : les marchés sont en baisse !

L'infolettre L’argent et le bonheur est l’une des nouveautés de la rentrée à La Presse. Notre journaliste Nicolas Bérubé, auteur de deux livres sur l’investissement, y partagera des réflexions sur l’enrichissement, la psychologie des investisseurs, la prise de décisions financières, etc. Disponibles par courriel le mercredi, ses textes seront repris ici les dimanches. Bonne lecture ! – Jean-François Codère, directeur de la section Affaires

Et puis, comment aimez-vous l’année 2022 jusqu’ici ?

Profitez-vous des soldes sur les marchés financiers ?

Pour ma part, j’ai été heureux lors des six premiers mois de l’année, car la valeur des actions canadiennes était en baisse. Elle avait même atteint une belle diminution de 14 % au début du mois de juillet.

J’espérais que les soldes dureraient, mais malheureusement, mon souhait n’a pas été entendu. Le prix des actions a repris du terrain pendant l’été : leur baisse depuis le début de l’année n’est plus que de 8 %.

J’aime les chutes boursières. Je traite du sujet dans mes deux livres succès de librairie Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez, paru en 2019, et De zéro à millionnaire – Investir en Bourse sans souffrir, paru cette année.

Je m’en confesse : je n’ai pas toujours été à l’aise avec les chutes boursières. Quand j’ai commencé à investir sérieusement, il y a une douzaine d’années, la diminution de la valeur de mes actifs me terrifiait. Je trouvais insultante l’idée que des dollars pour lesquels j’avais travaillé fort puissent disparaître pour des raisons obscures, indépendantes de ma volonté, et surtout sans que j’aie eu l’occasion de les dépenser.

Depuis, j’ai acquis un détachement face aux chutes. Je sais que j’investis pour le long terme, et qu’à long terme, on ne s’en sort pas : les risques de vivre des chutes boursières sont de 100 %.

En 2001, Warren Buffett a déclaré : « Pour faire référence à un de mes goûts personnels, je vais acheter des hamburgers le reste de ma vie. Lorsque le prix des hamburgers baisse, nous chantons l’Alléluia dans la famille Buffett. Quand le prix des hamburgers augmente, nous pleurons. »

Le célèbre investisseur a ensuite noté que la plupart des gens pensent comme lui pour tout ce qu’ils achètent dans la vie – sauf pour les actifs financiers. « Lorsque les actions baissent et que vous pouvez en obtenir plus pour votre argent, les gens ne les aiment plus », concluait-il.

À long terme, les marchés boursiers ont connu des rendements moyens de 9 % par année au Canada, et de près de 11 % aux États-Unis. Tout ça malgré les récessions, les conflits armés, les attaques terroristes, Donald Trump, Vladimir Poutine, l’inflation, la COVID-19 et le retour d’ABBA.

Pour espérer profiter de rendements semblables, les investisseurs doivent apprendre à vivre avec les chutes des marchés. Parfois ces chutes durent six mois. Parfois elles durent des années.

Une baisse peut être un bon moment pour revoir ce qu’on a dans son portefeuille. Les investisseurs qui possèdent des fonds négociés en Bourse (FNB) indiciels, c’est-à-dire qui suivent les grands indices boursiers canadiens et américains, comme le S&P/TSX à Toronto et le S&P 500 à New York, peuvent dormir sur leurs deux oreilles en sachant que, dans 100 % des cas, de nouveaux sommets ont été atteints après une baisse.

Ceux qui possèdent des fonds communs de placement, communément appelés fonds mutuels, qui sont des produits financiers pour lesquels un gestionnaire choisit à la pièce les actions qu’ils contiennent, n’ont pas cette chance. Très peu de ces fonds réussissent à égaler la performance des grands indices boursiers, et un nombre plus petit encore réussit à les battre lorsqu’on tient compte des frais de gestion annuels exigés, qui atteignent souvent 2 % de la taille du portefeuille.

Examinons nos actifs et posons des questions sur les frais que nous payons. Comme le dit l’adage : les bonnes performances vont et viennent, les frais de gestion sont pour toujours.

Les marchés vont-ils être en hausse pour les prochains mois ? Ou bien, est-ce que les aubaines vont reprendre ?

Personne ne le sait.

Ce que l’année 2022 devrait nous enseigner, c’est qu’investir à long terme ne veut pas dire que l’on connaît une façon de planer au-dessus de la mêlée et d’éviter ce que les marchés nous font vivre au jour le jour.

Investir à long terme veut dire qu’on sait que la valeur de nos placements va chuter, parfois fortement, mais que l’on trouve une façon de ne pas y réagir. Mieux encore : on trouve le positif dans cette situation. Comme les hamburgers de Warren Buffett.

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