Hedwig et le pouce en furie

Hymne à l’amour (non genré)

Trois ans après la date prévue – ou une pandémie plus tard –, Benoit McGinnis enfilera enfin les talons hauts et la perruque blonde de Hedwig, personnage « punk rock-queer » haut en couleur. Un rôle idéal pour cet acteur doué qui aime se retrouver là où personne ne l’attend.

Entre répertoire et création nichée, téléromans, séries et émissions de variétés, Benoit McGinnis aime explorer des univers et des territoires étrangers. Cet hiver, l’acteur-chanteur sera en vedette dans le télé-crochet musical Zénith animé par Véronique Cloutier (à Ici Radio-Canada), avant de jouer le peintre Francis Bacon, dans l’adaptation théâtrale du roman de Larry Tremblay Tableau final de l’amour, en mai, à l’Usine C.

Mais d’abord, Benoit McGinnis plongera, dès ce jeudi, dans l’univers punk rock de l’adaptation québécoise de Hedwig and the Angry Inch. Un saut dans la marge pour le comédien qui a joué plusieurs rôles classiques (Mozart, Hamlet, Caligula, Néron), mais aussi des auteurs phares du théâtre québécois, dont Tremblay, Bouchard et Boucher.

Créée à New York à la fin des années 1990, l’œuvre de John Cameron Mitchell et de Stephen Trask est devenue un film culte, puis une comédie musicale primée à Broadway (quatre prix Tony en 2014), avec Neil Patrick Harris dans le rôle principal. Dans l’adaptation de ce spectacle de théâtre musical – les chansons ont aussi été traduites en français –, l’acteur touche à plusieurs facettes de son métier. « Je me transforme, je joue la comédie et le drame, je chante avec un band rock. Il y a aussi un côté stand-up, sans quatrième mur, parce que j’interpelle le public. Comme dans un bar ou un cabaret. »

Durant près de 90 minutes, l’acteur se démènera comme un fou sur scène pour faire vivre son furieux personnage. Aidé par son complice artistique depuis plus de 20 ans, René Richard Cyr, qui signe la mise en scène, d’Élisabeth Gauthier Pelletier (qui joue le mari-choriste de Hedwig) et de trois musiciens sous la direction musicale d’André Papanicolaou.

Besoin d’amour

Par amour pour un homme hétéro, Hedwig se fait opérer pour changer de sexe, une opération qui tournera très mal : « pouce en furie » fait référence au reste de son sexe atrophié de quelques centimètres, tel un appendice qui lui rappelle son besoin d’amour. Allant de déception en déception, côté cœur, Hedwig quittera son pays (l’Allemagne) pour se réinventer en Amérique. Devenue une chanteuse rock assez intense, un croisement improbable entre Marjo et Gisèle Lullaby, Hedwig fait des tournées avec son groupe de musiciens, les Pouces en furie, dans des bars partout aux États-Unis. En quête d’amour et de liberté.

Benoit McGinnis précise que ce n’est pas un spectacle de drags ni une pièce sur la transidentité. « On suit la vie d’une personne non binaire, non genrée, qui cherche désespérément l’amour. Hedwig désire rencontrer la bonne personne qui l’aimera follement, l’acceptera comme elle est, avec sa différence. Elle nous raconte sa vie, son désir de trouver sa tendre moitié, celle qui complétera son tout. »

Et ce, même si sa quête amoureuse l’amène à Wichita, au Kansas, une contrée plus ou moins ouverte à la diversité sexuelle au tournant du siècle dernier. Peu importe.

Hedwig aborde la question de la fluidité des genres, avant la lettre. L’idée qu’une personne n’est pas obligée de rentrer dans un moule, une case identitaire, pour vivre sa vie.

« C’est vraiment d’actualité », lance Benoit McGinnis qui a patienté près de 10 ans avant de voir la création québécoise de la comédie musicale. « Quand j’ai vu le spectacle à Broadway, en 2014, je n’ai pas tout saisi du récit à cause de mon anglais. Mais j’ai senti la communauté, le rassemblement, le sentiment du vivre ensemble. Ça fait du bien de voir une histoire qui dit de s’aimer comme on est… sans jugement », explique McGinnis

Hedwig et le pouce en furie constitue donc un hymne à la liberté et à la diversité sexuelles. La production fera une tournée au Québec après la création à Montréal.

Au Studio TD (ex-Astral) à Montréal, du 26 janvier au 4 février. Le spectacle partira ensuite en tournée partout au Québec.

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