Donner à la charité sans réseauter : très 2021

Le fait de donner 800 $ ou 2000 $ à une fondation en échange d’un billet pour une soirée flamboyante ou un évènement sportif non seulement agréable, mais qui offre aussi la chance de frayer avec le gratin du monde des affaires et de faire du réseautage de champion, ce n’est pas exactement la même chose qu’appuyer sur « envoi » pour un virement Interac de la même somme, en survêtement, écrasé devant la télé ou assis devant un bureau à la maison, en télétravail.

Comment faire, alors, en ces temps confinés, pour convaincre les donateurs de faire des chèques à tous ceux qui sollicitent des dons ? Des organismes d’aide fragilisés pour la plupart, par les circonstances.

En cette saison des bals, il n’y aura pas de soirées étincelantes pour étrenner une jolie robe. Et depuis janvier, et ça risque de continuer, pas de quatuor de golf pour placoter avec de potentiels clients ou fournisseurs, pas de concerts avec cocktail, pas de vernissages entassés les uns sur les autres à admirer et à acheter des œuvres d’art pour investir ou encourager directement des artistes, pas de vélo en groupe, pas de partys, rien.

La liste des évènements que les fondations ne peuvent plus faire ne cesse de s’allonger.

Depuis jeudi, même les activités à l’extérieur – qui avaient quand même pu avoir lieu en 2020 – sont remises en question si l’obligation de porter le masque, même dehors, lorsqu’on n’est pas seul, persiste pendant plusieurs mois.

« L’an dernier, on a quand même réussi à aller chercher 50 % des sommes qu’on aurait amassées si on n’avait pas été en pandémie », relate Renée Vézina, directrice générale de la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants. « Mais on ne pensait pas y arriver. Une chance qu’on ne compte pas juste sur l’évènementiel ! »

La fondation a dû annuler son bal et son évènement de vélo, notamment.

Tout comme la Société canadienne du cancer, qui a dû laisser tomber le Bal de la jonquille en 2020 et en 2021, évènement annuel qui lui rapporte, net, plus de 2 millions de dollars.

Heureusement, raconte Liette Guertin, directrice des dons exemplaires et d’entreprises, de la division québécoise de l’organisme, les tables étaient déjà vendues en 2020 quand la soirée a été officiellement biffée du calendrier.

« Quand on a appelé les donateurs un par un pour leur demander de convertir leurs billets en dons, ça n’a pas été trop difficile. »

— Liette Guertin, de la Société canadienne du cancer

L’argent avait déjà été dépensé.

À la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal, même constat : on a demandé aux participants du bal traditionnel de transformer leur achat de billet en don direct quand il est devenu évident que la soirée de novembre n’aurait pas lieu. « Et la très grande majorité, 90 %, a redonné en convertissant le prix de la table en don », affirme Danielle Champagne, directrice générale de la Fondation du Musée. « On n’a pas perdu autant qu’on le craignait. »

Pour le musée aussi, le bal annuel est un évènement de financement majeur. En 2019, il a permis à l’établissement d’aller chercher une somme nette de 1,6 million de dollars.

Donc, en 2020, le choc a été amorti, car les sommes déboursées par les habitués des bals étaient là aussi souvent déjà versées. « Notre bilan a été en dessous des attentes habituelles, mais pas tant que ça. »

Et en 2021 ? Il n’y aura pas de bal non plus. Cela diminue les dépenses de la fondation, qui organise toujours un évènement spectaculaire.

Mais le côté « réseautage » qui rend l’activité intéressante pour les gens d’affaires n’a pas lieu. Le plus ? Quand tout se passe virtuellement, il y a plus de participants de l’extérieur de Montréal. Ç’a été le cas au vernissage en ligne de l’exposition sur Riopelle.

Pour le reste, la fondation se concentrera sur d’autres stratégies. Un encan virtuel a particulièrement bien fonctionné.

Isabelle Morin, chez Mission inclusion – anciennement L’Œuvre Léger –, fait le même constat : les outils « virtuels » permettent de recueillir des appuis plus loin.

« On va chercher de nouvelles personnes. »

— Isabelle Morin, de Mission inclusion

Mais parmi les activités phares de la fondation, il y a beaucoup de vélo. Comment est-ce que ces activités sportives de groupe seront-elles encadrées, avec les nouvelles règles sur le port du masque à l’extérieur ?

Du côté de la Société canadienne du cancer, on a adopté une tout autre stratégie pour 2021, explique Liette Guertin.

Absolument rien qui exige la présence de quiconque dans un lieu dit.

On a choisi la sollicitation directe pour des dons majeurs auprès des grandes entreprises. À l’ancienne. Avec appels personnalisés. Démarchage sans feu d’artifice. Une opération qui marche bien, dit la directrice, qui, comme toutes les personnes interviewées pour cet article, a constaté une solidarité et une générosité particulières, accentuées par les circonstances.

Mais la société vise quand même uniquement 40 % de ses objectifs habituels… On a baissé la barre.

Organiser autre chose ? Une formule à distance qui reproduit l’énergie printanière du bal ? Avec rencontres virtuelles, repas et champagne livrés sans contact à la maison ?

« Il y a une certaine fatigue de l’écran », souligne Mme Guertin.

« Les chefs d’entreprise qui passent leur journée devant un écran n’ont pas tous envie de passer une soirée de plus devant un écran. »

— Liette Guertin, de la Société canadienne du cancer

L’Orchestre Métropolitain (OM) a adopté, quant à lui, une autre approche.

Partenaire depuis toujours avec l’hôtel Le Germain, qui loge les artistes invités de l’OM provenant de l’extérieur, l’orchestre a organisé une soirée où les donateurs seront présents à l’hôtel, mais chacun dans leur chambre et en lien par vidéoconférence. Donc, il y aura du réseautage à distance. Mais aussi de l’animation et des entrevues avec des artistes menées par le chef Yannick Nézet-Séguin, des interludes musicaux, un repas gastronomique servi sans contact à chaque chambre.

« Et les invités vont tous arriver à des heures différentes », précise Céline Choiselat, directrice, financement et partenariat, de l’OM. « C’est tout un défi logistique », note-t-elle. Pour les équipes de l’hôtel, notamment. « Mais les donateurs auront le sentiment de vivre un moment unique, en toute sécurité. »

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