Témoignage

Ce n’était pas un cas pour les urgences…

L’auteure s’adresse au ministre de la Santé, Christian Dubé.

M. Dubé, je prends quelques minutes pour vous raconter comment s’est passée ma démarche lorsque j’ai tenté de trouver un médecin qui pourrait voir mon petit-fils de 6 mois.

Mercredi dernier, ma belle-fille me dit être préoccupée par l’état de santé du petit dernier. Zach est enrhumé depuis trois semaines. Il ne fait pas de fièvre, mais il est congestionné. Les sécrétions nasales sont vertes et épaisses. Bien sûr, depuis trois semaines, elle lui fait des instillations trois à quatre fois par jour pour le soulager, mais il n’y a pas d’amélioration. En plus, elle trouve que le petit est moins enjoué, plus amorphe.

Elle appelle au bureau du médecin de Zach depuis trois jours. Malheureusement, il est débordé et ne peut pas le recevoir. À chaque appel, on lui recommande d’aller dans une clinique sans rendez-vous. Ça fait trois jours qu’elle tente d’avoir une place dans une de ces cliniques, mais c’est toujours complet.

Elle s’interroge : « Devrais-je aller aux urgences ? » « Non », que je lui dis. Les urgences débordent, particulièrement les pédiatriques. Et ce n’est pas un cas pour les urgences.

Mais, voilà le problème, le bébé a besoin d’une consultation médicale qu’elle n’arrive pas à avoir… Alors, elle a mis son réveille-matin à minuit la nuit suivante en pensant que, peut-être, les cliniques ouvraient des plages à cette heure-là. Ça a l’air bizarre comme ça, mais, à ma clinique médicale, c’est comme ça que ça fonctionne. Elle a essayé, en vain, jusqu’à 4 h 30 du matin. Vers 6 h 30, j’ai pris le relais. Voilà ce que j’ai fait : assise devant mon ordinateur, ma tablette et mon cellulaire à portée de main, j’ai ouvert trois fenêtres sur l’ordinateur, une sur ma tablette et une sur le cellulaire. Ensuite, j’ai communiqué avec les trois services qui offrent du « sans rendez-vous » : Rendez-vous santé Québec, Bonjour-santé et Clic Santé. Sans arrêt, j’ai demandé des rendez-vous. Et j’ai rafraîchi les pages, et j’ai redemandé des rendez-vous. Ça disait : « il n’y a pas de plages disponibles », « la plage n’est plus disponible », « réessayez plus tard », etc. Ma belle-fille, quant à elle, essayait de communiquer avec sa clinique (la ligne était continuellement occupée) et elle attendait que le 811 la rappelle.

Bien sûr, elle devait aussi préparer sa plus vieille pour la garderie, faire déjeuner les enfants, habiller le petit, le consoler, l’instiller, le consoler, habiller la plus grande, brosser ses dents, consoler le bébé… vous voyez le topo ? Alors, bien sûr, elle n’aurait pas pu faire ce que je faisais en plus.

Finalement, à 8 h 45, soit deux heures et demie plus tard, j’ai eu un rendez-vous pour le petit, à Laval. Prenez note que nous habitons Repentigny ! Alors, imaginez ce qu’aurait fait ma belle-fille si elle n’avait pas eu de voiture et une belle-mère à la retraite disponible et « habiletée » à naviguer sur l’internet ? Bien, elle serait allée aux urgences, voilà.

Ai-je besoin de rajouter quelque chose ? Au cas où vous seriez inquiet pour Zach, on lui a donné des antibiotiques pour traiter une surinfection bactérienne. Il devrait s’en remettre rapidement. Ce n’était pas un cas pour les urgences…

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