Reportages touristiques d’antan

Égypte, Liban et Grèce
à la recherche des grandes civilisations

Il faudra encore patienter un peu avant de pouvoir s’envoler vers des destinations éloignées. En attendant, pourquoi ne pas explorer les archives de La Presse et lire des reportages touristiques d’une autre époque ? Certains ont assez bien vieilli, d’autres moins. Au cours des prochaines semaines, nous présenterons de petites trouvailles qui nous permettent de voir le monde à travers les yeux des voyageurs de l’époque.

Au début des années 60, prendre l’avion et traverser l’Atlantique, c’était une grande aventure. Il n’était pas question de faire une petite virée d’une semaine. Tant qu’à se déplacer, on partait pour longtemps. C’est ainsi qu’en 1962, le journaliste Alfred Ayotte effectue un grand périple en Égypte, au Liban et en Grèce, qui lui donne l’occasion d’écrire sept grands reportages. Il s’imprègne des vestiges des grandes civilisations, mais découvre également la société contemporaine. Il décrit son voyage avec honnêteté, rapportant autant les splendeurs des pays qu’il visite que leur misère.

Avant de nous engager vers les villes et les monuments de l’Antiquité, ceux d’une période de quelque 5000 ans avant Jésus-Christ, jetons un coup d’œil sur Le Caire, ville étendue et contrastée, aux quartiers modernes et cossus à côté de secteurs pauvres et délabrés, aux mosquées nombreuses et datant souvent du Moyen Âge, aux églises coptes des premiers siècles chrétiens, près desquelles il faut circuler avec précaution tellement la misère et les ordures s’étalent partout.

Dans les différentes rues, le touriste est vite repéré. Sur lui s’abattent alors comme des moucherons des mendiants, jeunes et moins jeunes, qui le harcèlent de cet éternel susurrement : bakchich ! Bakchich ! Il faut beaucoup de patience pour ne pas réagir violemment. On recommande de ne rien donner, car si vous donnez à un, vous déchaînez une émeute.

En 1962, les Égyptiens s’apprêtaient à construire le barrage d’Assouan, qui devait faire monter le niveau du Nil de 50 à 60 m, avec les conséquences que cela représentait.

Après avoir visité Assouan, ville destinée à devenir un centre industriel, après avoir musé le long de son boulevard en regardant les felouques se balancer sur le fleuve, après avoir parcouru les sentiers de l’île Éléphantine et enfin, après avoir aperçu le soir la veilleuse du mausolée de l’Aga Khan, nous avons pris le bateau « Abou Simbel » pour nous rendre à Abou Simbel même, près de la frontière soudanaise.

Abou Simbel était l’un des sommets de notre voyage en Égypte. C’est parce qu’il est menacé d’inondation, de déplacement ou au moins de changement d’aspect que nous avons voulu le voir, cette année, avant qu’il soit couvert d’échafauds ou inapprochable.

Le voyage sur le Nil, élargi à la suite du triple exhaussement du barrage actuel d’Assouan, est monotone, désolant. Les anciennes bandes vertes sont noyées, les rives ne sont plus formées que de pierre et de sable. Quelques villages cuisent au soleil. Les chefs de famille doivent aller gagner livres et piastres à la ville. Autrement, c’est la misère noire.

Après ce trajet peu attrayant, Alfred Ayotte apprécie beaucoup les deux temples du site archéologique d’Abou Simbel. Il serait heureux d’apprendre qu’ils ont effectivement été sauvés des eaux et déplacés en lieu sûr.

Ses aventures en Égypte ne sont cependant pas terminées.

Au moment de remonter en voiture, une femme – toute de noir vêtue bien entendu – veut à tout prix nous vendre une poule vivante. Elle la plonge dans l’auto sur les genoux de mon compagnon. Mais qu’est-ce que deux touristes peuvent bien faire d’une poule, même au pays des Pharaons ?

Le « charmant petit Liban »

Par la suite, Alfred Ayotte est carrément conquis par le Liban, qu’il appelle le « charmant petit Liban ».

Petit ? C’est vrai, le Liban ne représente qu’une fraction de la province de Québec. En quelques heures de voiture, vous le traversez du sud au nord et de l’ouest en est.

Charmant ? Les villes sont anciennes mais modernes à la fois. Riches d’histoire comme Beyrouth, elles offrent au voyageur d’excellents hôtels, musées, magasins, etc. La campagne est riante : elle abonde en céréales et en fruits. En raison de la chaleur des mois d’été, au bord de la mer, nombre de familles s’installent à quelque distance de la capitale. Aussi, accrochés à la montagne, on voit d’innombrables villages à une altitude plus fraîche.

Le journaliste arrive rapidement à des conclusions que certains pourraient contester.

Le Libanais paraît en santé, son allure est allègre, désinvolte. On constate rapidement que dans ce pays tout le monde a un toit, mange à sa faim et que nombre de gens connaissent le luxe.

Charmé par les monuments grecs, moins par ses restaurants

Arrivé en Grèce, Alfred Ayotte se précipite vers les chefs-d’œuvre de l’Antiquité qu’il décrit de façon très imagée.

À peu de distance de la « mâle beauté du Parthénon » se dresse un temple d’allure plus légère, plus féminine, décoré d’ailleurs de Caryatides, c’est l’Érechthéion. Le Portique des Corés ou des Caryatides est le motif le plus original de ce monument. En guise de colonnes, six statues de jeunes filles se dressent, vêtues de longues robes ioniennes, et supportent l’architrave. Sont-elles fatiguées de cette attitude rigide ou a-t-on peur qu’elles ne perdent connaissance, comme ces soldats trop longtemps tenus au garde-à-vous, dans les revues militaires ? On a placé à côté de chacune d’elles une colonnette de fer. Que ne l’enrobe-t-on de marbre pour ne pas briser l’harmonie de l’ensemble ?

Le journaliste n’est toutefois pas conquis par la cuisine grecque, et ce qu’il écrit fait quelque peu sursauter le lecteur de 2021.

Le soir, nous trouvons difficilement un bon restaurant. Le représentant d’une agence de voyages nous tirera d’embarras. Il faut dire qu’il y a peu de restaurants à Athènes. Apparemment, les gens vont manger à la maison, même le midi. Les autobus sont nombreux et bon marché. Il y en a plein les rues. D’autre part, la cuisine grecque n’a jamais flatté le palais.

Toutefois, il y a des choses qui changent peu. Apparemment, en 1962, le gouvernement canadien (ou serait-ce le gouvernement québécois ?) parlait d’austérité. D’où la conclusion d’Alfred Ayotte à la fin de son périple, alors qu’il s’apprête à quitter la Crète.

Nous musons dans quelques magasins de souvenirs. Nous voudrions rapporter tel et tel vase, aux jolis symboles crétois, mais nous voyageons par avion. Nous pratiquons l’austérité, avant le décret de notre gouvernement, à cause de la limitation du poids des bagages.

On peut naviguer dans les archives de La Presse, et d’autres journaux québécois, sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BanQ).

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