LNH

Pour ou contre une division canadienne ?

Chaque semaine, deux journalistes de la section des sports s’affronteront dans une joute rhétorique parfois sérieuse, souvent moins. Pour briser la glace, Richard Labbé et Simon-Olivier Lorange se questionnent aujourd’hui sur l’idée d’une division toute canadienne à la reprise du jeu dans la LNH cet hiver.

Richard

Des fois, quand j’apprends une mauvaise nouvelle, j’ai tendance à accrocher sur le bout de la mauvaise nouvelle qui me fait vraiment de la peine. Dans ce cas-ci, avec une division toute canadienne, ce qui me fait de la peine, c’est que le Canadien n’ira plus jouer en Californie, et que nous, par le fait même, nous n’irons plus en Californie non plus. Sais-tu ce que ça peut faire sur le mental, Simon-Olivier, la Californie ? C’est prouvé, les palmiers ont un effet apaisant sur le système nerveux.

Simon-Olivier

Je reconnais ici ton vieux réflexe de « gars de beat » assoiffé d’aventures, d’escales interminables et de points Marriott. Mais, comme le hockey, il n’y a pas que ça dans la vie. Bien sûr qu’il n’y aura plus la Californie, mais ça veut aussi dire qu’il n’y aura plus Buffalo. Et à ce compte, tout le monde gagne – sauf Guillaume Lefrançois, principal buffalophile en Amérique, mais ça, c’est un autre dossier. Je porte à ton attention, en contrepartie, la perspective de multiplier les duels du Canadien contre les Maple Leafs de Toronto, les Canucks de Vancouver et les Oilers d’Edmonton. Auston Matthews, Elias Pettersson et Connor McDavid à répétition, ça aide à passer l’hiver, non ?

Richard

Tu apportes tant d’excellents points, Simon-Olivier, mais laisse-moi te poser la question qui, sans tuer, fait tout de même assez mal : que fais-tu des partisans ? Tu sais, ceux qui vont devoir aller se risquer dans les arénas ou se risquer à regarder jouer les Sénateurs d’Ottawa une douzaine de fois, sinon plus ? Que fais-tu de ces gens-là ? Penses-y bien : un calendrier au contenu 100 % canadien va les priver de Sidney Crosby, d’Alexander Ovechkin, et aussi de Jacob de la Rose. Est-ce vraiment le genre de valeurs que l’on souhaite léguer à nos enfants ? Et puis les cotes d’écoute à la télé, déjà pas fameuses cet été, vont certes pâlir de ce menu constamment remâché, avec les mêmes noms et les mêmes équipes.

Simon-Olivier

Je t’entends, cher ami, je t’entends. Je pourrais monologuer pendant des heures sur cette occasion inédite de célébrer le fédéralisme canadien, mais n’allons pas là. Plus sérieusement, ça me peine de te voir déverser ton fiel sur les Sénateurs, car je te rappelle que leurs passages répétés au Centre Bell signifieraient une présence soutenue d’Alex Galchenyuk, et ÇA, ça n’a littéralement pas de prix. Au fait, est-ce un joueur de centre ou un ailier ? Mettons une épingle là-dessus pour un débat futur. Dans la même veine, comment peux-tu cracher sur de multiples visites au centre Canadian Tire de Kanata ? La soirée « smoked meat et pierogis » de janvier dernier (histoire vraie) me fait encore rêver.

Richard

Je ne veux surtout pas jouer au gars qui a vu des affaires avant même que tu sois né, Simon-Olivier, mais je vais le faire pareil : jadis, on avait Canadien-Nordiques. Comprends-tu ? Cette rivalité fut si intense et fabuleuse qu’il en résulta des familles déchirées, des divorces et des enfants qui ont dû changer d’école. Bref, c’était le bon temps, et puis j’ai beau chercher, je ne vois pas comment 12 matchs Canadien-Sénateurs ou 12 duels Canadien-Jets vont être en mesure de nous ramener cette belle époque. C’est un peu ce qui me turlupine par rapport à cette idée de division toute canadienne, pour être bien honnête.

Simon-Olivier

Je suis terriblement surpris de ton empressement à l’idée de passer la frontière de nouveau, sachant que notre rencontre d’équipe du mois de septembre a dû avoir lieu dehors, bercée par l’ambiance sonore du chantier de construction adjacent, car Monsieur ne voulait pas s’asseoir dans un café prétendument infesté de COVID-19. Sur le plan sanitaire, tout a du sens dans cette division canadienne. Tout est très loin d’être parfait dans le plus-meilleur-pays-du-monde, mais la crise y est nettement mieux contenue que chez nos amis américains.

Couvrir un solide Canadien-Leafs en sécurité ou un soporifique Canadien-Panthers dans l’un des pires foyers d’infection du continent ? J’ai fait mon choix.

Richard

Je ne vais certes pas te reprocher ton manque d’enthousiasme face à Sunrise, une destination qui, comme tu le sais, est un genre de Kanata, mais avec des palmiers. Crois-moi, jeune collègue prudent, je suis le premier à sauter dans le train du respect des règles sanitaires, et si on peut sauver des milliers de vie en échange de 12 matchs Canadien-Sénateurs, qui suis-je pour juger ? Alors ce sera ça. Je me demande seulement si la ligue pourra nous donner un calendrier digne de ce nom avec un contenu aussi répétitif. Il y a des années que les patrons du circuit, Gary Bettman en tête, insistent sur l’importance de ramener le concept des rivalités régionales. Eh bien, merci à la COVID-19, on va en voir, du hockey régional !

Simon-Olivier

Je suis content que tu sois content, Richard. Et puisque tu me parles de rivalités régionales, permets-moi de te rappeler la saison 2003-2004, au cours de laquelle le Canadien avait affronté Hal Gill et les Bruins de Boston un total de 15 (!) fois, en incluant les matchs préparatoires (2), la saison (6) et les séries éliminatoires (7). Que je sache, tout le monde avait survécu. Voilà une énième preuve que l’histoire se répète, et à voir l’année 2020 aller, je ne serais même pas surpris si Alex Kovalev tentait un retour à Montréal. À défaut de voyager, on pourrait au moins dire qu’on aura été divertis.

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