Au nord d’Albany

Pourquoi fuir ?

Dans Au nord d’Albany, premier long métrage de Marianne Farley à titre de réalisatrice, Céline Bonnier incarne une mère qui fuit Montréal pour les États-Unis sur un coup de tête pour protéger sa fille – jouée par Zeneb Blanchet – qui a fait un geste grave. Entrevue avec les artisans du drame familial à l’atmosphère de thriller et de road movie.

Se retrouver seule avec ses deux enfants dans un village perdu de la Nouvelle-Angleterre après une panne automobile ? C’est véritablement arrivé à Marianne Farley et c’est l’intrigue à l’origine d’Au nord d’Albany.

« C’était tellement absurde comme situation. Il fallait que cela serve à quelque chose », raconte celle qui cosigne le scénario de son premier long métrage avec son compagnon de l’époque, Claude Labrie. « L’idée d’être pris dans le village était intéressante d’un point de vue narratif. Mais il fallait que ce soit à cause d’une fuite… »

La fuite au cœur d’Au nord d’Albany s’avère celle du personnage d’Annie (Céline Bonnier) qui décide sur un coup de tête de quitter Montréal pour aller se réfugier chez le père de sa fille aînée en Floride, parce que cette dernière a fait un geste grave dont elle n’est pas pleinement responsable (on apprend rapidement dans le film qu’elle est victime d’intimidation).

« Au fond, c’est quoi, être un bon parent ? Tu veux bien faire, mais tu fais des erreurs. »

— Marianne Farley

Annie et ses enfants sont à peine rendus dans la région des Adirondacks quand leur voiture tombe en panne. Le garagiste, Paul (Rick Roberts), ne peut remplacer sur-le-champs la pièce à réparer, si bien qu’Annie et ses enfants doivent louer une chambre dans un motel crade. Pendant leur séjour imprévu, ils noueront des liens avec la famille de Paul, hanté lui aussi par un passé trouble.

Un film bilingue

Rares sont les films québécois qui se déroulent dans un cadre nord-américain avec des protagonistes anglophones. Cela allait de soi pour Marianne Farley, qui vient d’une famille bilingue. Pour elle, c’était même riche de faire rencontrer des clans francophone et anglophone.

« Cela se prêtait avec le thème de l’incommunicabilité du film et celui de la complexité des relations quand on a des vécus différents. Ultimement, le film dit que nous avons tous des souffrances communes dans lesquelles on finit par connecter », expose- t-elle.

La cinéaste voulait confier le rôle d’Annie à Céline Bonnier et une conversation sur un banc de parc de deux heures a suffi pour convaincre l’actrice. Pour celui de Paul, elle avait en tête l’acteur canadien Rick Roberts. « Il jouait mon mari dans l’adaptation anglophone de Nouvelle adresse, rappelle Marianne Farley. Rick est un acteur hyper généreux. Il a une vulnérabilité hyper touchante et je le voyais avec Céline. »

« Céline a à la fois une force de caractère et une grande sensibilité, poursuit la réalisatrice. Je savais que je pouvais aller loin avec elle pour un personnage pas facile qui est sur la défensive, en souffrance et qui prend des décisions irrationnelles. »

Dans la série Une affaire criminelle, Céline Bonnier incarne aussi une mère prête à tout pour défendre ses enfants, mais Annie est beaucoup moins expressive. « Annie retient les choses », dit-elle.

Un tournage difficile

Le tournage d’Au nord d’Albany a eu lieu à l’automne 2020 alors que les mesures sanitaires étaient les plus strictes. « C’était difficile, se remémore Céline Bonnier. La première journée de tournage était au bord d’une autoroute. Il pleuvait et il faisait froid. Je me souviens que les gens étaient masqués et habillés en noir. »

Heureusement, Zeneb Blanchet était colocataire avec Kelly Depeault, avec qui elle avait joué dans La déesse des mouches à feu. Elles étaient considérées comme « dans la même bulle », ce qui facilitait les scènes intenses d’intimidation qu’elles avaient à jouer.

« C’était une super occasion de pouvoir travailler avec les deux. Elles avaient une aisance qui leur a peut-être permis d’aller plus loin », souligne Marianne Farley.

Céline Bonnier vante le talent et la personnalité de Zeneb Blanchet, qui a multiplié les rôles à la télévision, notamment dans Toute la vie et Audrey est revenue. « C’est une femme intelligente, éveillée… »

À bien y penser, poursuit Céline Bonnier sans toutefois généraliser, son personnage et celui de sa fille démontrent peut-être à quel point la plus jeune génération « est plus frontale et assumée » alors que la sienne est peut-être plus dans la… fuite.

Quant au personnage du petit frère incarné par Eliott Plamondon, il apporte de la candeur au film. « Je suis là pour défaire les conflits », dit le principal intéressé. « Il est la petite bulle d’oxygène », ajoute celle qui joue sa mère.

Tous les acteurs soulignent la rigueur de Marianne Farley derrière la caméra malgré le budget modeste du film. Les multiples prises étaient exigeantes, mais salutaires, souligne Zeneb Blanchet. « D’une scène à l’autre, je pouvais explorer et j’ai apprécié ça pour mon premier rôle au cinéma, aussi chargé d’émotions. »

« À la toute fin du film, il y a une scène que j’ai trouvée magique à tourner, poursuit l’actrice de 19 ans. Je sentais l’énergie qui se partageait avec Céline. C’était un moment de lumière et de libération pour les personnages. »

On confirme que cette scène est puissante. Vous pourrez la voir au cinéma à partir du 2 décembre.

Premier long métrage

Au nord d’Albany constitue le premier long métrage à titre de réalisatrice de Marianne Farley, qui a eu beaucoup de succès avec ses deux courts métrages. Marguerite a été nommé aux Oscars alors que Frimas a été présenté dans plusieurs festivals. Marianne Farley assurera par ailleurs la réalisation d’un deuxième film, La fauche, un drame de science-fiction écrit par Camille Trudel et produit par sa boîte Slykid & Skykid.

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