Manifestations contre la violence conjugale

« On a besoin des hommes, pas juste des femmes »

Huit femmes tuées en huit semaines, laissant une vingtaine d’orphelins. Ébranlées par la récente vague de féminicides, de nombreuses personnes se sont mobilisées partout au Québec pour honorer la mémoire des victimes de ces crimes et dénoncer un budget décevant en matière de lutte contre la violence conjugale.

Près de 2000 personnes se sont réunies vendredi après-midi au parc La Fontaine, point de départ de la marche à Montréal.

Sur les nombreuses pancartes, les slogans côtoyaient les noms des huit femmes assassinées dans les deux derniers mois. Certaines auraient été rouées de coups ou poignardées par un conjoint violent.

Les cris indignés des manifestants dénonçaient une triste réalité : la violence conjugale demeure un fléau mortel dans la province et les femmes en paient le prix.

« On est tannées d’être violées, agressées, tuées et violentées et d’être au bas de la liste quand les budgets sortent. »

— L’une des organisatrices de la manifestation dans un discours prononcé durant l’évènement

« On a vécu avec mes quatre enfants de la violence et je suis toujours vivante pour en parler. Je suis ici avec eux pour dire qu’on ne tolère plus ça, mais aussi pour signaler que trop de femmes dans mon entourage sont prises là-dedans », confie Lia Sukiasyan, des trémolos dans la voix. Portant une veste décorée d’un ruban blanc, elle joint sa voix à la clameur de la foule en serrant la main de son fils.

« Ces victimes-là, ça pourrait être des sœurs, des voisines, des amies. Ça fait huit en huit semaines… », soupire Roxanne Bélisle.

« On doit être solidaires et signaler les comportements problématiques. On ne va plus faire comme si de rien n’était », pense son amie Julie Penhouet.

La marche s’est terminée dans le calme. Vers 16 h, les discours ont pris fin au rythme des tambours et des applaudissements.

« Un signe d’espoir » pour les organismes

« Une vigilance doit se développer dans la société pour prévenir cette violence », explique la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse.

« On a besoin des hommes, pas juste des femmes », a-t-elle ajouté.

L’implication du gouvernement Legault est la bienvenue, mais le comité gouvernemental sur la violence conjugale doit se doter d’une équipe spécialisée, plaide-t-elle.

Pour Claudine Thibaudeau, de SOS violence conjugale, les manifestations sont un « signe d’espoir ». « Le fait d’avoir une population qui s’indigne et qui est ouverte à en parler, en s’éloignant du stéréotype et du jugement des victimes, ça peut faire une énorme différence. »

« Face à un budget particulièrement décevant la semaine dernière, nous avons interpellé le gouvernement avec des demandes précises. […] Le gouvernement ne peut pas se priver de notre expertise. »

— Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Il faut être à l’écoute des premiers signaux d’alarme, poursuit-elle. Une femme qui refuse constamment toutes les invitations, qui change de comportement en présence de son conjoint, par exemple.

Selon nos informations, des discussions sont en cours entre Québec et les organismes d’hébergement pour femmes afin d’augmenter leur budget, qui est actuellement de 22,5 millions sur cinq ans.

Du côté des 31 organismes qui viennent en aide aux hommes violents, la somme allouée par le gouvernement est de 5 millions sur cinq ans. Dans les deux cas, la somme est jugée insuffisante.

D’autres manifestations ont eu lieu simultanément dans une vingtaine de villes, dont Québec, Gatineau, Sherbrooke, Rimouski, Baie-Comeau, Rouyn-Noranda, Cap-aux-Meules, Cowansville, Longueuil et Matane.

À Québec, devant l’hôtel du Parlement, une centaine de personnes se sont couchées sur le sol lors d’un die-in, à la mémoire des victimes de féminicide.

Huit femmes en huit semaines

Kataluk Paningayak, 43 ans, retrouvée morte la semaine dernière à Ivujivik, dans le Grand Nord, aurait été tuée par son conjoint, a confirmé la Sûreté du Québec vendredi matin.

Rebekah Harry, 29 ans, a succombé à ses blessures le 23 mars. Elle aurait été battue par son conjoint. Sa famille organise d’ailleurs une marche à sa mémoire, ce samedi, en fin d’après-midi. Son frère Teddy Frenette prendra la parole.

Myriam Dallaire, 28 ans, et sa mère, Sylvie Bisson, 60 ans, ont été violemment assassinées début mars dans leur domicile de Sainte-Sophie, dans les Laurentides. L’ex-conjoint de Myriam Dallaire est accusé du double meurtre.

Le 19 mars dernier, le corps inerte de Nadège Jolicœur a été découvert par un passant à Saint-Léonard, dans un taxi. Elle aurait été poignardée par son conjoint, qui s’est donné la mort.

Elisapee Angma, mère de quatre enfants, a été tuée dans sa résidence par son ex-conjoint le 5 février.

Nancy Roy, femme de Saint-Hyacinthe prise dans une relation toxique, aurait été poignardée par son conjoint en février dernier.

Fin février, Marly Édouard a aussi perdu la vie à Laval après avoir reçu une balle à la tête. Selon nos informations, elle aurait reçu des menaces peu avant sa mort et craignait pour sa vie.

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