Témoignage

Ma vie (4)

Dans la chronique précédente du 15 mars...

Après avoir vécu l’une des plus belles expériences de ma vie sur le chantier de la Baie-James, j’ai été muté par l’entreprise dans les Laurentides pour l’installation des pylônes qui allaient servir à acheminer le courant produit par la centrale. Avec l’argent gagné, je me suis acheté une Mustang et je suis revenu vivre à Saint-Eustache.

Le début des troubles

À mon retour à Saint-Eustache, je me suis amouraché d’une jolie fille qui travaillait dans un bar. Elle avait 29 ans alors que j'en avais 20. En la fréquentant, je me suis mis à boire, plus que raisonnablement. Le jour, je travaillais dans les Hautes-Laurentides, puis je passais la soirée au bar avec elle jusqu’aux petites heures du matin. Je partais ensuite pour le boulot, à 5 h 30 le matin.

Malheureusement, ce rythme de vie a largement nui à ma ponctualité. L’inévitable arriva.

Un matin, mon patron m’a annoncé que je ne travaillais plus pour eux. Plus rien ne m’empêchait alors de faire la fête. Et au lieu de me chercher un autre travail, je me suis mis à boire encore plus, passant tout mon temps entre les bars et le billard.

L’accident

Un soir, à la sortie d’un bar, j’ai croisé un couple qui faisait du pouce et les ai raccompagnés jusqu’à Montréal, pied au plancher. À l’approche de chez eux, les gyrophares allumés de trois voitures de police se reflétaient dans mon rétroviseur. Aussitôt garé, un des policiers a ouvert ma porte. Arrêté pour avoir roulé à 150 km/h dans une zone à 50 km/h, il m’a dit que des petits farceurs comme moi, il en ramassait quelques-uns par semaine dans le champ. Mais en le regardant dans les yeux, je lui ai répondu d’un air effronté qu’il n’était pas près de m’y voir.

Dix jours plus tard, je raccompagne un de mes chums après une soirée tequila bien arrosée, et je perds le contrôle de ma Mustang. Je m’étais endormi. Mon ami n’a rien eu, heureusement.

À mon réveil à l’urgence, le médecin m’a informé que je souffrais d’une légère commotion cérébrale, que ma voiture était rentrée dans un restaurant et qu’elle s’était arrêtée en défonçant le comptoir. Encore chanceux que c’était la nuit et que tous les clients et travailleurs avaient quitté les lieux !

Quelques jours plus tard, je me suis présenté au poste de police pour récupérer le rapport d’accident qui m’a été remis par nul autre que le policier qui m’avait arrêté pour excès de vitesse. Avec un grand sourire, il n’a donc pas attendu pour me dire : « Je t’avais bien dit que je te ramasserais quelque part un jour. »

Le retour de Gaétan

C’est après mon accident que mon frère Gaétan refait surface dans ma vie.

Il savait que je dormais à droite à gauche et m’a proposé de venir occuper le logement d’un ami qui le quittait. Après l’avoir visité, j’ai donc décidé de m’installer avec mon frère, aussi pour l’aider parce qu’il était cassé.

Un jour, il arrive avec un chèque. Celui d’un de ses soi-disant amis qui n’avait pas de compte en banque. Il me demande alors de l’encaisser et de me garder 50 $ pour le service rendu. J’accepte de le faire, pour aider son ami. Je n’avais même pas vérifié les noms... comme toutes les autres fois qui ont suivi d’ailleurs, partant du principe que mon frère ne me mettrait jamais dans le trouble. J’ai fini par comprendre que c’était des chèques volés. Et surtout, que je venais d’entrer dans un réseau de fraude. Mais j’ai continué, ne pensant pas trop aux conséquences.

Je gagnais bien, je fêtais.

Cette manigance a duré près d’un an et une centaine de chèques ont été changés. Jusqu’au jour où deux hommes s’approchent de moi. « C’est toi, Daniel Prince ? » Je n’ai pu faire autrement que de leur dire oui. Aussitôt, ils ont sorti deux insignes de police et m’ont arrêté pour fraude. Je suis resté figé sur place, sans comprendre ce qui m’arrivait.

Durant mon interrogatoire, je faisais semblant de ne rien savoir de tout ce que les enquêteurs me demandaient. J’ai terminé en cellule, puis devant la cour, qui m’a relâché en attendant la fin des procédures. Plusieurs mois se sont écoulés et j’ai finalement été condamné à ma première peine de prison : un mois de détention. J’avais les deux jambes coupées. Comment avais-je réussi, moi, à me faire assez enfirouaper pour finir en prison ?

Ce fut le début de toute une saga. Car à chaque nouveau chèque frauduleux que l’on découvrait, je devais revenir devant le juge qui me donnait une nouvelle sentence. J’ai fini par passer trois ans en prison.

Un jour, alors que je croyais bien en avoir fini avec cette histoire, des policiers sont venus me dire que j’avais d’autres dossiers de fraude en cours. Il ne me restait que quelques jours à faire en détention et là, une nouvelle sentence m’attendait.

Le jour de mon audience, j’ai tout fait pour convaincre le juge de me donner une peine globale et surtout finale. Il a accepté et m’a donné six mois supplémentaires.

Vente de drogue

En sortant, je suis retourné dans le même environnement qu’avant. Fini les fraudes de chèques, bien sûr. Mais je n’avais plus de travail et plus aucun revenu. Puis, l’une de mes connaissances m’a demandé si je voulais vendre un peu de haschich... Connaissant plusieurs fumeurs, j’ai accepté. Commença alors toute une période de trafic de drogue douce. Une activité peu reluisante, mais moins risquée que la fraude financière. Je vendais dans un centre d’achat, et très vite je me suis développé une bonne clientèle. En quelques semaines, j’avais fait assez d’argent pour me louer un appartement.

Un jour, un de mes clients m’a demandé de la cocaïne. Nous étions à la moitié des années 1980, alors que cette drogue devenait de plus en plus populaire dans les rues.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.