Inondations

Des morts auraient pu être évitées, croient des expertes

Au moins 68 personnes, la plupart en Allemagne, ont perdu la vie en raison des précipitations importantes qui s’abattent sur l’Europe

Maisons évacuées, routes inondées, villages ravagés : des pays d’Europe sont le théâtre d’un drame au moment où des pluies diluviennes s’abattent sur le Vieux Continent. Ce sont au moins 68 personnes qui sont mortes au cœur de cette catastrophe, qui aurait pu être mieux maîtrisée, selon des spécialistes.

Hannah Cloke, hydrologue et professeure à l’Université de Reading, en Angleterre, est indignée. « Nous savions que ça allait être inondé », a affirmé l’experte.

Depuis samedi dernier, le Système européen de sensibilisation aux inondations (EFAS), avait alerté les autorités de possibles inondations.

« On ne devrait pas voir tant de personnes mourir. C’est vraiment préoccupant que le système que l’on tente de mettre en place pour sauver des vies ne fonctionne pas de la façon dont il devrait fonctionner. Il y a une rupture dans la chaîne. »

— Hannah Cloke, hydrologue et professeure à l’Université de Reading

L’hydrologue affirme que, certes, certaines régions d’Europe ont pris des mesures adéquates pour se préparer. Mais, dans d’autres, des lacunes de planification ont contribué à l’ampleur du drame.

« On ne pensait pas qu’il y aurait autant d’impacts […] puisqu’on le savait depuis assez longtemps pour mettre en place des barrières ou évacuer les gens », a renchéri Louise Arnal, chercheuse postdoctorale de Global Water Futures à l’Université de la Saskatchewan. Elle précise que le phénomène était prévu avec « assez de certitude ».

Elle a travaillé à l’élaboration de l’EFAS avec Hannah Cloke en 2002, lors des grandes inondations qui ont touché l’Europe. Le système envoie des alertes dans des centres de prévisions météorologiques ou aux autorités responsables. L’information doit ensuite être relayée aux premiers intervenants.

« C’est tout un travail de communication […] pour communiquer très clairement ce que les gens doivent faire à l’échelle locale, mais aussi [aviser le] grand public des risques d’inondations », a détaillé Mme Arnal. Elle estime que de la sensibilisation doit être faite auprès des populations, qui peuvent parfois croire à tort qu’elles sont à l’abri de tels phénomènes.

« Une catastrophe, une tragédie »

L’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bays sont aux prises avec une quantité importante de précipitations depuis les derniers jours. Jeudi soir, 68 morts reliées à la catastrophe naturelle avaient été rapportées, dont 59 en Allemagne.

« C’est une catastrophe, une tragédie », a déploré la chancelière allemande, Angela Merkel, à Washington. L’ouest du pays est la région la plus touchée. La moitié des morts ont été recensées dans la région Rhénanie-du-Nord–Westphalie, la plus peuplée d’Allemagne.

Le canton de Bad Neuenahr-Ahrweiler, ravagé par le déluge, est également dans la ligne de mire des autorités. Quelque 1300 personnes sont portées disparues mais ce nombre pourrait s’expliquer notamment par les dommages causés au réseau téléphonique.

La ville de Mayen est complètement inondée. « D’où vient toute cette pluie ? C’est fou », a confié une citoyenne, Annemarie Muelle, à l’Agence France-Presse. Pendant la nuit, « ça faisait un tel bruit et vu la vitesse à laquelle ça descendait, on pensait que ça allait défoncer la porte », a-t-elle ajouté.

En Belgique, quatre personnes sont toujours portées disparues. La crue de la Meuse, fleuve qui traverse le pays, « va prendre un caractère très dangereux à Liège même », a averti le ministre-président de Wallonie, Elio Di Rupo.

Des milliers de personnes ont dû quitter en trombe leur domicile dans la province du Limbourg, au sud des Pays-Bas. Dans la municipalité de Maastricht, les autorités locales s’attendaient à ce que le fleuve déborde entre 2 h et 3 h du matin.

L’état de catastrophe naturelle a été décrété jeudi soir par le premier ministre néerlandais, Mark Rutte. Des communes de la province de Limbourg, à la frontière de l’Allemagne, ont obligé les résidants de certaines régions à évacuer.

Le réchauffement climatique en cause

Les pluies diluviennes qui s’abattent sur l’Europe sont un phénomène qui deviendra de plus en plus fréquent en raison de la variation des températures terrestres, selon un expert.

« La quantité d’eau dans l’atmosphère est une fonction exponentielle de la température. Donc [si] on augmente un petit peu la température, la grosseur de l’éponge atmosphérique augmente », a expliqué Jean-Pierre Blanchet, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Le réchauffement climatique réchauffe la surface terrestre et refroidit la troposphère, la couche de l’atmosphère responsable de la météo, a ajouté le professeur. Cette variation de la température crée de la convection, qui favorise la formation de nuages orageux plus importants.

Le système frappant actuellement l’Europe a la particularité de se déplacer lentement, et ainsi de demeurer plus longtemps au même endroit.

« On est aussi dans des régions alpines. […] L’eau coule sur les pentes, s’accumule dans les rivières, et l’eau monte rapidement », a précisé M. Blanchet.

— Avec l’Agence France-Presse

15 000 : Nombre de policiers et de membres de l’armée qui sont allés porter main forte dans les régions de l’Allemagne les plus touchées par les inondations, selon l’Agence France-Presse.

Les dernières grandes inondations européennes se sont déroulées en 2002. Elles ont notamment frappé l’Allemagne, l’Autriche, la République tchèque, la Croatie, la Hongrie et la Roumanie, selon Ouest-France.

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