Un an d’école à distance

Les fermetures d’écoles se poursuivent dans certaines régions du Québec où les cas de COVID-19 sont particulièrement nombreux. Aux États-Unis, malgré les progrès de la vaccination, les élèves sont encore très nombreux à faire l’école à distance ou en formule hybride. Pour une famille québécoise qui y est installée, l’école à la maison aura duré plus d’un an.

« On est à boutte en ***** ». C’est avec humour que Liette Loiselle, qui vit près de Seattle, a marqué sur Facebook l’année complète d’école à la maison de ses deux enfants, âgés de 10 et 12 ans. Toute la famille vit dans la région depuis quatre ans.

Dans l’État de Washington comme au Québec, on a cru au printemps 2020 que les écoles seraient fermées quelques semaines, tout au plus. Et comme au Québec, la fin de l’année scolaire à distance a parfois été inégale.

« Personne n’était préparé et ça a été intense. Chaque prof faisait les choses différemment », se souvient Liette Loiselle.

Le printemps que certains parents québécois ont trouvé interminable s’est toutefois prolongé pour la famille Loiselle-Rondeau. À la rentrée, les écoles de Seattle sont demeurées fermées.

« On avait espoir que ça repartirait en septembre. Ça a été une déception, parce qu’il y avait plusieurs évènements en lien avec l’école que les enfants avaient hâte de vivre. »

— Liette Loiselle

Il a fallu s’y faire. Au fil des mois, Félix, qui est en 5e année, est devenu « super autonome », raconte la mère.

« Au début, je le surveillais pour être certaine qu’il remette tous ses devoirs, mais au bout de deux semaines, la prof m’a dit que tout fonctionnait, donc il n’a pas autant besoin de moi », dit sa mère.

L’école à distance à temps plein prend des formes différentes selon l’âge : les élèves du primaire sont « énervés de montrer leur maison, le chat, le chien », note Liette Loiselle. Les caméras sont activées. Chez les élèves du middle school, l’équivalent des premières années du secondaire, les choses se passent autrement. « Les interactions sont très difficiles. Ma fille me dit souvent qu’elle est la seule à ouvrir sa caméra », illustre Mme Loiselle.

Si l’école à la maison pendant une si longue période est un modèle qui « a bien fonctionné » pour ses enfants, la mère note que le temps d’écran a inéluctablement augmenté, les jeunes étant « toujours assis à regarder un ordinateur ».

Mais à bien y penser, elle n’est « pas certaine » qu’elle aurait voulu que ses enfants vivent la situation québécoise, avec les ouvertures et fermetures qu’ont connues plusieurs écoles cette année.

Encore beaucoup d’école à distance aux États-Unis

Les écoles de la région de Seattle ont recommencé à accueillir des élèves graduellement en personne à la mi-février, en commençant par les plus jeunes. Le choix est donné aux parents d’y renvoyer leurs enfants ou non. Dans les cas de la famille Loiselle-Rondeau, Léane a décidé d’y retourner à temps partiel (et elle en est « extrêmement heureuse »), tandis que Félix préfère terminer l’année scolaire à la maison. Dans un cas comme dans l’autre, les profs se filment en direct de la classe.

« Je trouve ça rassurant d’avoir le choix », dit Liette Loiselle. Les mesures sanitaires sont strictes : masque obligatoire, formulaire de santé à remplir chaque matin, prise de température, places assignées au dîner.

Quand il est question d’école et de COVID-19, il y a eu autant de décisions prises cette année qu’il y a d’États américains… et même plus, puisque les fermetures et ouvertures peuvent changer selon les comtés.

Chose certaine, ils sont des millions d’enfants aux États-Unis à ne pas être allés à l’école pendant près d’un an. Les conséquences psychologiques et les retards scolaires accumulés font l’objet de bien des discussions. On s’inquiète de la croissance des inégalités : les élèves noirs et hispanophones sont les plus touchés par les retards scolaires et ils sont moins nombreux à opter pour l’enseignement en personne, notait récemment le département américain de l’Éducation.

Liette Loiselle soupire quand on lui demande à quoi elle s’attend pour la rentrée scolaire de septembre. À la réouverture des écoles ce printemps, « ça a brassé par mal », dit-elle : il y a eu les pressions des parents pour rouvrir les écoles qui ont été fortes, des syndicats d’enseignants qui ont refusé que leurs membres y retournent tant qu’ils ne seraient pas vaccinés.

« On espère tous un retour en personne en septembre, mais il y a beaucoup de chemin à faire. On s’imagine que ça va se décider cet été », dit Liette Loiselle.

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