En terre bloquiste, Trudeau attaque O’Toole

Le chef libéral, Justin Trudeau, a mené dimanche une nouvelle offensive en territoire bloquiste. Mais c’est contre son rival conservateur Erin O’Toole qu’il a dirigé ses principales attaques.

Armes à feu, vaccination, environnement, économie, garderies : de passage dans la circonscription de La Prairie, M. Trudeau a passé de longues minutes à attaquer le plan conservateur et à accuser M. O’Toole de vouloir ramener le Canada et le Québec en « arrière » sur tous ces enjeux.

« On voit que le lobby des armes à feu est en train de faire campagne avec M. O’Toole, pour que les gens votent pour les conservateurs. Ce n’est pas ça que les Québécois veulent, ce n’est pas ça que les Canadiens veulent », a-t-il déclaré, en rappelant que son gouvernement avait banni 1500 modèles d’armes à feu de type militaire en septembre dernier.

« Parlons-en, de la vision miteuse de M. O’Toole pour rebâtir notre économie », a renchéri M. Trudeau, qui a souligné à grands traits l’importance pour tous de se faire vacciner afin de sortir de cette pandémie, critiquant à ce sujet M. O’Toole, qui n’exige pas que ses candidats soient tous pleinement vaccinés.

« [Erin O'Toole] ne comprend pas ce que ça veut dire de mettre les intérêts des Canadiens, de mettre les intérêts de nos aînés, de mettre les intérêts de nos jeunes devant les intérêts de ceux qui choisissent de ne pas se faire vacciner. »

— Justin Trudeau, chef libéral

Puis, il s’est tourné vers la reprise économique qui devra compter sur la participation des femmes sur le marché du travail. « M. O’Toole, il va déchirer ces ententes sur les garderies. […] C’est un enjeu économique et M. O’Toole ne le comprend pas », a accusé M. Trudeau.

« Donc quand il dit qu’il a un plan pour l’économie, il n’y en a pas. Il ne comprend pas ce que ça va prendre pour bâtir un avenir meilleur pour les Canadiens », a-t-il tranché.

En compagnie de Caroline Desrochers, candidate libérale dans la circonscription de La Prairie, et de Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine sortant et candidat dans Laurier–Sainte-Marie, le chef libéral a aussi souligné l’importance de l’environnement dans la plateforme électorale de son parti, dimanche.

Le premier ministre sortant s’est indigné du fait que M. O’Toole s’en tienne aux cibles climatiques de l’ancien gouvernement de Stephen Harper, qui étaient également celles du gouvernement libéral jusqu’au printemps dernier.

Des flèches au Bloc

M. Trudeau, qui a visité trois circonscriptions bloquistes sur la Rive-Sud de Montréal en 24 heures, a aussi décoché quelques flèches en direction du Bloc québécois et de son chef, Yves-François Blanchet.

Pendant la pandémie, « on n’a pas juste défendu l’intérêt [des Canadiens], on a agi pour livrer ce dont ils avaient besoin, et le Bloc ne peut pas faire ça », a affirmé Justin Trudeau sur la scène du parc André-J.-Côté, face au fleuve Saint-Laurent.

« On est vraiment conscients à quel point il va falloir que l’on continue à travailler fort pour bâtir un Québec plus fort, un Canada plus fort », a-t-il martelé.

À ses côtés, Steven Guilbeault a aussi attaqué le leader bloquiste. « Je ne vais pas revenir sur les trois fois qu’il a contourné le BAPE pendant un an et quart comme ministre de l’Environnement », a-t-il déclaré d’emblée.

Le gouvernement libéral a empêché en 2016 la mise en place d’un projet de développement qui aurait eu lieu sur le territoire de la rainette faux-grillon, a soutenu M. Guilbeault. « C’est grâce à nous aujourd’hui si cette grenouille-là est protégée, mais elle est toujours menacée. Entre autres parce qu’en 2014, un certain Yves-François Blanchet, alors ministre de l’Environnement du Québec, a permis que l’on fasse du développement dans l’habitat de cette espèce-là », a-t-il poursuivi.

Possible intervention sur la Loi sur la laïcité de l’État

Justin Trudeau a affirmé ne pas écarter l’idée d’intervenir dans la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État. « Les Québécois eux-mêmes sont devant la cour pour défendre leurs droits et nous suivons ça de près », a-t-il souligné. « Je pense qu’un gouvernement fédéral doit toujours avoir l’option de défendre les droits des Canadiens d’un bout à l’autre de ce pays », a-t-il dit.

O’Toole veut augmenter le soutien financier aux parents endeuillés

Le chef conservateur, Erin O’Toole, s’engage à augmenter le soutien financier aux parents en deuil alors que la campagne électorale entre dans sa dernière ligne droite.

M. O’Toole a fait un discours explicite pour les femmes, dimanche, alors qu’il cherche à élargir l’attrait de son parti auprès d’un groupe démographique traditionnellement plus libéral que conservateur.

Dans un hôtel du centre-ville de Vancouver, M. O’Toole a déclaré qu’il prolongerait les prestations d’assurance-emploi des mères et des pères jusqu’à huit semaines après la mort d’un enfant.

« Nous essayons de tendre la main à tous les Canadiens, et en particulier aux femmes, en leur assurant qu’elles peuvent considérer le Parti conservateur comme une option solide pour aider leur famille, pour aider leur entreprise, pour aider leur communauté », a déclaré M. O’Toole.

« Je veux que plus de femmes se regardent dans un miroir le 20 septembre et se disent : “Tu sais quoi, je vais voter conservateur.” »

— Erin O’Toole, chef du Parti conservateur

Aux élections fédérales de 2015, 42 % des électrices ont voté pour les libéraux et 25 % pour les conservateurs, contre 39 % et 33 % respectivement chez les hommes, selon un sondage réalisé par Abacus Data.

« Conservatisme plus compatissant »

Lors de ses rassemblements, dimanche, M. O’Toole a mis de l’avant un « conservatisme plus compatissant » alors qu’il tentait de convaincre les parents en mettant l’accent sur l’abordabilité et les soins de santé avant les élections du 20 septembre.

L’accent mis sur l’empathie s’appuie sur des plateformes qui proposent un crédit d’impôt remboursable pour la garde d’enfants des familles à faible revenu et un doublement de l’allocation canadienne pour les travailleurs à un coût de 24 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années.

Le chef conservateur dit qu’il offrirait également jusqu’à huit semaines de congé payé après la mise au monde d’un enfant mort-né et trois jours de congé à la suite d’une fausse couche.

Actuellement, les prestations parentales de l’assurance-emploi prennent fin immédiatement après la mort d’un enfant et il n’y a pas de congé de deuil spécifique pour les fausses couches ou les enfants mort-nés en vertu du droit fédéral du travail, bien que les femmes puissent avoir droit à un congé de maladie en cas de complications.

M. O’Toole dit que des milliers de parents canadiens souffrent de la mort d’un enfant chaque année et qu’un gouvernement conservateur « mettrait fin à la stigmatisation » et leur donnerait le temps dont ils ont besoin pour faire leur deuil.

« Cela a longtemps été traité comme quelque chose dont vous ne devriez pas parler, et par conséquent, en tant que pays, nous ne donnons pas aux parents en deuil le soutien dont ils ont besoin. »

— Erin O’Toole, chef du Parti conservateur

Selon Statistique Canada, le nombre de personnes concernées serait peu élevé. En 2019, il y a eu 3191 enfants morts à la naissance et 1634 morts d’enfants de moins de 1 an, ce dernier chiffre représentant plus de deux fois et demie le nombre total de décès d’enfants âgés de 1 à 14 ans.

Blanchet accuse Trudeau et Singh d’exploiter le « racisme contre le Québec »

Les libéraux et les néo-démocrates ont décidé d’utiliser le « racisme contre le Québec » pour faire des gains électoraux dans le reste du Canada, a estimé dimanche le chef bloquiste, Yves-François Blanchet.

Depuis la question controversée adressée au chef bloquiste au débat télévisé en anglais, jeudi dernier, l’enjeu de la laïcité et le « Québec bashing » ont monopolisé l’actualité électorale et même donné de l’élan à la campagne du Bloc.

« Justin Trudeau est le champion de la lutte contre les affirmations selon lesquelles les Québécois sont racistes, après l’avoir dit ô combien de fois », a lancé le chef bloquiste en conférence de presse à l’Espace René-Lévesque à New Carlisle, en Gaspésie, où il a rendu hommage au premier ministre péquiste, fils de ce coin de pays.

« Justin Trudeau est résolument et sans complexe contre la loi 21 [sur la laïcité] et va aider ceux qui sont contre la loi 21 », a poursuivi M. Blanchet.

Selon lui, le chef libéral et son homologue néo-démocrate, Jagmeet Singh, frappent sur le Québec pour ainsi séduire les électeurs du reste du Canada.

« Ils se sont dit : “On va jouer le Canada contre le Québec.” […] On a deux formations politiques [le Parti libéral et le Nouveau Parti démocratique] qui ont décidé d’utiliser les accusations de racisme contre le Québec pour aller faire des gains au Canada. »

— Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le Parti libéral a tenu à réagir aux commentaires de M. Blanchet.

« Les Québécois veulent un gouvernement progressiste qui défend leurs valeurs, notamment au sujet de la lutte contre les changements climatiques, de l’interdiction des armes à feu, de l’égalité des sexes et de la justice sociale, a écrit une source libérale à La Presse Canadienne. Ils ne se laisseront pas instrumentaliser par les tactiques de division de M. Blanchet. À un moment donné, trop, c’est comme pas assez. »

« Pas dupes »

Le chef bloquiste faisait campagne dimanche dans Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine pour déloger la ministre libérale Diane Lebouthillier de cette circonscription.

Le maire de Grande-Rivière, Gino Cyr, et son homologue de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Roberto Blondin, ont rencontré le chef bloquiste parce qu’ils sont insatisfaits de la ministre fédérale.

On leur a refusé des fonds pour moderniser les installations portuaires et un parc bioalimentaire marin.

« On nous a dit qu’on ne répond pas aux critères », des critères qui sont repris du Nouveau-Brunswick, a déploré M. Blondin en entrevue avec La Presse Canadienne.

« Les citoyens en Gaspésie ne sont pas dupes, [la ministre fédérale] peut faire des promesses, mais il faut qu’il y ait des résultats. Notre secteur est délaissé. »

— Roberto Blondin, maire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé

Le Bloc a-t-il des chances de prendre la circonscription avec son candidat Guy Bernatchez ?

« Je vois le futur député, M. Bernatchez, comme un lobbyiste, qui va défendre la région, qui essaie de changer les choses, a-t-il dit. Quand tu essaies, c’est pas pire, mais quand tu ne fais rien, c’est une autre affaire. »

L’itinéraire des chefs

En ce 30e jour de la campagne électorale, Justin Trudeau, du Parti libéral, fera une annonce, suivie d’un point de presse à Vancouver à 10 h 30. De son côté, Erin O’Toole, du Parti conservateur, fera une annonce en point de presse à 11 h à Carp, en Ontario, suivie de deux assemblées de discussion virtuelle à 19 h et 21 h. Pour ce qui est du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, il tiendra un point de presse sur la nomination des juges à l’hôtel de ville de Gaspé à 9 h, puis rencontrera le maire Daniel Côté. À 10 h 30, il tiendra une mêlée de presse, puis un point de presse sur le phare de Cap-des-Rosiers à 11 h 30. Il ira ensuite à la rencontre du maire de Grande-Vallée, Noël Richard, à 13 h, puis du maire de Sainte-Anne-des-Monts, Simon Deschênes, à 15 h 30. Il finira sa journée avec une rencontre avec les citoyens au Restaurant du Quai. Quant au chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, il tiendra un point de presse à l’aéroport Wasaya Airways à 9 h, puis visitera le territoire de la Première Nation Neskantaga, en Ontario. Enfin, Annamie Paul, du Parti vert, se rendra à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard, et tiendra une conférence de presse en compagnie de candidats au Victoria Wharf. Elle participera également à un barbecue étudiant et à une visite de ferme biologique.

— Alice Girard-Bossé, La Presse

Jagmeet Singh s’engage à sévir contre l’évasion fiscale

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a martelé que des sociétés et des milliardaires évitent de verser des milliards de dollars de recettes fiscales et rejetait le blâme sur l’inaction du chef libéral Justin Trudeau. Lors d’un arrêt de campagne à Sudbury, en Ontario, M. Singh a déclaré que l’une des principales priorités de son parti était d’augmenter les impôts des ultra-riches et de combler les lacunes qui ont permis aux entreprises d’éviter de payer des impôts au Canada. Il a dit que même si M. Trudeau avait promis qu’il s’attaquerait à ces problèmes, il n’en a pas fait assez. Le NPD promet d’augmenter de 100 millions de dollars le financement de l’Agence du revenu du Canada (ARC) pour renforcer l’application de la loi, bien que M. Trudeau ait augmenté le budget de l’ARC de centaines de millions alors qu’il était premier ministre. M. Singh propose également d’exiger des sociétés qu’elles prouvent que leurs transactions à l’étranger sont légitimes et qu’elles rendent publiquement compte de leurs impôts.

— La Presse Canadienne

Nomination d’un juge

Les conservateurs veulent une enquête sur deux ministres

Le Parti conservateur demande au commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique de mener une enquête sur les ministres libéraux sortants David Lametti et Diane Lebouthillier, à propos d’allégations concernant la nomination d’un juge. Des médias de Québecor ont rapporté vendredi que Mme Lebouthillier, alors ministre du Revenu national, aurait « beaucoup insisté » pour que Damien St-Onge, associé d’un de ses contributeurs et organisateurs de campagne, devienne juge à la Cour supérieure. Le ministre de la Justice, David Lametti, a procédé à la nomination en mars 2019. Dans une déclaration envoyée à La Presse Canadienne par le Parti libéral du Canada, Diane Lebouthillier affirme que « la personne dont il est question n’était pas impliquée, et n’était pas un organisateur, dans aucune de [ses] campagnes, incluant celle de 2015 ». Bien que la ministre sortante réfute les allégations, les candidats conservateurs Pierre Paul-Hus et Michael Barrett ont écrit au commissaire Mario Dion dimanche, a indiqué la formation politique d’Erin O’Toole.

— La Presse Canadienne

Bloc québécois

Objectif : redorer l’image du Québec à l’étranger

Le Bloc québécois veut lancer une offensive diplomatique pour redorer l’image du Québec à l’étranger, notamment en France. « La sympathie du président Emmanuel Macron n’est pas aussi intense que celle de certains de ses prédécesseurs, mais je pense que tout ça se reconstruit et que l’ouverture va être là », a déclaré le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, qui a présenté dimanche une « espèce de stratégie » pour « redorer le blason digne » du Québec à l’étranger. Le réseau d’influence du Québec de l’époque, « puissant, branché, exceptionnel », était attribuable à une réceptivité envers le Québec qui n’est « pas la même dans le gouvernement français » aujourd’hui, a-t-il noté, en raison de l’intérêt que suscitait l’enjeu de l’indépendance. « Lorsque la nation québécoise se destinait à de grandes choses, cela suscitait beaucoup d’intérêt à l’échelle internationale. » Le Bloc veut notamment contrer l’image négative du Québec qui est véhiculée dans des médias étrangers, notamment en tissant des liens avec le réseau des ambassades et consulats au Canada. Le chef a en mémoire des articles désobligeants du New York Times et du Washington Post sur le Québec concernant la laïcité et la langue française.

— La Presse Canadienne

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