Témoignage

À toi qui as enlevé la vie à Thomas

Je ne te connais pas. Présentement, tu te terres quelque part. Peut-être t’y a-t-on accueilli en héros dimanche dernier. Je te le dis tout de suite, je n’ai qu’une envie : changer la première lettre de ce mot pour la dernière de notre alphabet. Comme tu vois, je suis en colère. Très en colère. J’aime mieux te le dire tout de suite. Comme ça, si tu ne veux pas m’entendre, tu as la chance de fuir, encore une fois…

Je suis une grand-mère. Pas la grand-maman de Thomas. Celle-là, je ne voudrais pas être à sa place. Non, je suis la grand-maman d’un jeune de 17 ans. L’ami de Thomas. Tu vois comme ton geste a éclaboussé loin quand tu as pesé sur la détente… Depuis leur tendre enfance, mon petit-fils et Thomas étaient inséparables. Leurs parents étaient de grands amis. Ils étaient tellement fiers de leurs garçons, si beaux, si intelligents. Tous deux promis à un si bel avenir.

Depuis toujours, ces deux-là fêtaient ensemble leur anniversaire. Au début, c’étaient leurs parents qui réunissaient leur gang d’amis. Ils paradaient dans la ruelle avec leur déguisement.

Plus tard, à l’adolescence, ils s’organisaient eux-mêmes, bien sagement, de petits partys. Mais voilà que cette année, fin novembre, celui de Thomas n’aura pas lieu.

Depuis quelque temps, ces deux-là se faisaient même un scénario. Peut-être qu’un jour, ils pourraient partager un appartement en poursuivant leurs études, être colocs comme leurs pères. En attendant, ils avaient commencé à économiser pour réaliser ce rêve. Une belle amitié entre eux, toute simple, mais si profonde. Ils ont eu la chance de naître dans une bonne famille, entourés d’amour. C’est peut-être ça qui t’a manqué, à toi…

Eux, quand ils ont eu des difficultés, ils ont toujours été entourés, guidés. Et toi, tu en as peut-être été privé, je ne sais pas. Ce court moment d’égarement, tu le regrettes sûrement déjà. Tu n’as probablement pas beaucoup de personnes avec qui le partager. Malheureusement, ce moment va te poursuivre longtemps. Tout comme le deuil que mon petit-fils va devoir vivre, et ses parents, et son jeune frère, et ses grands-parents, et ses amis, et ses camarades d’école et de hockey, et ses professeurs, et…

Comme je te sais profondément malheureux aujourd’hui, je t’offre un câlin virtuel, celui que ton entourage n’est probablement pas capable de t’offrir présentement et dont tu dois avoir cruellement besoin. Tu vois, ma colère a un peu diminué. Je souhaite que la tienne finisse aussi par s’atténuer.

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